Exemples de pots en bois ou en écorces de bouleau (Iakoutie)

Archéologie des tombes gelées et peuplement de la Iakoutie

Responsable(s) :
CRUBÉZY Éric (PRCE, Université Paul Sabatier Toulouse III, UMR 5288 du CNRS)
Année(s) :
2004-2016
République Sakha Fédération de Russie Sibérie orientale
Mis à jour le
01 février 2017

La mission franco-russe a pour but de comprendre l’histoire du peuplement iakoute, celui d’une population semi-nomade de Sibérie orientale, et de ses adaptations à l’une des régions les plus froides de la planète, via l’étude de tombes gelées datant du 15e au 19e siècle. L’accent est mis sur les relations biologie/culture via l’étude de l’ADN ancien.

Les Missions Archéologiques Françaises en Sibérie Orientale (MAFSO)

Les Missions Archéologiques Françaises en Sibérie Orientale étudient le peuplement de la Haute-Asie au cours de l’Holocène en prenant en compte la coévolution hommes/milieux et en mettant l’accent sur les maladies infectieuses ayant sélectionné les populations humaines. Les fouilles portent sur des ensembles funéraires dans différents spots choisis en fonction de leurs intérêts culturels et biologiques : l’Altaï mongol, avec des sites de l’âge du Bronze et de l’âge du Fer, lieu de contact entre populations originaires d’Asie et d’Europe à ces époques, Mongolie centrale lors de l’expansion du premier Empire des Steppes, et la Iakoutie, l’une des seules régions au monde qui puisse fournir des restes humains et bactériologiques gelés qui puissent être comparés avec des données historiques et ethnologiques.

Paysage de la Iakoutie

Iakoutie - Le paysage est constitué essentiellement de forêts et de prairies au sein desquelles se trouvent souvent un petit lac.

© P. Gérard, MAFSO

Les Iakoutes, éleveurs de bovidés et de chevaux

République autonome de la fédération de Russie, la Iakoutie s’étend en Sibérie orientale sur 3 millions de kilomètres carrés (environ 5 fois la France), entre le 60e parallèle et l’Océan glacial arctique. Sa particularité est sa population qui se différencie de ses voisins immédiats par son économie basée sur l’élevage de bovidés et de chevaux alors que les températures hivernales dépassent souvent les – 50° C. Cette économie est surprenante à cette latitude et implique de nombreuses adaptations. Les Iakoutes ne sont entourés que de chasseurs-cueilleurs et d’éleveurs de rennes. Plus étonnant encore, ils parlent une langue appartenant à la famille des langues turques alors que leurs voisins parlent une langue d’origine sibérienne. Dès lors, l’hypothèse développée depuis leurs premiers contacts avec les Russes au 17e siècle est celle d’une arrivée de population(s) étrangère(s) à la région, des éleveurs nomades qui se seraient secondairement adaptés au climat continental et froid.

Le peuplement iakoute au travers des tombes gelées

L'objectif de ce programme de recherche est de saisir l’histoire du peuplement iakoute. Il s'agit d’étudier son extension maximale en tentant d’apprécier, pour chacune des régions déjà étudiées (Iakoutie centrale, régions de la Viliouï, de Verkhoïansk et d’Oïmiakhon), l’ancienneté du peuplement, ses modalités et ses évolutions jusqu’à l’heure actuelle.

Les moyens d’étude sont la fouille de tombes gelées et la confrontation de différents modes de lecture :

  • une lecture culturelle basée sur l’étude des pratiques funéraires, du mobilier et de ses significations en termes culturels, sociaux et économiques (circuits) ;
  • une lecture biologique basée sur les données génétiques (lignées paternelles, maternelles, liens de parenté) et sur l’impact des maladies infectieuses sur la population ;
  • une lecture historique basée sur l’étude des archives de cette région du monde.

À partir de l'étude d'un référentiel de plus de 190 tombes, il a ainsi été possible :

  • d'identifier des pratiques funéraires peu connues, voire inédites, et de caractériser certaines d’entre elles très particulières (ex : chamanes) ;
  • de reconnaître des liens de parenté sur de très longues distances, plusieurs centaines de kilomètres ; pratique permettant aux familles de conquérir un territoire, ses richesses et d’obtenir une place essentielle dans les circuits économiques ;
  • d'identifier des maladies infectieuses, comme la tuberculose ou la variole, et d’en rechercher l’impact sur cette population semi-nomade.

Références

Ouvrages

CRUBÉZY (Éric) dir., ALEXEEV (Anatoly) dir. ― Chamane : Kyss, jeune fille des glaces. Paris : Éd. Errance, 2007, 167 p.

​CRUBÉZY (Éric), NIKOLAÏEVA (Darya). ― L’archéologie des vaincus ou l’histoire des vainqueurs ? Paris : Odile Jacob, 2017.

Documentaires

JAMPOLSKY (M.). ​― Les mystères de Kyys la chamane. Film réalisé pour Arte. Gédéon Productions, 2007. [ http://www.dailymotion.com/video/xvesxz_les-mysteres-de-kyys-la-chamane_tv ]

LUTZ (C.). ― Sibérie : l’énigme iakoute. Film réalisé pour Arte. Diffusion le 3 février 2017 (série "Enquêtes archéologiques").  Note : Fait partie d’une série de 20 films de 27 mn chacun sur des sites archéologiques particulièrement originaux.

Collaborateurs français
BALTER Vincent, École Normale Supérieure, UMR 5276
CRUBÉZY  Eric, Université Paul Sabatier, UMR 5288
DUCHESNE Sylvie, INRAP, UMR 5288
GÉRARD Patrice, UMR 5288
GÉRAUT Annie, Institut de médecine légale de Strasbourg
HOCHSTRASSER-PETIT Christiane, indépendant
KEYSER Christine, Université Louis Pasteur, UMR 5288
LIGNEREUX Yves, Muséum d’Histoire Naturelle de Toulouse
MOUGIN Vincent
ORLANDO Ludovic, Université de Copenhague, UMR 5288
PETIT Michel, Musée du quai Branly
SÉNÉGAS Nicolas
STEPANOV Charles, École des Hautes Études en Sciences Sociales
THÈVES Catherine, UMR 5288
WALTER Philippe, Université Pierre et Marie Curie, UMR  8220
Collaborateurs russes
ALEXEEV Anatoly, Institut des sciences humaines de l’Académie des Sciences (branche sibérienne)
BRAVINA Rosalia, Institut des sciences humaines de l’Académie des Sciences (branche sibérienne)
EGOROVA Tamara, Université fédérale du Nord-Est
KIRIANOV Nikolaï, Musée ethnogaphique et archéologique de l’Université fédérale du Nord-Est
KOLODEZNIKOV Sergueï
NIKOLAEVA Daryia
MENILTCHOUK Olga, Université fédérale du Nord-Est
MIKHAÏLOVA Evguéniïa, rectrice, Université fédérale du Nord-Est
POPOV Vassili, Musée national Yaroslavsky
ROMANOVA Liubomira, Université fédérale du Nord-Est
République Sakha
Fédération de Russie
Sibérie orientale
Contact(s)

Sylvie Duchesne
Inrap, Centre archéologique de Saint-Orens
ZI Les Pinsons
13 rue du Négoce
31650 Saint-Orens-de-Gameville
Tél. 05 61 00 80 90
sylvie.duchesne [at] inrap.fr