Archéopages
Éditorial
Publié le jeudi 12 août 2010 · Mis à jour le vendredi 3 septembre 2010
Jean-Paul Demoule
Président de l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives
Président de l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives
Le 30 septembre et le 1er octobre 2005 s’est tenu à Paris un colloque international sur « 20 ans d’archéologie préventive dans le monde », organisé par l’Institut national de recherches archéologiques préventives et la Bibliothèque nationale de France, dans les locaux prestigieux de cette dernière institution. À elle seule, cette initiative conjointe scellait également la rencontre de deux disciplines qui parfois se sont ignorées, l’histoire avec ses textes et ses livres, et l’archéologie avec ses objets et ses traces matérielles. Plus de 600 personnes ont assisté aux communications de ces deux journées. La première était consacrée, dans la lignée de l’ouvrage La France archéologique (qui vient d’être réédité après épuisement des 5 000 premiers exemplaires) à la présentation sous une forme accessible et synthétique des grands acquis scientifiques de l’archéologie préventive en France, période par période. La seconde journée était destinée à présenter un certain nombre d’expériences menées dans des pays étrangers – une dizaine – en Europe, mais aussi en Amérique et en Asie. Nos collègues ont aussi bien évoqué des sites prestigieux, comme Angkor ou Zeugma, que des travaux systématiques, tels qu’ils sont menés en Pologne, en Hongrie ou au Japon, ce dernier pays étant celui qui dépense le plus pour la préservation de son patrimoine archéologique. Il y avait beaucoup à apprendre de ces expériences ; elles ont aussi montré combien un institut national de recherche tel que l’Inrap est sans doute l’une des structures les mieux adaptées à une gestion systématique et scientifique des fouilles préventives. Les actes de ce colloque fondateur seront publiés en 2006.
De fait, il n’est pas inutile de rappeler le rôle essentiel de l’Inrap dans la recherche archéologique française. Certes, ces missions ne sont est absolument pas remises en cause par les trois nouveaux rapports sur l’archéologie préventive qui auront émaillé cette année 2005. Des rapports émanant successivement du Sénat, conjointement avec la Cour des comptes, puis de l’Inspection générale des Finances, conjointement avec les inspections des ministères de la Culture et de l’Équipement – mais sans celle de la Recherche, et enfin du gouvernement à l’intention des parlementaires. Néanmoins, il faut savoir que le système de financement de l’archéologie préventive n’est pas encore totalement stabilisé sur le plan technique. La redevance d’archéologie préventive, prévue pour rapporter entre 60 et 80 millions d’euros chaque année, est encore loin d’atteindre cette somme. Il faut donc espérer que, à l’instar des 130 autres taxes existant en France, il sera bientôt possible de lui assurer définitivement le rendement nécessaire.
Ce nouveau numéro d’Archéopages montre une nouvelle fois l’apport essentiel de l’archéologie préventive à la connaissance scientifique au travers des fouilles associées à de grands aménagements. Le premier exemple, le plus détaillé, porte sur l’opération de Dourges, dans le Nord-Pas-de-Calais, préalablement d'une implantation d'une « plateforme multimodale ». Les fouilles, de 2000 à2002, ont révélé des occupations humaines, dans une zone marécageuse, échelonnées depuis le Paléolithique supérieur jusqu’à l’époque moderne. Mais c’est surtout la période de plus d’un millénaire comprenant le second âge du Fer, la période romaine et le début du Moyen Âge qui a fourni les matériaux les plus abondants sur l’économie rurale à ces périodes, avec bâtiments, fossés, palissades, structures de stockage, etc. Ces matériaux, joints aux données du paléoenvironnement, permettent entre autres de comprendre comment certaines portions de notre territoire ont été tour à tour occupées puis désertées. La seconde grande opération présentée dans ce numéro est celle du tracé de la ligne à grande vitesse(LGV) Rhin-Rhône, dont on pourra découvrir, à titre préliminaire, les premiers travaux. Deux autres articles constituent la rubrique Recherches de ce numéro : l’un fait le point sur les apports de la zoologie en archéologie, l’autre établit un intéressant bilan de 15 ans de recherches autour des monuments religieux du Limousin médiéval. C’est d’ailleurs à l’archéologie du bâti que l’Inrap, en collaboration avec le conseil général de Seine-Saint-Denis, a organisé une table-ronde à Montreuil, le 17 octobre dernier. Quant aux monuments chrétiens plus anciens, il s’agit certainement d’un domaine que l’archéologie préventive a considérablement enrichi depuis deux ans avec les découvertes de Marseille, d’Arles, d’Ajaccio, de Roanne ou encore de Luxeuil. L’année 2005 aura vu encore bien d’autres découvertes spectaculaires, telle la mise au jour du château des comtes de Toulouse, le cimetière protestant de Saint-Maurice, les plus anciennes implantations de la Marseille grecque ou, dans cette même ville, un habitat du Néolithique qui semble s’étendre encore. Au-delà de ces découvertes, que les médias ont amplement répercutées, ce sont près de 2 500 opérations d’archéologie préventive qui auront eu lieu cette année, accompagnées d’un travail systématique de publications scientifiques, de recherches fondamentales, et de valorisation en direction de l’ensemble des citoyens. C’est ainsi qu’une exposition itinérante rendra prochainement compte des fouilles menées pendant deux ans sur la ligne à grande vitesse Paris-Strasbourg.
De fait, il n’est pas inutile de rappeler le rôle essentiel de l’Inrap dans la recherche archéologique française. Certes, ces missions ne sont est absolument pas remises en cause par les trois nouveaux rapports sur l’archéologie préventive qui auront émaillé cette année 2005. Des rapports émanant successivement du Sénat, conjointement avec la Cour des comptes, puis de l’Inspection générale des Finances, conjointement avec les inspections des ministères de la Culture et de l’Équipement – mais sans celle de la Recherche, et enfin du gouvernement à l’intention des parlementaires. Néanmoins, il faut savoir que le système de financement de l’archéologie préventive n’est pas encore totalement stabilisé sur le plan technique. La redevance d’archéologie préventive, prévue pour rapporter entre 60 et 80 millions d’euros chaque année, est encore loin d’atteindre cette somme. Il faut donc espérer que, à l’instar des 130 autres taxes existant en France, il sera bientôt possible de lui assurer définitivement le rendement nécessaire.
Ce nouveau numéro d’Archéopages montre une nouvelle fois l’apport essentiel de l’archéologie préventive à la connaissance scientifique au travers des fouilles associées à de grands aménagements. Le premier exemple, le plus détaillé, porte sur l’opération de Dourges, dans le Nord-Pas-de-Calais, préalablement d'une implantation d'une « plateforme multimodale ». Les fouilles, de 2000 à2002, ont révélé des occupations humaines, dans une zone marécageuse, échelonnées depuis le Paléolithique supérieur jusqu’à l’époque moderne. Mais c’est surtout la période de plus d’un millénaire comprenant le second âge du Fer, la période romaine et le début du Moyen Âge qui a fourni les matériaux les plus abondants sur l’économie rurale à ces périodes, avec bâtiments, fossés, palissades, structures de stockage, etc. Ces matériaux, joints aux données du paléoenvironnement, permettent entre autres de comprendre comment certaines portions de notre territoire ont été tour à tour occupées puis désertées. La seconde grande opération présentée dans ce numéro est celle du tracé de la ligne à grande vitesse(LGV) Rhin-Rhône, dont on pourra découvrir, à titre préliminaire, les premiers travaux. Deux autres articles constituent la rubrique Recherches de ce numéro : l’un fait le point sur les apports de la zoologie en archéologie, l’autre établit un intéressant bilan de 15 ans de recherches autour des monuments religieux du Limousin médiéval. C’est d’ailleurs à l’archéologie du bâti que l’Inrap, en collaboration avec le conseil général de Seine-Saint-Denis, a organisé une table-ronde à Montreuil, le 17 octobre dernier. Quant aux monuments chrétiens plus anciens, il s’agit certainement d’un domaine que l’archéologie préventive a considérablement enrichi depuis deux ans avec les découvertes de Marseille, d’Arles, d’Ajaccio, de Roanne ou encore de Luxeuil. L’année 2005 aura vu encore bien d’autres découvertes spectaculaires, telle la mise au jour du château des comtes de Toulouse, le cimetière protestant de Saint-Maurice, les plus anciennes implantations de la Marseille grecque ou, dans cette même ville, un habitat du Néolithique qui semble s’étendre encore. Au-delà de ces découvertes, que les médias ont amplement répercutées, ce sont près de 2 500 opérations d’archéologie préventive qui auront eu lieu cette année, accompagnées d’un travail systématique de publications scientifiques, de recherches fondamentales, et de valorisation en direction de l’ensemble des citoyens. C’est ainsi qu’une exposition itinérante rendra prochainement compte des fouilles menées pendant deux ans sur la ligne à grande vitesse Paris-Strasbourg.
Archéopages, 17. Paris : Inrap, déc. 2005. 67 p. ill.

