À Alizay, 12 000 ans d’occupation étudiés en bord de Seine

Publié le 1 août 2011 · Mis à jour le 15 octobre 2012
code opération : DB 17 0144 02
Le site d’Alizay est implanté en vallée de Seine, sur la rive droite de celle-ci, au niveau de sa confluence avec l’Eure. Durant la Préhistoire et la Protohistoire, cette zone humide était parcourue de chenaux attractifs autour desquels les hommes se sont installés. La fouille archéologique, qui se déroulera en trois tranches, sur 9, 7 et 14 hectares, a pour objectif de comprendre les modes d’occupation de ce lieu par les divers groupes humains.

Une stratigraphie préservée de l’érosion

La position du site, dans un secteur régulièrement inondé, a favorisé la fossilisation et la conservation des témoins de la présence humaine sous d’épaisses couches de terre formant une stratigraphie de 3 à 4 mètres de profondeur. Les sols des différentes époques ont été préservés d’une trop forte érosion et la plupart des vestiges et des structures sont très bien conservés. À l’issue de la fouille, il sera possible d’identifier et de caractériser les différentes occupations phase par phase, selon leur nature et leur chronologie, depuis le Paléolithique supérieur jusqu’à la fin de l’âge du Bronze. L’étude du site, à la fois planimétrique et stratigraphique, prend en compte les chronologies des différentes cultures représentées. Chaque occupation est replacée dans son contexte environnemental, hydrologique et topographique. La reconstitution de la géométrie des sols est l’un des axes de recherche privilégié pour garantir une bonne compréhension des relations entre les hommes et leurs milieux au cours du temps.

Des axes de recherches complémentaires

Une équipe pluridisciplinaire de scientifiques tentera de déterminer la variété des occupations et des comportements socio-économiques et socioculturels des hommes au sein de ce milieu particulier qu’est un fond de vallée. Parmi les axes de recherches, on distingue :
– la restitution stratigraphique du site : l’étude géomorphologique associée aux données archéologiques permet la modélisation des sols en trois dimensions et la reconstruction de leurs évolutions. Des datations radiocarbones (C14) préciseront la chronométrie des horizons ;
– l’approche culturelle et chronologique, rendue possible grâce aux études pétrographique, fonctionnelle et typologique des mobiliers en terre cuite et lithique, permettra aux chercheurs de déterminer un phasage fin des occupations humaines : occupations linéaires ou cycliques, usage des territoires, nomadisme ou sédentarité, etc. ;
– l’approche paléoenvironnementale, notamment l’interaction homme-milieu, réalisée à travers les analyses palynologiques (pollens), carpologiques (graines), anthracologiques (charbons de bois), etc., favorise la compréhension de l’évolution des systèmes techniques mis en place par les hommes dès la Préhistoire ;
– l’approche paléoethnologique, se fait à travers l’étude des couches archéologiques, l’interprétation de la répartition spatiale des vestiges, l’étude taphonomique des restes de mobiliers, l’étude de la morphologie des structures et la restitution d’éventuelles architectures. Le développement d’un outil de type SIG (système d’information géographique) permet, au fur et à mesure de la fouille, d’interroger les données archéologiques et environnementales, d’en assurer une meilleure formalisation et d’optimiser les analyses spatiales.

Un référentiel pour la chronologie régionale

Les analyses chronologiques et socio-économiques permettront de constituer, à terme, un référentiel pour la chronologie régionale. La présence à Alizay de nombreuses cultures archéologiques du Paléolithique supérieur, du Mésolithique, du Néolithique et de l’âge du Bronze suscite des interrogations multiples sur la gestion et l’occupation du territoire, la complémentarité des occupations et leur éventuelle structuration fonctionnelle et hiérarchique. À l’issue de cette opération archéologique de grande ampleur, en superficie et en temps (plus de deux ans), des modèles seront proposés et confrontés à l’échelle de la région voire de tout l’ouest de la France.

Responsable scientifique

Cyril Marcigny, Inrap

Aménageur

Lafarge

Contrôle scientifique

Service régional de l'Archéologie (Drac Haute-Normandie)

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  • Vue générale du site en rive droite de la Seine, à la confluence avec l’Eure.
    Vue générale du site en rive droite de la Seine, à la confluence avec l’Eure.
    © Balloide photos, J. Refuveille
  • Niveau du Paléolithique supérieur (-40000 à -12500) en cours de fouille. 
    Niveau du Paléolithique supérieur (-40000 à -12500) en cours de fouille. 
    © C. Marcigny, Inrap
  • Une des lames dégagées dans le niveau paléolithique.
    Une des lames dégagées dans le niveau paléolithique.
    © C. Marcigny, Inrap
  • Armature de flèche du Mésolithique ancien (-9600 à -8030) découvert lors de la fouille d’un des locus. 
    Armature de flèche du Mésolithique ancien (-9600 à 
    -8030) découvert lors de la fouille d’un des locus. 
    © C. Marcigny, Inrap
  • Fouille d’une sépulture dans le niveau Mésolithique. 
    Fouille d’une sépulture dans le niveau Mésolithique. 
    © C. Marcigny, Inrap
  • Vue de détail d’un niveau de sol daté du Néolithique moyen (-3200 à -2500). 
    Vue de détail d’un niveau de sol daté du Néolithique moyen (-3200 à -2500). 
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  •  Foyer du Néolithique moyen (-3200 à -2500) en cours de nettoyage. 
    Foyer du Néolithique moyen (-3200 à -2500) en cours de nettoyage. 
    © C. Marcigny, Inrap
  • Fouille d’une sépulture du Néolithique. 
    Fouille d’une sépulture du Néolithique. 
    © C. Marcigny, Inrap
  • Petite concentration de vestiges de l’âge du Bronze ancien (vers - 2200) avec foyer sur sole d’argile et vestiges environnants. 
    Petite concentration de vestiges de l’âge du Bronze ancien (vers - 2200) avec foyer sur sole d’argile et vestiges environnants. 
    © C. Marcigny, Inrap