A Toulouse, Haute-Garonne, la fouille, prescrite suite au diagnostic réalisé en juin 2006 par F. Veyssière (Inrap), couvre une superficie de 500 m2

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Le terrain borde l'actuelle rue Saint-Roch et était occupée par une construction après-guerre (maison particulière avec jardin). 

Implanté à une altitude moyenne de 145 m NGF, le site surplombe de 500 m la rive droite de la Garonne. Le substrat géologique à cet endroit est composé de grave et de galets apparaissant à 1,30 m sous le sol actuel. Le pendage naturel de la terrasse, d'est en ouest vers la Garonne, a favorisé une meilleure conservation des vestiges archéologiques à l'extrémité ouest du site, scellés sous une couverture limoneuse et des remblais successifs. Au contraire, la partie orientale (côté rue), a souffert d'une érosion importante, due principalement aux aménagements de l'homme qui sont intervenus au cours des siècles, notamment avec l'existence d'un axe de circulation antique majeur, repris partiellement par la rue Saint-Roch actuelle, ainsi qu'avec l'exploitation d'une tuilerie à proximité, dont l'existence est attestée dès le XVIe siècle.

Le site offrait l'opportunité de fouiller, quasi intégralement et pour la première fois, l'extrémité septentrionale du quartier Saint-Roch, à proximité du centre ville de Toulouse, un environnement qui se développe sur une centaine d'hectares de superficie, bien connu pour abriter principalement une occupation du second âge du Fer et localisé au pied de l'oppidum de Vieille-Toulouse.

La fouille a mis en évidence trois grandes phases d'occupation dont la période du second âge du Fer est la mieux documentée.

La Protohistoire ancienne

Des indices - comblement plus foncé à l'intérieur de fosses et présence de mobilier céramique et lithique dans leur remplissage - ont permis la reconnaissance de vestiges archéologiques. Ces creusements, difficiles à repérer à l'oeil nu, avaient aussi été observés, en coupe stratigraphique, dans certains sondages. Un rapide examen de la céramique indique que les structures dateraient de la période de transition entre le Bronze final et le début du premier âge du Fer, soit du VIIIe-VIIe s. av. notre ère. Les aménagements sont installés dans un encaissant limoneux, incluant lui-même des artéfacts datables du Néolithique final ou du Bronze ancien. 

Des occupations anciennes, rares pour ce secteur intra-muros de la ville, avaient déjà été relevées à l'occasion d'évaluations ou de fouilles menées précédemment. La découverte de vestiges d'habitat en place, témoigne de l'existence d'une activité bien concrète dans le sous-sol toulousain, du moins dans ce quartier de la ville

La Protohistoire récente : le second âge du Fer

C'est la période la mieux caractérisée. Les vestiges rassemblent des structures fossoyées, plus ou moins profondes, des creusements ou des calages de poteau, des négatifs de cloisons, des niveaux de sols d'habitat et des puits, éléments qui confirment une occupation gauloise dans ce secteur de l'agglomération toulousaine.

Des relations stratigraphiques, parfois difficiles à interpréter, ont été relevées en plan, comme à la lecture des coupes. Le recoupement de toutes ces structures témoigne de la complexité des lieux et traduit les réaménagements qui se sont succédé pendant plusieurs décennies. Cette occupation dense qui débuterait au dernier quart du IIe s. avant notre ère semble se développer sans interruption jusque vers le milieu du Ier s. avant, soit sur une période de 70 ans.

Deux grandes phases bien distinctes de cette époque gauloise ont été identifiées. La plus ancienne concerne des aménagements fossoyés qui pourraient délimiter un espace d'habitat. Des niveaux de sols ainsi que des ancrages de poteaux sont associés à ces fossés. Le mobilier contenu dans le comblement des structures se caractérise majoritairement par des amphores vinaires de type gréco-italique et Dressel 1A. Mais la céramique fine d'importation italique est également présente (campanienne A), associée à un échantillonnage conséquent de poteries d'origine indigène. Des éléments remarquables, comme des objets en céramique ou métalliques, accompagnent ce matériel.

La seconde phase concerne un réaménagement du site et regroupe essentiellement des fosses profondes, ou puits à eau, dont la profondeur peut atteindre 4 m sous la surface de décapage. Parmi les 5 puits mis au jour, 3 ont été fouillés intégralement. Les deux premiers n'ont livré qu'un remblai dans lequel figurait un large échantillonnage de restes d'amphores. Le troisième a fourni, au contraire, plusieurs vases entiers ainsi que des amphores complètes contenus dans le dépôt primaire du puits, en partie immergés dans la nappe phréatique. Une première analyse de ces amphores fait apparaître des origines diverses, italiques,  rhodiennes et tripolitaines (huile).

Une relative période de tranquillité fait suite à ces occupations gauloises, avant un réaménagement total des lieux (remblaiement et nivellement) qui intervient vers la seconde moitié du Ier s. av. notre ère, pour une nouvelle destination.

La période gallo-romaine

Deux phases d'occupation ont été relevées pour l'Antiquité. La première se traduit par la présence d'un massif quadrangulaire dont il ne reste que les fondations sur une hauteur moyenne de 0,50 m. Les vestiges d'un mur et des traces de creusements associés à cette construction, de 3,50 m de côté, sont bordés par un fossé qui traverse la parcelle et dont l'axe est parallèle à l'actuelle rue Saint-Roch.

Étant donné l'arasement important des lieux, qui a causé la destruction et l'enlèvement de tous les remblais antiques à cet endroit, le mobilier découvert qui pouvait être associé à ces vestiges est rare. Néanmoins, on peut proposer une datation pour l'installation de cet ensemble vers la période augustéenne. Les vestiges d'une voierie antique constituée de galets de la Garonne, d'une largeur d'environ 5 m, ont été relevés à l'extrémité sud-est de la parcelle (côté rue). Les empreintes de plusieurs ornières, parallèles au fossé et à la rue Saint-Roch, ont été dégagées.
Le massif est interprété comme un mausolée ou pile funéraire qui pouvait border jadis la voie. Ceci est confirmé par la présence de plusieurs incinérations groupées à peu de distance au pied de ce monument. Les traces d'un emmarchement en brique, visible depuis la chaussée, avec des fragments de marbre, ont également été trouvés. L'existence de ces monuments est connue sur Toulouse et sa région. Nous signalerons à ce sujet les quelques investigations menées à quelques dizaines de mètres de la parcelle et qui ont donné lieu à la mise au jour en 1978 par l'abbé Georges Baccrabère (archéologue) d'une fondation similaire, à l'emplacement de l'actuelle chapelle Saint-Roch.

La deuxième phase se caractérise par des traces plus fugaces, succédant à l'abandon des lieux, avec notamment, le démontage du monument. Le fond d'une inhumation, installée dans ce qui restait du fossé antique aux trois quarts comblé, pourrait appartenir à cette même période (post-destruction), sans pouvoir pour l'heure dater celle-ci avec précision.

Cette intervention permet d'apprécier ce qu'était cette zone périurbaine de l'entrée sud du Toulouse antique, le long de  l'axe de la Narbonnaise et de documenter des phases chronologiques ou des vestiges qui sont peu connus intra-muros.