Les archéologues et les démineurs : réactivité, confiance et collaboration

Publié le 16 avril 2014 · Mis à jour le 16 avril 2014
Créé en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le service du déminage de la Sécurité civile compte aujourd’hui 310 agents répartis dans 27 centres à travers le territoire. Même si la détection et la neutralisation des engins de guerre ne représentent qu’une part de son activité, ce sont en moyenne plus de 500 tonnes de munitions actives qui sont annuellement traitées et éliminées au cours de quelque 12 000 interventions. 

Les archéologues en première ligne…

Tout comme les ouvriers des travaux publics et les agriculteurs, les archéologues font partie des catégories professionnelles les plus exposées au « risque pyrotechnique ». En effet, un ou deux archéologues sont toujours présents au plus près des pelles mécaniques qui dégagent la terre arable par passes successives et peuvent inopinément mettre au jour des engins explosifs qui s’y trouvent enfouis. La découverte de munitions chimiques (grenades et obus au phosphore, lacrymogènes d’entrainement, etc.) représente un danger non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour la population alentours.

… dans les régions particulièrement exposées

Plusieurs accidents se sont produits depuis 2008 lors d’interventions archéologiques dans le Nord/Pas-de-Calais, nécessitant le déploiement de moyens de secours très importants. En effet, la région a été le théâtre d’innombrables combats pendant les deux derniers conflits mondiaux et les niveaux superficiels de son sol sont encore pollués par des pièces d’armement potentiellement dangereuses. Dans le seul cadre des interventions archéologiques liées au projet du canal Seine-Nord Europe, les démineurs sont intervenus à 147 reprises et ont neutralisé plus de 7 tonnes de munitions.

Sensibiliser et informer

Sachant que le projet du canal Seine-Nord Europe nécessiterait le recours à des personnels extérieurs à l’interrégion Nord-Picardie, n’ayant par conséquent aucune expérience des vestiges de conflits récents, un certain nombre de dispositions ont été prises pour encadrer et accompagner les interventions de terrain.
La première a été la mise en place de demi-journées de sensibilisation aux engins de guerre, initiées par la direction interrégionale de l’Inrap Nord-Picardie et animées par le chef de centre du service de déminage d’Amiens (Somme). L’information a porté sur les grandes catégories de munitions, les différentes familles d’explosifs et d’armes chimiques, mais aussi sur les éléments inertes. Ainsi les goupilles ou les croisillons de transport, par exemple, qui ne présentent en eux-mêmes aucun danger direct, doivent toutefois alerter l’archéologue sur la présence de pièces d’artillerie dans un périmètre très proche.
Loin de vouloir transformer les archéologues en démineurs, ces sessions ont pour but de leur permettre d’évaluer rapidement le facteur risque à partir d’un simple examen visuel du site, de sécuriser une zone suspecte et d’en référer aux autorités compétentes.

Instaurer une conscience collective

Du personnel administratif aux conducteurs d’engins, en passant bien sûr par les archéologues de terrain, tous les agents affectés au projet du canal Seine-Nord Europe ont eu l’obligation de suivre ces sessions. Une véritable prise de conscience collective s’est ainsi instaurée dans l’ensemble de l’équipe. L’exemple le plus flagrant à ce jour est celui de la découverte de grenades au phosphore à Marquion (Pas-de-Calais), dont la combustion instantanée au contact de l’air a été neutralisée par le chauffeur de la pelle mécanique : il a appliqué les consignes prodiguées par les démineurs quelques semaines auparavant.

Savoir gérer les situations critiques

En complément de ces formations théoriques, les archéologues du projet Seine-Nord Europe ont été dotés de kits comprenant masques, combinaisons, gants, solutions ophtalmologiques, etc., afin qu’ils puissent, si nécessaire et en attendant les secours, procéder en toute sécurité à l’évacuation d’un agent touché ou ayant inhalé des produits chimiques.
Enfin ces mêmes archéologues sont autorisés, en cas de découvertes de munitions, à contacter directement les démineurs par téléphone sans passer par le circuit de la préfecture. Ils procèdent à la signalisation de la zone estimée dangereuse et à sa protection, par exemple en recouvrant de terre les engins mis au jour afin d’éviter le réchauffement de l’explosif. Ce dispositif présentant par ailleurs l’avantage de ne pas stopper la progression des interventions de terrain.