A Bordeaux, Gironde, la superficie totale de l'emprise de la fouille est de 1 350 m2, dont un peu moins des 2/3 a pu être exploré. La phase terrain a été précédée d'une surveillance des terrassements. Un diagnostic, réalisé en juin 2010 dans le quartier Mériadeck, avait livré quelques artéfacts témoignant d'une activité liée au travail du cuir ou du textile.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Plus en aval vers la ville, une opération préventive avait permis, en 2009, d'exhumer des structures en relation avec cette même activité. La ville antique de Bordeaux, Burdigala, était, durant le Haut-Empire, une ville ouverte qui s'étendait dans le creux d'un large méandre de la rive gauche de la Garonne. Des quartiers artisanaux se sont développés en périphérie de l'agglomération, en particulier aux abords de certains petits affluents du fleuve.

L'emprise de cette opération concerne un espace situé dans le fond de la vallée d'un ou plusieurs petits cours d'eau, sur un léger promontoire, peut-être une île. La fouille n'a pas permis de situer avec précision ces cours d'eau (hors emprise) mais des indices offrent cependant la possibilité de restituer la position de leur chenal. Les niveaux archéologiques étaient, pour l'essentiel, conservés en milieu humide ce qui a favorisé la préservation des matières organiques, en particulier celle du bois, du cuir ou des graines.
 


Un quartier artisanal durant l'Antiquité

La fouille préventive de la rue Jean-Fleuret se situe au coeur d'un quartier artisanal où des activités de mégisserie, et très probablement de pelleterie, ont été pratiquées entre le Ier et le IIe s. ap. J.-C. Les premières installations des artisans tanneurs y apparaissent vers le milieu du Ier s., aucune trace d'occupation antérieure n'a été décelée. L'espace de fouille est relativement restreint, il a toutefois été possible de reconnaître plusieurs aménagements qui répondent aux besoins de l'activité et à plusieurs étapes de la chaîne opératoire du traitement des peaux et peut-être des fourrures. Ces étapes semblent correspondre avant tout à la phase de préparation, celle qui concerne la mise en forme d'objets (cordonnerie) n'est, pour l'heure, pas avérée.

Des structures en lien avec des activités de mégisserie

L'une des principales structures en relation avec cette activité est un grand bassin taillé sans grand soin dans le substratum calcaire. De forme oblongue, il est, alimenté en eau par un tuyau de bois de chêne perforé à la tarière. Il s'étend sur une trentaine de mètres carrés, sa profondeur n'excédant pas 1 m. Il a pu servir à nettoyer les peaux (séparer le derme de l'épiderme et enlever les poils). Son comblement après abandon est composé d'une accumulation de matières organiques avec, en particulier, d'innombrables chutes de cuir.
Au nord, à quelques mètres du bassin, s'étend un vaste bâtiment à ossature de bois, fondé sur poteaux. Ce bâtiment comporte une série de petites pièces qui semblent vouées aux différentes activités des tanneurs. L'une d'entre elles abrite un foyer parfaitement circulaire qui pourrait avoir servi, vu sa forme et son diamètre, à monter en température le contenu d'un chaudron. Le soin apporté à la réalisation de cette structure et sa morphologie très particulière, la distinguent des modèles de foyers domestiques que l'on rencontre habituellement au sein des habitats. Les sols de ce bâtiment étaient jonchés de petites fiches en fer qui sont interprétées comme des pointes servant à fixer et tendre les peaux sur des supports de bois.
À l'extrémité nord du chantier s'étendait les restes d'une cuve de bois taillée dans un tronc de chêne. Cette cuve est environnée de nombreux fragments d'amphores de Lipari (îles Éoliennes, Italie) destinées au transport de l'alun, agent mordant pour le textile et tannant pour le cuir. On trouve également, un peu partout sur les sols de travail, d'abondants restes fauniques de bovins, ovins et caprins uniquement représentés par des chevilles osseuses ou des phalanges ; des vertèbres caudales soudées ont pu appartenir à des petits mammifères convoités pour leur fourrure.
Enfin, c'est à quelques mètres à l'est du bassin qu'un très large fossé à fond plat a été creusé dans des limons argileux annonçant la proximité d'un chenal malheureusement situé en dehors de l'emprise du chantier. Cet ouvrage est interprété comme un canal artificiel permettant l'approche de petites embarcations destinées au trafic des marchandises. Après son abandon et le départ des artisans tanneurs au début du IIe s., ce fossé a été comblé d'un volumineux stock de graines de céréales carbonisées qui permet d'envisager l'existence d'une activité de meunerie à proximité, probablement établie sur le chenal d'un cours d'eau voisin.