A Montreuil, Seine-Saint-Denis, le projet de construction de trois immeubles de logement, sur un terrain occupé par la dernière ferme horticole de Montreuil, a donné lieu à une fouille archéologique.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

Elle fait suite à l'évaluation effectuée en février-mars 2001 (J.-Y. Dufour/Afan). L'assiette de l'opération, située au nord-ouest de Montreuil, concernait des murs à palisser destinés à être détruits, et le diagnostic archéologique révélait des traces du haut Moyen Âge.

Ce contexte a conduit le SRA d'Île-de-France à mettre en oeuvre une campagne de fouille : 3 745 m2 ont été fouillés sur les 6 563 m2 de l'emprise totale du projet.Les coteaux de Montreuil, occupés par la vigne au moins depuis l'époque médiévale, deviennent, à partir de la fin du XVIe s. et du début du XVIIe s., un véritable champ d'expérimentation pour la production de fruits de qualité. Les jardiniers de Montreuil s'inscrivent alors dans un courant de recherche sur la meilleure exploitation possible du sol. La terre de Montreuil, très riche en calcaire, est propice à la culture des pêchers, qui, plantés en espaliers devant un mur blanc réflecteur de chaleur, ont produit des fruits d'une qualité exceptionnelle. Le sous-sol montreuillois, caractérisé par d'importants bancs de gypse, a été exploité en carrière dès l'époque médiévale. Ces carrières, fort nombreuses à l'époque moderne, ont favorisé la multiplication des murs à palisser qui forment un véritable réseau dont la meilleure exposition est nord/sud-est/ouest. La présence sur le site de murs à palisser destinés à être détruits a permis d'en étudier les fondations, de conforter la description qu'en a faite Hippolyte Langlois en 1875, notamment concernant le mur de côtière qui a la particularité d'être érigé à quelques mètres au nord du chemin extérieur à l'exploitation, afin de profiter de sa façade sud en y palissant des arbres fruitiers protégés des maraudeurs par une haie vive. Ce mur de côtière était encore en fonction jusque dans les années 1928-1930 au moins. L'art d'utiliser toutes les ressources possibles marque la culture montreuilloise. Les fosses d'extraction du calcaire et de la glaise sur le site en sont aussi les témoins. Trop peu de mobilier, et même sa quasi-absence, surtout dans les " fonds de fosses de plantation ", ne nous permet pas d'affiner la datation des premières cultures sur le site. Quant aux écrits, l'époque médiévale ne cite que des donations d'arpents de vigne. Il faut attendre les écrits, à partir de 1755, de l'abbé Roger Schabol, jardinier érudit, pour découvrir le système montreuillois qui utilise au mieux des principes connus, en y appliquant un souci d'économie pécuniaire qui sera de surcroît profitable à la qualité des fruits.

Deux longs fossés antérieurs aux murs à palisser, dont l'un est orienté nord-sud, l'autre nord/ouest-sud/est, sont les prémices de l'orientation du parcellaire d'époque moderne. Là encore, la rareté du mobilier ne nous permet pas de les situer avec plus de précision qu'entre le bas Moyen Âge et l'époque moderne. N'étant pas marqués par des traces de drainage, ils ont pu avoir une fonction de délimitation. Le fossé qui suit l'orientation du coteau nord/sud a été comblé par une terre préalablement préparée pour la culture, au moins en un point précis, celui du prélèvement en colonne. Ces fossés sont probablement liés à la culture du site, soit en délimitant des champs, soit plus directement, pour le fossé nord/sud, en accueillant des plantations. Deux fondations de murs de clôture, coupées par ces fossés, marquent une autre appropriation du sol, avec une orientation différente. On ne suit plus la pente directrice du coteau. Les fondations orientées, l'une nord/est-sud/ouest, l'autre nord/ouest-sud/est, se rejoignent quasiment à angle droit. À l'intérieur de cet angle, de grandes fosses disséminées pourraient être les traces d'arbres en plein vent. Sans être à proprement parler un verger, les fondations de murs délimitent l'angle ouest d'une propriété, qui, située dans une chronologie relative établie par recoupements, peut se placer au bas Moyen Âge. Au nord de la partie sud du site, quelques bords de céramiques des XIe-XIIe siècles étaient mêlés au comblement de fosses contenant aussi un peu de céramique granuleuse du VIe siècle qui sera nettement présente dans la partie sud. L'intérêt essentiel de ce site est la découverte, pour le moins inattendue, d'une occupation mérovingienne éloignée de la formation du bourg historique regroupé autour de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul. Des structures en creux comblées de rejets domestiques et de matériaux de construction en dur, ainsi qu'une petite construction légère à ossature en bois à quatre poteaux sont les vestiges de cette implantation de la fin du Ve siècle et du courant du VIe siècle. Nous n'en tenons qu'une infime partie ; beaucoup de structures sont en limite de fouille. Les terrains avoisinants, en bordure de la rue Ernest-Savart, recèlent probablement la suite de cette occupation qui peut ne pas être banale du tout pour l'histoire de la formation de Montreuil. En effet, le nombre important de fragments de matériaux de construction (tegula, imbrex, tubulus) en position de rejets, annonce sans doute un édifice en dur à proximité de l'actuel site, qui pourrait aussi dater de la période mérovingienne, étant donné les trop rares tessons de céramique antique trouvés en résiduel sur le site. La découverte peu commune d'un fragment de vase caréné à décor complexe, du VIe siècle, dans un contexte d'habitat et non de nécropole, permet peut-être de préciser, sous toute réserve, la nature de cette occupation qui pourrait probablement être liée, de près ou de loin, à la présence d'une fondation religieuse. W. Dijkmann observe qu'au Ve siècle les tessons de céramique décorés de motifs chrétiens, tant pour Maastricht (contexte d'habitat) que pour Auxerre, Rouen et Metz, se situent pour la plupart dans un rayon de moins de 50 m autour de l'emplacement d'anciennes églises épiscopales.