Un site néolithique exceptionnel à Pont-sur-Seine

Publié le 31 mars 2011 · Mis à jour le 20 mai 2011
Ce secteur de Pont-sur-Seine fait l’objet d’un suivi archéologique attentif depuis l’ouverture d’une carrière au milieu des années 1990. En 2009 puis 2010, les archéologues de l’Inrap ont fouillé une surface de huit hectares et mis au jour un village néolithique exceptionnel par la densité de l’occupation, la monumentalité des bâtiments et le caractère inédit de certaines architectures. 

Un bon état de conservation

Le site se trouve dans la plaine alluviale de la Seine, à la limite de la Champagne crayeuse et des formations tertiaires de la Brie, sur la rive droite du fleuve, à environ 900 mètres de son cours actuel. Il bénéficie d’un bon état de conservation puisqu’à plusieurs endroits, des lambeaux de sols néolithiques étaient préservés, livrant de la céramique et de l’outillage lithique. Les décors sur les céramiques permettent de distinguer au moins deux phases dans ce mobilier : la première du Néolithique moyen (vers 4500 avant notre ère) et la seconde, encore mal datée, de la fin du Néolithique (entre 3500 et 2000 avant notre ère). Ces premières observations semblent confirmées par les plans des constructions.

Des maisons circulaires

Des trous de poteau dessinent le plan de trois maisons circulaires d’environ 80 m2. Pour deux d’entre elles, l’espace intérieur est séparé par une ligne de poteaux, en deux aires inégales d’environ un tiers et deux tiers de la surface. Seule une dizaine de constructions de ce type, datée du Néolithique moyen, est connue en France.

Dix bâtiments rectangulaires

Dix-sept bâtiments rectangulaires, à deux nefs, répartis en trois zones sur le site, ont également été identifiés. Ils sont de taille variable : 20 x 5 mètres pour le plus grand, 10 x 3 mètres pour le plus petit. L’ensemble daterait de 3500 à 3000 avant notre ère, datation à confirmer par carbone 14. Une telle concentration de maisons est inédite pour cette période.

Deux constructions monumentales

À proximité, se développe un système d’enclos palissadés. Le premier, renfermant probablement deux bâtiments de plan rectangulaire, a été délimité par une palissade curvilinéaire sur 165 mètres de long. Plus tard, une deuxième palissade a été construite en appui sur la première. Longue de 136 mètres, elle présente une interruption à l’est, indice d’une entrée. Ce second enclos isole deux constructions à la forme et aux dimensions exceptionnelles. La plus petite occupe une surface de 280 m2 et la plus grande près de 900 m2. Toutes deux présentent un plan trapézoïdal avec une entrée principale à l’est. On accède à cette entrée en empruntant un « couloir », délimité de part et d’autre par des fossés palissadés dessinant de grandes antennes. L’une des particularités de ces constructions est l’utilisation massive de blocs de grès pour conforter l’assise et l’ancrage des poteaux. Le soin apporté à la réalisation de ces constructions et les techniques mises en œuvre révèlent le savoir-faire impressionnant des architectes et des bâtisseurs de l’époque.
Les premières datations au carbone 14 et des études de mobilier permettront de mieux distinguer les différentes phases d’occupation.

Des bâtiments construits pour durer

Interview de Vincent Desbrosse, Inrap

« Lorsque les deux bâtiments néolithiques – datés pour le moment entre 3400 et 2200 avant notre ère – ont été mis au jour, l’ampleur de l’entreprise architecturale nous est apparue : 280 m2 pour l’un, 900 m2 pour l’autre. L’étude des fondations a confirmé que l’on se trouvait devant des édifices exceptionnels, tant par leurs dimensions que par leurs techniques de construction.
Dans le grand bâtiment quatre lignes de trous de poteau sont présentes : deux au centre, deux à l’extérieur. Pour assurer une parfaite stabilité à la charpente, les fondations sont profondément creusées, en moyenne à 1,20 mètre et parfois jusqu’à 1,75 mètre. Au fond des trous de poteau extérieurs gisaient des pierres plates liées par une sorte de mortier en argile ocre. C’est la première fois, dans cette région de la vallée de la Seine, qu’est attesté l’usage de la pierre pour le Néolithique. La provenance des blocs de grès quartzite interroge : étaient-ils récupérés sur place ou acheminés depuis des carrières situées à quelques kilomètres ? Les blocs pèsent entre 5 et 30 kg : 19 tonnes au total ont été extraites… Nous sommes en Champagne crayeuse, à la limite du plateau de la Brie, à 900 mètres du cours de la Seine. Les Néolithiques avaient déjà conscience de la nécessité d’édifier sur de solides fondations, dans ce substrat sableux.
À l’entrée du grand bâtiment, dans une fosse de 4,50 mètres de long sur 1,50 mètre de large et 1 mètre de profondeur, quatre tonnes de pierre organisées en couches régulières et liées par de l’argile soutenaient deux poteaux monumentaux dont seuls demeurent les négatifs. Le prélèvement de charbons fossiles permettra d’en apprendre plus sur la sélection des essences, voire le couvert végétal environnant. Mais une autre question se pose : où les constructeurs se fournissaient-ils en argile, absente du site ?
Le petit bâtiment présente un plan et des techniques de construction similaires ; seule la taille des blocs diffère.
Il n’existe aujourd’hui aucun édifice comparable en Europe pour cette époque et leur fonction reste à déterminer. Au centre du grand bâtiment, dans une fosse ovale rebouchée avec des blocs liés à l’argile, on a trouvé un cercle de pierres posées à plat. Sa position centrale attesterait une fonction religieuse ou cultuelle. Ces édifices avaient probablement aussi une fonction politique. L’enceinte qui les isole renforce cette hypothèse. »

Responsable scientifique

Vincent Desbrosse, Inrap

Aménageur

Carrières Saint-Christophe

Contrôle scientifique

Service régional de l'archéologie (DRAC Champagne-Ardenne)

Voir l'album

  • Vue aérienne des deux bâtiments monumentaux (300 m2 et 900 m2) dans leur enclos. Sur la droite, la trace laissée dans le sol par le premier enclos est également très lisible.
    Vue aérienne des deux bâtiments monumentaux (300 m2 et 900 m2) dans leur enclos. Sur la droite, la trace laissée dans le sol par le premier enclos est également très lisible.
    © Frédéric Canon, Vertical photo / Inrap
  • Vue aérienne des deux bâtiments monumentaux dans leur enclos. 
    Vue aérienne des deux bâtiments monumentaux dans leur enclos. 
    © Frédéric Canon, Vertical photo / Inrap
  • Vue aérienne resserrée sur le bâtiment monumental de 300 m2.
    Vue aérienne resserrée sur le bâtiment monumental de 300 m2.
    © Frédéric Canon, Vertical photo / Inrap
  • Vue aérienne d'un bâtiment circulaire
    Vue aérienne d'un bâtiment circulaire
    © Frédéric Canon, Vertical photo / Inrap
  • Entrée principale du bâtiment monumental de 300 m2
    Entrée principale du bâtiment monumental de 300 m2
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Vue générale du bâtiment monumental de 300 m2. Au premier plan, les lignes marron au sol dessinent le couloir d'entrée principale de ce bâtiment. Il se matérialisait par une palissade en bois de 2 mètres de haut
    Vue générale du bâtiment monumental de 300 m2. Au premier plan, les lignes marron au sol dessinent le couloir d'entrée principale de ce bâtiment. Il se matérialisait par une palissade en bois de 2 mètres de haut
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Vue rapprochée du bâtiment monumental de 300 m2
    Vue rapprochée du bâtiment monumental de 300 m2
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Fouille des traces laissées par la paroi du bâtiment de 300 m2
    Fouille des traces laissées par la paroi du bâtiment de 300 m2
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Deux archéologues étudient les parois du bâtiment de 300 m2
    Deux archéologues étudient les parois du bâtiment de 300 m2
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Vue rapprochée de la fouille des parois du bâtiment de 300 m2
    Vue rapprochée de la fouille des parois du bâtiment de 300 m2
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Vue générale du bâtiment monumental principal (900m2). Au premier plan, les lignes marron au sol dessinent le couloir d'accès à ce bâtiment. Ce couloir se matérialisait par une palissade en bois de 2 mètres de haut
    Vue générale du bâtiment monumental principal (900m2). Au premier plan, les lignes marron au sol dessinent le couloir d'accès à ce bâtiment. Ce couloir se matérialisait par une palissade en bois de 2 mètres de haut
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Vue rapprochée du bâtiment monumental de 900 m2
    Vue rapprochée du bâtiment monumental de 900 m2
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Fosse en cours de fouille implantée au centre du bâtiment monumental principal. Elle a probablement une vocation rituelle
    Fosse en cours de fouille implantée au centre du bâtiment monumental principal. Elle a probablement une vocation rituelle
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Palissade de l'enclos intégrant les 2 bâtiments monumentaux
    Palissade de l'enclos intégrant les 2 bâtiments monumentaux
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Fouille de l'entrée de l'enclos intégrant les bâtiments monumentaux. La palissade de 2 mètres de haut s'interrompt dans l'axe du bâtiment principal. Dès cette entrée, la stature des bâtiments devait se révéler en un coup d'œil
    Fouille de l'entrée de l'enclos intégrant les bâtiments monumentaux. La palissade de 2 mètres de haut s'interrompt dans l'axe du bâtiment principal. Dès cette entrée, la stature des bâtiments devait se révéler en un coup d'œil
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Vue latérale des 2 bâtiments monumentaux avec le plus petit (300m2) au premier plan
    Vue latérale des 2 bâtiments monumentaux avec le plus petit (300m2) au premier plan
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Vue latérale, de biais, des  2 bâtiments monumentaux avec le plus petit (300m2) au premier plan
    Vue latérale, de biais, des  2 bâtiments monumentaux avec le plus petit (300m2) au premier plan
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Vue de l'arrière des bâtiments monumentaux dans leur enclos
    Vue de l'arrière des bâtiments monumentaux dans leur enclos
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Vue de l'arrière des bâtiments monumentaux avec les traces d'une maison circulaire au premier plan
    Vue de l'arrière des bâtiments monumentaux avec les traces d'une maison circulaire au premier plan
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Fouille en cours de la fosse probablement rituelle située au centre du bâtiment de 900 m2. Les traces noires au sol et les pierres correspondent à des éléments participant à l'architecture du bâtiment (fosses et trous de poteaux)
    Fouille en cours de la fosse probablement rituelle située au centre du bâtiment de 900 m2. Les traces noires au sol et les pierres correspondent à des éléments participant à l'architecture du bâtiment (fosses et trous de poteaux)
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Fouille d'une fosse. A droite, le creusement d'un trou de poteau garni de pierres de calage pour assurer la stabilité d'un poteau vertical
    Fouille d'une fosse. A droite, le creusement d'un trou de poteau garni de pierres de calage pour assurer la stabilité d'un poteau vertical
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Dégagement de trous de poteaux. Les nombreuses pierres de calage assuraient la stabilité des poteaux et la solidité de la charpente
    Dégagement de trous de poteaux. Les nombreuses pierres de calage assuraient la stabilité des poteaux et la solidité de la charpente
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Vue d'un angle du bâtiment principal en cours de fouille (fosse et trous de poteaux avec pierres de calage) 
    Vue d'un angle du bâtiment principal en cours de fouille (fosse et trous de poteaux avec pierres de calage) 
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Traces de trous de poteaux qui dessinent un bâtiment circulaire constitué de bois et torchis. Les poteaux soutenaient la charpente. Cette construction est typique du néolithique moyen (vers 4500 avant notre ère). Seule une dizaine de bâtiments de ce type était connue jusqu'alors en France. Trois ont été découverts à Pont-sur-Seine
    Traces de trous de poteaux qui dessinent un bâtiment circulaire constitué de bois et torchis. Les poteaux soutenaient la charpente. Cette construction est typique du néolithique moyen (vers 4500 avant notre ère). Seule une dizaine de bâtiments de ce type était connue jusqu'alors en France. Trois ont été découverts à Pont-sur-Seine
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Hache polie en silex de la période néolithique. Elle a été découverte dans un trou de poteau d'un bâtiment
    Hache polie en silex de la période néolithique. Elle a été découverte dans un trou de poteau d'un bâtiment
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Lame en silex de la période néolithique pour découper et racler. Elle a été découverte dans le bâtiment principal de 900 m2
    Lame en silex de la période néolithique pour découper et racler. Elle a été découverte dans le bâtiment principal de 900 m2
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap
  • Bord de céramique avec décor de pastilles caractéristique du néolithique moyen (vers 4500 avant notre ère)
    Bord de céramique avec décor de pastilles caractéristique du néolithique moyen (vers 4500 avant notre ère)
    © 2009 Denis Gliksman / Inrap