Crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer : du camp romain de la classis britannica aux Temps modernes
Publié le 13 novembre 2012 · Mis à jour le 21 novembre 2012
code opération : GB15191901
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La basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer, construite au XIXe siècle à l’emplacement de l’ancienne église médiévale, possède l’une des plus vastes cryptes d’Europe. Un projet de restauration et de mise en valeur du site, mené par la ville de Boulogne-sur-Mer, a nécessité une intervention préalable des archéologues. La fouille, menée dans un cadre peu ordinaire, a permis d’appréhender un vaste secteur du camp romain de la classis britannica, de mieux connaître l’église médiévale Notre-Dame et d’étudier, en extérieur, une portion de son cimetière paroissial.

© Dominique Bossut, Inrap
Le camp de la classis britannica
La conquête de la Bretagne, l’Angleterre d’aujourd’hui, par l’empereur Claude en 43 de notre ère, marque sans doute la naissance de la classis britannica, une flotte permanente installée de part et d’autre de la Manche, à Boulogne et Douvres. Depuis les années 1970, les fouilles réalisées dans la ville haute de Boulogne ont permis d’y localiser le camp militaire sur environ 12 hectares. Les remparts médiévaux du XIIIe siècle reprennent, pour l’essentiel, le plan en quadrilatère des enceintes romaines successives.
La fouille de la crypte de la basilique Notre-Dame est localisée dans le quartier des casernements du camp antique, la retentura. De nouvelles sections de casernes de la classis britannica ont été mises au jour. Construits dans la première moitié du IIe siècle de notre ère, ces bâtiments sont largement restructurées à la fin du IIe ou au début du IIIe siècle et restent en activité jusqu’aux années 260. Au sud-ouest de la crypte, une portion de voirie a été partiellement dégagée. La qualité de la construction et sa permanence (au moins trois rehaussements successifs) en font une voie structurante du camp, peut-être la via Quintana.
La fouille de la crypte de la basilique Notre-Dame est localisée dans le quartier des casernements du camp antique, la retentura. De nouvelles sections de casernes de la classis britannica ont été mises au jour. Construits dans la première moitié du IIe siècle de notre ère, ces bâtiments sont largement restructurées à la fin du IIe ou au début du IIIe siècle et restent en activité jusqu’aux années 260. Au sud-ouest de la crypte, une portion de voirie a été partiellement dégagée. La qualité de la construction et sa permanence (au moins trois rehaussements successifs) en font une voie structurante du camp, peut-être la via Quintana.
Une structuration de l’espace urbain dès le milieu du Ier siècle de notre ère
Un des principaux apports de la fouille est d’avoir mis en évidence des niveaux archéologiques antérieurs à la construction des premiers remparts connus du camp de la classis britannica, datés, comme les casernes, du début du IIe siècle. Dans la nef, une première série d’aménagements en dur pourrait avoir été réalisée au milieu ou dans la seconde moitié du Ier siècle. Dès cette époque, l’espace se structure selon un « quadrillage » urbain très régulier et l’hypothèse d’un camp romain précoce, contemporain de la conquête de la Bretagne par Claude, se trouve confortée.
L’église médiévale et son cimetière paroissial
La fouille devrait également apporter de nouveaux éléments sur l’architecture de l’église médiévale, détruite à la révolution. Les fondations et le dallage d’une chapelle latérale, sans doute du XIVe siècle, ont ainsi été mis au jour.
Une portion du cimetière paroissial médiéval et moderne, coincé entre la rue de Lille, le parvis, les remparts et l’église, a été fouillée le long de l’actuelle basilique. Un cimetière aussi exigu nécessitait de « réduire » régulièrement les tombes pour faire place aux nouvelles inhumations. Ainsi, les ossements étaient prélevés et rassemblés dans de grandes fosses ossuaires, dont l’une d’elle (XIV-XVe siècle ?) a pu être intégralement fouillée.
Une étude biologique et sanitaire des populations boulonnaises sur une longue période, sans doute près de 700 ans, pourra être réalisée dans les mois à venir.
Une portion du cimetière paroissial médiéval et moderne, coincé entre la rue de Lille, le parvis, les remparts et l’église, a été fouillée le long de l’actuelle basilique. Un cimetière aussi exigu nécessitait de « réduire » régulièrement les tombes pour faire place aux nouvelles inhumations. Ainsi, les ossements étaient prélevés et rassemblés dans de grandes fosses ossuaires, dont l’une d’elle (XIV-XVe siècle ?) a pu être intégralement fouillée.
Une étude biologique et sanitaire des populations boulonnaises sur une longue période, sans doute près de 700 ans, pourra être réalisée dans les mois à venir.
Un grand bâtiment public du Bas Empire
Au XIXe siècle, à l’occasion de la construction de la crypte, un grand bâtiment antique quadrangulaire (10 x 20 m) fut mis au jour. Ses murs, larges de 2 mètres à la base, étaient conservés sur 1,40 m de hauteur. Ces vestiges ont été en partie détruits par les terrassements de l’époque. Mais les fondations et le dallage extérieur de ce bâtiment du Bas Empire sont encore bien conservés dans le collatéral sud de la crypte. Sa fonction est, pour l’instant, difficile à interpréter.
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Nef de la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) en cours de fouille, 2012.
© Olivier Blamangin, Inrap -
Plan des différentes zones d'intervention de la fouille dans la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.
Dans la crypte (en rouge) et en extérieur, sur l'enclos de l'évêché, la fouille a permis d'appréhender un vaste secteur du camp romain de la classis britannica et les niveaux d'occupation de l'Antiquité tardive et du haut Moyen Âge. Dans le jardin du presbytère, c'est une chapelle de l'église médiévale et une portion de son cimetière qui ont été mis au jour.© Yves Créteur, Olivier Blamangin, Inrap -
Vue générale de la nef de la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) en cours de fouille, 2012.Les vestiges antiques apparaissent immédiatement sous les sols de la crypte du XIXe s.© Dominique Bossut, Inrap
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Décapage mécanisé dans la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.Dans la nef de la crypte, la fouille a mis en évidence des niveaux archéologiques antérieurs à la construction des premiers remparts connus du camp de la classis britannica, datés du début du IIe s. L'espace se structure selon un "quadrillage" urbain très régulier dès le milieu ou la seconde moitié du Ier s. de notre ère.
© Benoît Leriche, InrapUn des quatre ossuaires du XIXe s. recoupant les fondations antiques du camp militaire romain de la classis britannica, dans la nef de la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.© Dominique Bossut, InrapMise au jour des fondations d'un grand bâtiment public du Bas-Empire, larges de près de 2 m, et de son trottoir extérieur dans le collatéral sud de la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.© Dominique Bossut, InrapOssuaire médiéval découvert dans la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.Le cimetière paroissial de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer était particulièrement exigu. Il était nécessaire de « réduire » régulièrement les tombes pour faire place aux nouvelles inhumations. Les ossements étaient prélevés et rassemblés dans de grandes fosses ossuaires.
© Sacha Kacki, InrapFouille d'un bâtiment du Bas-Empire dans la salle d'entrée de la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.© Olivier Blamangin, InrapVue zénithale d'une chapelle latérale du XIVe s. de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.© Yves Créteur, InrapVue de détail des fondations antiques d'une caserne de soldats de la classis britannica, IIe s. de notre ère dans la salle du transept nord de la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.© Dominique Bossut, InrapContrefort d'une chapelle latérale du XIVe s. de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.© Noémie Gryspeirt, InrapFouille du cimetière paroissial médiéval et moderne dans le jardin du presbytère de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.© Dominique Bossut, InrapFouille du cimetière paroissial médiéval et moderne dans le jardin du presbytère de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.© Dominique Bossut, InrapQuatre inhumations du cimetière paroissial médiéval et moderne de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.© Dominique Bossut, Inrap
Voir aussi
- Reportage : Boulogne-sur-Mer, de la Classis Britannica aux Temps modernes (24-10-2012)
- Notice du site : Crypte de la Basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (20-11-2012)
- Iconothèque : voir tous les documents

