L'organisation et l'évolution de l'espace rural au second âge du Fer

Publié le mercredi 20 janvier 2010 · Mis à jour le vendredi 25 mars 2011
Le présent Projet d'Activité Scientifique est né d’un besoin de régénérer l’étude des établissements agricoles du second âge du Fer et d’inventer l’outil pour y parvenir.

1. Contexte et objectifs du projet

Lorsque cette « enquête nationale » a été mise en place en 2006, elle ambitionnait une perspective double :
  • Répondre à un appel à projet émanant de la Direction Scientifique et Technique de l’Inrap
  • Faciliter l’étude du thème spécialisé du colloque de l’Association Française pour l'Étude de l'Age du Fer (AFEAF), prévu en 2007.
En tant que réponse à l’appel au projet, cette enquête, s'inscrit dans le projet de recherche de l'institut intitulé « Organisation des territoires ruraux à la fin du premier et second âge du Fer ». Elle s'est concrétisée par la création d’une base de données visant la mise en commun et l’étude d’une documentation considérable portant sur le monde rural au 2nd âge du Fer.

Quant au thème du colloque : « Habitats et paysages ruraux en Gaule IVe s. - Ier s. av. J.-C. et regards sur d'autres régions du monde celtique », il a constitué l’occasion de tester l’efficacité de l’outil en vue de sa validation et de dégager des pistes à explorer.

L'objectif premier réside en un recensement homogène des établissements ruraux entre la période du Hallstatt D3 au gallo-romain précoce, soit entre -550 et +10. Dans la pratique et afin de ne pas fausser les réalités, les enregistrements incluent les phases plus anciennes du premier âge du Fer lorsque celles-ci ont été attestées. Pour gagner en efficacité, seuls les sites explorés sur une surface suffisamment importante (fouille ou diagnostic extensif) pour reconnaître leur fonctionnement ont été inventoriés.

2. Organisation générale de la base de données

Les fiches d’enregistrement qui décrivent les sites s’organisent en deux volets. Le premier détaille les références géo-administratives et la chronologie, le mobilier et l’information relative à l’opération (auteur de la fouille, bibliographie du site...). Le deuxième volet, qui peut être multiplié autant de fois qu’il existe d’étapes chronologiques dans la longévité du site, décrit les éléments qui le constituent : habitat enclos, ouvert, ses aménagements (maison, grenier…) et, le cas échéant, la nécropole associée. L’association d’un plan du site numérisé en facilite la compréhension. L’information disponible pour une occupation est ainsi codifiée par plus d’une centaine de champs qui doivent être convenablement renseignés.

Pour inventorier des centaines de sites répartis sur le territoire national, il a fallu procéder à un découpage arbitraire du territoire métropolitain en grandes régions. Pour chacune d’elles, une équipe coordonnée par un référent a collecté l’information en dépouillant les rapports de fouille conservés dans les services régionaux de l’Archéologie, et/ou les directions inter régionales de l’Inrap. Grâce à ce réseau national composé de chercheurs de diverses institutions attachées à l'archéologie, plus de 600 sites et près de 1 000  phases d'occupations ont déjà été saisie (fig.1).  

Simultanément, les spécialistes qui ont œuvré sur ces gisements comme les archéozoologues, les carpologues, les palynologues... ont réalisé un inventaire de leurs études avec des grilles propres à leurs recherches. Le lien entre ces différentes sources (fig.2) est réalisable à partir de champs d’identification communs à chacun des inventaires comme le numéro de site par exemple.

3. Exploitation des données

L’encodage homogène des informations autorise alors des requêtes variées et dénuées d’a priori scientifique, ce qui permet l’émergence de pistes de recherches non contraintes par des déterminismes préalablement posés, comme cela est encore trop souvent le cas en archéologie. La première phase d’exploitation des données s’est révélée positive, comme l’attestent les contributions parues dans le XXXIIe colloque de l’AFEAF (Bertrand et alii 2009).

Le champ des investigations ouvertes par la réunification du corpus est vaste. Les requêtes simples ou croisées constituent un premier niveau d’exploitation nécessaire aux assises d’une recherche. Mais l’intérêt de cet instrument réside également dans sa possible utilisation par un système d’information géographique ; des cartes seront générées automatiquement en utilisant les coordonnées géographiques des sites saisies dans la base de données. Ce système permet aussi de procéder à des requêtes croisées mêlant les données archéologiques avec des couches environnementales (orographie, hydrographie, géologie, etc.). Le calcul des distances intersites, leur proximité avec un cours d’eau, leur co-visibilité, en bref, tout ce qui procède de l’analyse spatiale est alors possible. Le SIG s’apparente dans ce cas à une base de données géographique. L’objectif est de déboucher sur une meilleure définition des sites, de leur fonction, de leurs relations, ainsi que de l’espace dans lequel ils s’inscrivent.

L'utilisation de cet outil, par ailleurs perfectible, doit toujours s'accompagner d'un regard critique. Car, outre une information tronquée par des phénomènes d'érosion et de conservation différentielle des vestiges, des stratégies de fouille et d'étude sont autant de biais à prendre en considération lors de l'exploitation de la base.

4. Thème de recherche privilégié

Depuis 2008, un thème particulier, choisi parmi diverses pistes, est en étude. Il s'agit des rythmes de création et d'abandon des établissements ruraux, tels qu'initié par P. Nouvel lors de la manifestation scientifique de Chauvigny (Nouvel et alii 2009). La moitié nord de la France a été sélectionnée en raison de sa documentation plus fournie. L’un des buts était de quantifier la densité des sites par étape chronologique tout au long du second âge du Fer. Les résultats attendus portant sur la stabilité, la progression ou la diminution du nombre d’occupations, il s’agira de mettre en évidence des ruptures ou des continuités : données qui déterminent le mode de gestion du territoire et permettent d’aborder la démographie. La comparaison de régions variées et de contextes topographiques hétérogènes doit conduire à la mise en évidence des similitudes et des divergences des rythmes à différentes échelles spatiales : micro-aires, départements, régions, interrégions, France septentrionale (fig.3). En outre, cet exercice a pemis de mettre en perspective les résultats avec le contexte historique et culturel en fonction des grandes thématiques européennes de l'âge du Fer. Une première ébauche a pu être esquissée lors de la table ronde tenue les 7 et 8 octobre 2009 à Rennes.

Cependant, dans la mesure où les régions administratives actuelles ne correspondent pas à des entités de la Protohistoire, l’exercice sera également conduit à partir d'un découpage territorial artificiel sous la forme d’une grille de 50 km2 de manière à s’affranchir du cloisonnement administratif (fig.4).

5. Perspectives pour 2010

Opérant dans un domaine de sciences humaines, nos connaissances sont perpétuellement enrichies et modifiées. De fait, il est primordial d’inscrire le projet, et en l’occurrence l’outil de recherche qu’il a produit, dans la durée. Avec la direction scientifique et technique et la direction des systèmes d’information de l’Inrap ainsi qu’avec le conseil d’administration de l’AFEAF, nous mettons tout en œuvre pour que sa mise en ligne soit effective au premier semestre 2010. 

6. Bibliographie

BERTRAND I., DUVAL A., GOMEZ DE SOTO J., MAGUER P. (DIR.), 2009, Habitats et paysages ruraux en Gaule et regards sur d’autres régions du monde celtique, Actes du XXXVe colloque international de l’Association française pour l’étude de l’âge du Fer, 17-20 mai 2007, Chauvigny (Vienne), Chauvigny, éd. Association des publications chauvinoises (Mémoire XXXV), 541 p.

MALRAIN F., BLANCQUAERT G. et LORHO T, apparaître, Un outil pour le renouveau des études sur le monde rural de l’âge du Fer en France, Archéopages (à paraître).

NOUVEL P., BARRAL Ph., DEFFRESSIGNE S., RIQUIER V., SEGUIER J.-M., TIKONOFF N., ZEHNER M., avec la collaboration de ACHARD-COROMPT N., BARTHELEMY D., DrOUET C., MOREAU C., RAMPONI C., VIDEAU G : Rythmes de création, fonctionnement et abandon des établissements ruraux de la fin de l’âge du Fer dans l’Est de la France, dans  Bertrand (I), Duval (A), Gomez de Soto (J), Maguer (P) dir., Habitats et paysages ruraux en Gaule et regards sur d’autres régions du monde celtique, Actes du XXXVe colloque international de l’Association Française pour l’Étude de l’âge du Fer, 17-20mai 2007, Chauvigny (Vienne, France), Mémoire XXXV-2009, Chauvigny, p. 109-151.

Accès aux figures

  • Fig. 01 : La carte de répartition des sites renseignés par un nuage de points présente la situation d’archivage à un moment donné. Leur absence dans certaines aires géographiques ne peut donc être considérée comme un reflet fidèle des travaux archéologiques réalisés ; le recensement continu et doit être poursuivi. La moitié Nord de la France apparaît, pour l’instant, mieux documentée. Les grands travaux, particulièrement les linéaires, se perçoivent nettement ce qui implique qu’une trame dense et organisée d’habitats ruraux marquait le paysage.
    Fig. 01 : La carte de répartition des sites renseignés par un nuage de points présente la situation d’archivage à un moment donné. Leur absence dans certaines aires géographiques ne peut donc être considérée comme un reflet fidèle des travaux archéologiques réalisés ; le recensement continu et doit être poursuivi. La moitié Nord de la France apparaît, pour l’instant, mieux documentée. Les grands travaux, particulièrement les linéaires, se perçoivent nettement ce qui implique qu’une trame dense et organisée d’habitats ruraux marquait le paysage.
    Crédit : Thierry Lorho, MCC/SRA Bretagne.
  • Fig. 02 : Fréquences relatives des mammifères domestiques par grandes régions d’après les nombres de restes.
    Fig. 02 : Fréquences relatives des mammifères domestiques par grandes régions d’après les nombres de restes.
    Crédit : Patrice Méniel, CNRS, UMR 5594 « Archéologie, terre, histoire, sociétés ».
  • Fig. 02bis : La cartographie des structures de stockage en Basse-Normandie montre que les caves et les selliers y prédominent contrairement aux autres régions où ce sont les silos et les greniers qui sont majoritairement utilisés comme moyen de conservation des denrées. Les résultats carpologiques montrent que les légumineuses y sont plus abondantes ce qui ouvre des perspectives de recherches sur la relation entre structures en usage et denrées. Pour l’affiner, d’autres critères comme les espaces topographiques d’installation des sites, la nature des sols, les outils… peuvent aussi être mobilisés. Des débats sur des spécificités et/ou spécialisations régionales sont alors envisageables. 
    Fig. 02bis : La cartographie des structures de stockage en Basse-Normandie montre que les caves et les selliers y prédominent contrairement aux autres régions où ce sont les silos et les greniers qui sont majoritairement utilisés comme moyen de conservation des denrées. Les résultats carpologiques montrent que les légumineuses y sont plus abondantes ce qui ouvre des perspectives de recherches sur la relation entre structures en usage et denrées. Pour l’affiner, d’autres critères comme les espaces topographiques d’installation des sites, la nature des sols, les outils… peuvent aussi être mobilisés. Des débats sur des spécificités et/ou spécialisations régionales sont alors envisageables. 
    Crédit : Thierry Lorho, MCC/SRA Bretagne.
  • Fig. 03 : Les courbes de densité d’occupation par régions pour la séquence du second âge du Fer font apparaître deux pics importants au 5ème siècle et vers 150 avant notre ère. Entre les deux, la dynamique de peuplement connaît des situations variables selon les aires géographiques. Il est possible de combiner ces données avec d'autres dont celles des climatologues par exemple.
    Fig. 03 : Les courbes de densité d’occupation par régions pour la séquence du second âge du Fer font apparaître deux pics importants au 5ème siècle et vers 150 avant notre ère. Entre les deux, la dynamique de peuplement connaît des situations variables selon les aires géographiques. Il est possible de combiner ces données avec d'autres dont celles des climatologues par exemple.
    Crédit : F. Malrain et F. Gransar, Inrap NP
  • Fig.04 : Pour essayer d’éviter ou, pour le moins, de quantifier le biais induit par la discontinuité attributaire des régions administratives, il sera proposé de réaliser un découpage territorial artificiel sous la forme d’une grille de 50 km2. Chaque champ d’une grille peut ainsi contenir des données de différentes entités administratives et saisies par plusieurs personnes. Des traitements statistiques indépendants pour chacune d’entre elles peuvent être réalisés, comme pour les régions, et ensuite comparés afin de mieux mettre en valeur des similitudes ou divergences.
    Fig.04 : Pour essayer d’éviter ou, pour le moins, de quantifier le biais induit par la discontinuité attributaire des régions administratives, il sera proposé de réaliser un découpage territorial artificiel sous la forme d’une grille de 50 km2. Chaque champ d’une grille peut ainsi contenir des données de différentes entités administratives et saisies par plusieurs personnes. Des traitements statistiques indépendants pour chacune d’entre elles peuvent être réalisés, comme pour les régions, et ensuite comparés afin de mieux mettre en valeur des similitudes ou divergences.
    Crédit : Thierry Lorho, MCC/SRA Bretagne

Coordination

Geertrui Blancquaert
MCC-DRAC-SRA de Champagne-Ardenne
geertrui.blancquaert@culture.
gouv.fr

François Malrain
Inrap Nord-Picardie
UMR 7041 « Archéologies et sciences de l’Antiquité »
francois.malrain@inrap.fr

Thierry Lorho
MCC-DRAC-SRA Bretagne
UMR 6566 « Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire »
thierry.lorho@culture.gouv.fr