A Trévoux, Ain, le projet de restructuration et d'extension du centre hospitalier Montpensier a entraîné un diagnostic sur une partie des bâtiments à déconstruire ; l'emprise s'étendant de part et d'autre d'une portion a priori conservée de l'élévation de l'enceinte urbaine du XIVe siècle.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Dans la lignée de la longue tradition régionale d'étude archéologique du bâti, il s'agissait au travers d'une étude d'élévation mais aussi de sondages au sol, de détecter les vestiges du rempart médiéval, de vérifier la présence d'un éventuel fossé en lien avec lui, mais également de s'assurer de la présence initiale d'une tour, dite « des Juifs » jusqu'alors connue uniquement par les textes.
 
L'opération s'est déroulée en deux phases, en raison des contingences techniques d'avancement du chantier d'aménagement, et suivie par deux équipes distinctes : la première phase était consacrée à l'étude de bâti, la seconde à la réalisation de sondages au sol à l'extérieur de l'enceinte après démolition des différents bâtiments existants (hormis la portion d'enceinte qui a été conservée dans le réaménagement hospitalier).

La topographie générale de la ville médiévale encore perceptible dans son aspect actuel, mise en évidence par les recherches en archives des érudits locaux ou par les gravures anciennes, est celle d'un bourg développé en bord de Saône, sous l'ancrage d'un château  autonome au sommet d'un promontoire. Dans un second temps, une enceinte flanquée de tours viendra relier les deux entités.

Les différentes phases de construction et de reprise ont pu être observées sur une vingtaine de mètres le long du rempart. Les fondations de la tour des Juifs ont été mises au jour, de la céramique et une monnaie ont permis de la dater des XIVe et XVe siècles. Le diagnostic a surtout permis d'étudier les bâtiments qui sont venus s'ancrer à différentes périodes sur l'enceinte urbaine. Bien qu'une grande partie des éléments significatifs des bâtiments eût déjà été évacuée par les démolisseurs - empêchant ainsi toute observation infirmant ou confirmant les activités de tirage d'or mentionnées dans les archives - ces maisons, a priori sans grand intérêt architectural, ont apporté de précieuses informations sur le mode d'occupation de la parcelle à travers les siècles. Organisée d'autour d'une cour, la parcelle présente une habitation sur rue à trois niveaux avec toit à double pente, dont la façade principale était peut-être initialement montée en pans de bois avec surplombs successifs aux étages. Sa cour intérieure est accessible par un couloir depuis la rue et reçoit le système de distribution, une possible tour d'escalier avec galeries en surplomb. Un bâtiment annexe est également construit contre le rempart, et doté d'une cave. Une deuxième phase voit enfin la construction d'un nouveau bâtiment qui ferme la parcelle au nord. La configuration est celle d'une cour lotie sur trois faces, servant de puits de lumière, organisation encore visible sur le cadastre napoléonien (1823).

Outre l'évolution des tènements concernés et le rempart, cette étude a également permis de donner de nouvelles indications sur les techniques locales de construction civile, avec le choix de privilégier la pierre, localement introuvable, pour les zones bâties exposées et de construire les mitoyens et les zones protégées sans charge en terre sur solins maçonnés.
Les différents éléments ainsi analysés ont permis au service régional de l'Archéologie de guider les architectes dans leurs choix de conservation et de mise en valeur de cette enceinte et de sa tour dans le projet de réaménagement de l'hôpital.