Une équipe de l'Inrap met actuellement au jour, les vestiges du jeu de paume de Louis XIII dans la cour du Grand Commun du château de Versailles.

Dernière modification
31 août 2016
 
Prescrite par l'Etat (Service régional de l'archéologie d'Île-de-France), cette fouille est réalisée en amont de la réhabilitation de l'édifice du Grand Commun, par l'Émoc, dans le cadre de la réalisation du Grand Versailles. Le Grand Commun est un bâtiment méconnu dans lequel subsistent de nombreux vestiges du XVIIe siècle : grandes cheminées, latrines, murs, chapelle...
Sol du jeu de paume construit vers 1630 par Louis XIII. Fouille de la cour du Grand Commun du château de Versailles (Yvelines), 2007.  Ce jeu de courte paume a fait l'objet d'un programme de construction très élaboré par l'architecte Philibert Le Roy. Il

Sol du jeu de paume construit vers 1630 par Louis XIII. Fouille de la cour du Grand Commun du château de Versailles (Yvelines), 2007.

Ce jeu de courte paume a fait l'objet d'un programme de construction très élaboré par l'architecte Philibert Le Roy. Il se compose d'un jeu et d'un pavillon d'habitation pour le maître paumier redécouverts lors de cette fouille.

© Denis Gliksman, Inrap

Histoire et archéologie du jeu de paume

Né au XIIe siècle, le jeu de paume est à l'origine de tous les jeux actuels de raquettes et de battes. Son âge d'or s'étire de la fin du xve au premier tiers du XVIIe siècle. Paris possédait 250 salles vers 1600, il n'en demeurait qu'une douzaine dans tout le pays au XIXe siècle.
Vers 1630, Louis XIII fait construire un jeu de paume à côté de son château. Ce jeu de courte paume, le « tripot », fait l'objet d'un programme de construction très élaboré par l'architecte Philibert Le Roy. Il se compose d'un jeu et d'un pavillon d'habitation pour le maître paumier.
La fouille met actuellement au jour le plan complet de ce jeu, qui se présente sous la forme d'un grand bâtiment rectangulaire de 33 x 14 m. Le sol du jeu est revêtu de carreaux en calcaire de taille (28 x 30 cm), peut-être précédé d'un sol de carreaux en terre cuite. La présence de galeries sur trois côtés indique qu'il s'agit d'un jeu en salle. Le grand mur du quatrième côté est largement perturbé par de profondes galeries souterraines creusées lors de l'édification par Louis XIV du Grand Commun, destiné à accueillir le « service » du château (cuisines, etc.).
Le rôle du maître-paumier y est essentiel : il donne des leçons, arbitre et organise les tournois, réalise le cordage des raquettes. Il façonne aussi l'esteuf, cette balle constituée d'une petite boule de liège enroulée d'une bandelette de tissu, et enveloppée dans deux morceaux de feutrine dont la trace des coutures est à l'origine du dessin des balles de tennis actuelles. Les archéologues espèrent découvrir dans la maison du paumier, où dans ses latrines, du mobilier lié à cette activité : déchets de fabrication des esteufs, pelotes, balles...
Hormis le jeu de paume créé en 1681 à Marseille pour le comte de Castellane, et étudié en 2007, aucun jeu de paume n'avait fait l'objet jusqu'à présent de recherches archéologiques en France.

Sous le jeu, un cimetière du haut Moyen Âge

Plusieurs inhumations du haut Moyen Âge appartiennent probablement à un cimetière paroissial ; en effet, la cour du Grand Commun jouxte l'ancienne église Saint-Julien. Cette découverte nous rappelle l'histoire d'un modeste village, masquée par celle du château royal de Louis XIV.

Sous la cour de Louis XIV, l'enceinte du château Louis XIII

Les sondages archéologiques menés dans la Cour Royale, devant la principale façade du château, nous apportent des données inédites sur l'enceinte de la basse-cour du premier château, enceinte tracée par le roi Louis XIII en personne.
La découverte de deux murs d'enceinte parallèles, de deux tours et de l'extrémité des communs nous donne les premières mesures d'une avant-cour large de 100 pieds (33m). Tours et enceinte contribuent à la mise en scène du pouvoir ; comme enseignes de la féodalité, elles apparaissent suffisamment symboliques pour que dans la première moitié du XVIIe siècle encore, elles entrent dans un programme royal.

L'établissement public du musée et du domaine national de Versailles

Le projet du « Grand Versailles », lancé en 2003, s'étale sur 17 années et va coûter 400 millions d'euros. Il s'agit du plus grand chantier qu'ait connu le domaine royal depuis Louis-Philippe.
Il s'articule autour de quatre grands axes : retrouver le Versailles historique en restituant au château tout son éclat, protéger le patrimoine en améliorant les dispositifs de sécurité des publics et des bâtiments, valoriser le patrimoine et enfin améliorer l'accueil du public et les conditions de travail du personnel.
Le Grand Commun a été construit par Jules Hardouin-Mansart de 1682 à 1686, pour servir de dépendance directe au château, à usage de services, d'offices et de logements de fonction. Transformé en manufacture d'armes en 1793, puis en école, sous la Restauration, il trouve enfin une affectation durable à partir de 1832, comme hôpital militaire. En 1996 le bâtiment libéré a été remis en dotation à l'Etablissement de Versailles.
Aujourd'hui, la réhabilitation du Grand Commun s'inscrit dans une démarche d'ensemble visant à rendre au château et à ses dépendances, l'aspect et également certaines fonctions qui étaient les leurs au XVIIIe siècle. Il va accueillir l'ensemble des équipes de Versailles, libérant ainsi, dans le château de vastes espaces qui pourront être rendus aux visiteurs.

L'Émoc

L'Émoc, Etablissement Public de Maîtrise d'Ouvrage des Travaux Culturels (établissement national à caractère administratif), a été créé par décret le 19 mai 1998 et placé sous la tutelle du Ministère de la Culture et de la Communication. Il est issu de la fusion de l'EPGL (Etablissement Public du Grand Louvre) et de la MIGT (Mission Interministérielle des Grands Travaux de l'Etat).
Aménagement : Émoc
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (DRAC Île-de-France)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Jean-Yves Dufour, Inrap