Près de 200 indices ont été identifiés lors de la fouille de la rue du Petit Bonheur sur l'oppidum des Châtelliers, dont une douzaine de puits. Cette opération a été menée conjointement par le service de l'Archéologie du département de l'Indre-et-Loire (Sadil) et l'Inrap.

Dernière modification
05 juillet 2016

Un secteur encore méconnu de l'agglomération

Plus d'une dizaine d'interventions archéologiques ont été effectuées dans la rue du Petit Bonheur depuis les années 1960. Il s'agissait essentiellement de diagnostics et de surveillances, en conséquence de quoi les données accumulées ne permettaient pas de comprendre la structuration des vestiges. Le chantier réalisé à l'occasion de la construction de deux logements individuels nous offre aujourd'hui une vision assez large de ce secteur de la ville. Les études spécialisées qui vont débuter prochainement permettront de mieux caractériser le passage de la ville gauloise à l'agglomération gallo-romaine.



L'occupation gauloise

Les vestiges gaulois sont nombreux et principalement localisés au sud de la parcelle. Il s'agit pour l'essentiel de structures en creux, car aucun niveau de sol ancien n'est conservé. Les vestiges de cette période permettent d'identifier des bâtiments (constructions sur poteaux porteurs). L'un d'eux pourrait correspondre à un atelier de forge. On notera également la présence de plusieurs puits peu profonds. Ils permettaient a priori de capter de l'eau par ruissellement. Deux grandes caves ont également été mises au jour. Des empreintes sur les parois permettent de déterminer qu’elles étaient « boisées ». Une autre trace nous évoque la possibilité d'un accès par une échelle perroquet. Les vestiges mobilier sont très abondants, et renvoient principalement à des activités domestiques et ou artisanales.

On notera la découverte d'un objet remarquable, mis au jour au fond de l'un des puits gaulois. Il s'agit d'une statuette en calcaire, qui représente un personnage assis en tailleur portant un torque à tampons autour du cou et un second (torsadé) dans la main droite. Elle s’inscrit dans un groupe retreint, qui, bien que typique du centre de la France, n'est connu qu'a quelques exemplaires, essentiellement gallo-romains. Cet objet a été réalisé dans un tuffeau local de mauvaise qualité, ce qui garantit qu'il s'agit d'une production locale. Il a été découvert en deux morceaux : tête et corps séparés, face contre terre, à 2,40 m de profondeur sous un important amas de faune (bucrane, bois de cerf) et d'amphore. C’est la deuxième occurrence de cette représentation sur l’oppidum des Châtelliers.



Une sépulture inattendue

À l'occasion du décapage de la terre végétale qui recouvrait les vestiges, une sépulture en pleine terre a été identifiée et fouillée. Le squelette, bien conservé, présentait un bracelet en bronze à son poignet gauche. Un poignard en fer, dans son fourreau, avait été déposé sur le côté droit du défunt. Plusieurs indices permettent d'envisager que le mort a été inhumé entre la fin de la période gauloise et le tout début de notre ère. Compte tenu du faible nombre de sépultures recensés pour cette période en territoire turon, la présence de cet individu au sein de l'agglomération, paré tel qu’il est, pose de nombreuses questions sur son statut.



L'occupation gallo-romaine

La nature des vestiges de l'occupation gallo-romaine ne se distingue pas beaucoup de celle des vestiges gaulois. On retrouve en effet la présence d’activités domestiques et artisanales (tissage, mouture, métallurgie), et aussi de stockage, sous la forme de celliers. En revanche, les matériaux et les techniques changent progressivement. Les pierres et les tuiles font leur apparition dans les constructions, et l'usage du mortier de chaux est attesté. Illustrant ces changements, les puits de cette période possèdent désormais un parement en pierre.