Dans l'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Gonesse, dans le Val-d'Oise, le projet d'installation d'un nouveau système de chauffage par le sol a conduit l'Inrap à mener, en 2011, la première phase d'une fouille, qui sera suivie d'une seconde phase en 2012. L'édifice, monument historique depuis 1862, a été construit entre la fin du XIIe et la fin du XIIIe siècle à la place d'une église romane.
Dernière modification
29 août 2016

L'intervention des archéologues a permis d'en identifier des vestiges et d'exhumer de nombreuses tombes issues d'une nécropole en usage entre la fin du VIe siècle et le XVe siècle. Ces découvertes permettent de mieux cerner l'origine et l'évolution de l'église et de connaître la population inhumée durant le Moyen Âge.

Une architecture inspirée de grands modèles

À l'exception des maigres vestiges encore en place à la base et au premier étage du clocher actuel, les traces de l'église romane sont inexistantes. À la fin du XIe siècle, elle est donnée par Hervé de Montmorency à l'abbaye Saint-Florent de Saumur (Val de Loire). Elle est reconstruite et agrandie entre 1177 et la fin du XIIIe siècle, formant une unité architecturale caractéristique du début du gothique. Fortifiée au cours du XIVe siècle, alors que Gonesse se protège derrière des remparts, son architecture s'inspire des grands édifices voisins comme l'abbatiale de Saint-Denis, Notre-Dame de Paris ou la collégiale de Mantes. Ses voûtes, peut-être sur croisées d'ogives à l'origine, se seraient écroulées au cours du XVIe siècle et auraient été remplacées par une charpente apparente, notamment dans la nef centrale.

Fouille d'une sépulture dans la partie ouest du chœur de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul à Gonesse (Val-d'Oise) en 2011.

Une histoire architecturale complexe

La première phase de fouille n'a fourni que des informations succinctes sur l'histoire architecturale du bâtiment : fondation du choeur, avec un double mur bahut, négatif d'un dallage antérieur au dallage actuel, posé dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, deux maçonneries fondées sur d'immenses creusements comblés avec de gros blocs et des dalles de pierre (calcaire ou grès) et par deux meules de plus d'un mètre de diamètre. La fonction et la datation de ces creusements n'ont pu être déterminées, mais la seconde phase de fouille devrait permettre de les mettre au jour intégralement. De même, l'étude des maçonneries, dont on ne sait encore si elles se rattachent à l'église romane (XIe-XIIe siècles) ou gothique (fin du XIIe-XIIIe siècles), fournira des données intéressantes sur un plan d'aménagement dont aucune trace n'a été trouvée en archives. 
Le plan d'un édifice antérieur au XIIe siècle, entraperçu sous la forme d'un mur imposant de deux mètres de largeur et parallèle à la façade ouest, sera également étudié en 2012. 

Une nécropole utilisée dès la période mérovingienne

Les 79 sépultures exhumées sur cinq niveaux s'échelonnent de la période mérovingienne au début de la période moderne (VIe au XVe siècle). Les modes d'inhumation sont variés : cercueils en bois, sarcophages et tombes maçonnées en plâtre, inhumations en pleine terre. Quelle que soit la période, le mobilier funéraire est rare, hormis de nombreux pots à encens. La conservation des corps est très variable, mais des morceaux de tissus, dont certains de bonne taille  ont été découverts dans des sépultures des XIIIe et XIVe siècles.
Les inhumations à l'intérieur de l'église Saint Pierre et Saint Paul participaient des traditions d'enfouissement dans les lieux sacrés. Les places les plus près du choeur étaient les plus recherchées mais aussi les plus chères. Et malgré les tentatives d'interdiction réitérées par l'Église pour des raisons de salubrité, ce type d'inhumations engendrait des revenus particulièrement importants pour la paroisse, aussi n'ont-elles cessé durant dix siècles.
La présence de tombes mérovingiennes perturbées par l'aménagement du déambulatoire de l'église gothique met en évidence la pérennité de l'utilisation de ce secteur de la ville comme nécropole, sans que l'on sache encore si les tombes étaient disposées à l'intérieur ou à l'extérieur d'un sanctuaire.
L'étude anthropologique permettra d'appréhender l'évolution des rites funéraires et l'état sanitaire de la population, ainsi que d'établir des comparaisons avec ceux des nécropoles voisines.

Les indices d'une occupation antique

Des céramiques et des enduits peints antiques ont été mis au jour, sans qu'il soit encore possible de les rattacher à une fonction précise. 
Responsable scientifique : Nathalie Karst, Inrap
Aménagement : Ville de Gonesse
Contrôle scientifique : Service régional de l'Archéologie, Drac Ile-de-France