Archéologie précolombienne et coloniale

Publié le mardi 7 septembre 2010 · Mis à jour le lundi 2 janvier 2012
3 axes de recherche et 6 ateliers

1. Généralités

L’archéologie préventive dans les DOM a, depuis ses débuts, changé la perspective de l’occupation des territoires antillais et nord amazonien. Depuis 2007, on observe un vrai changement dans la quantité et la qualité des données collectées ; il en est de même pour l’orientation des recherches qui se développent depuis trois ans aux Antilles françaises et en Guyane. On doit chercher la raison de ce changement dans la multiplication des interventions liée d’abord à l’augmentation des prescriptions de diagnostics puis à l’augmentation des interventions en phase de fouilles.

En Guyane, marche septentrionale du bassin amazonien, les sites stratifiés étaient peu connus car parents pauvres des recherches engagées jusqu’alors (zone forestière, contextes pédologiques peu propices à la conservation de sites stratifiés ou à leur reconnaissance). Des interventions en zone côtière ou transitionnelle, entre plateau continental et frange côtière, ont fourni des implantations successives, bien différenciées, dans des cadres stratigraphiques où l’anthropoturbation est conservée sur plusieurs horizons successifs.

Il faut aussi compter sur l’attraction, jusqu’alors minorée, de sujets sensibles, pour attirer l’attention sur des questions pivots et problématiques liées à la zone géographique dans laquelle l’archéologie préventive s’exerce : il en est ainsi du regain d’intérêt général porté aux terres noires (terra preta), à leur distribution sur le territoire et à leur rôle dans l’installation et la subsistance des populations amérindiennes.

Aux Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique), la multiplication des interventions a permis d’aller plus avant dans la connaissance du passé. Notamment, les données se sont développées pour la période moderne. Peu connues en archives, les données liées à l’habitat servile se sont multipliées (habitat d’esclaves) et pourraient faire l’objet, à moyen terme, d’une analyse approfondie. À l’identique, les données liées à l’environnement direct des populations insulaires ont pris une place centrale dans les recherches archéologiques de prévention.

Les problématiques principales sont les suivantes :
  • la mise en place d’un cadre chronologique adapté, tant aux Antilles qu’en Guyane ;
  • la place de l’homme dans l’environnement et l’interaction homme-environnement, qu’il soit amazonien ou antillais. Les aménagements anciens du territoire (fossés par exemple), de plus en plus nombreux et importants mis en évidence en Guyane, mais aussi l’impact de l’homme en milieu insulaire sont au cœur de nombre des préoccupations archéologiques ;
  • les cimetières liés à la servitude ou les cimetières modernes liés aux habitations, aux hôpitaux ou aux paroisses ;
  • le mobilier d’importation et son utilisation au travers des contacts entre l’Ancien et le Nouveau Monde ;
  • l’habitat fugace (pieux en terre, etc.), son évolution, le mobilier associé ;
  • la taphonomie des sites.
Les axes sont au nombre de trois. Les deux derniers sont déclinés en ateliers.

2. Le séquençage typo-chronologique céramique des occupations précolombiennes (Ier au XVe s.) et coloniales amérindiennes (XVe au XIXe s.) de Guyane (axe 2010-9)

L’une des priorités des travaux et des publications de ces dernières années concerne le séquençage typo-chronologique céramique. En effet, l’apport de l’Inrap s’est fait en termes de données chronologiques associées à une explosion des collections de mobilier archéologique. Si dans la zone Caraïbe, le matériel semble mieux fixé chronologiquement, ce n’est pas le cas en Guyane où chaque nouveau diagnostic, chaque nouvelle fouille apporte des éléments inédits en terme de formes, de décors et parfois de techniques. La valorisation de cet atelier est particulièrement pertinente puisqu’il permettrait d’accélérer la mise en place d’une typo-chronologie de base pour la région qui fait jusqu’à présent défaut.

Ce séquençage est nettement divisé en deux périodes, l’une précédant le contact entre l’ancien et le nouveau monde, l’autre liée à la période moderne et aux importations de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques mais aussi de nouveaux comportements sociaux.

3. Archéologie précolombienne (axe 2010-10)

Un axe 2006-2009 concernait l’analyse des « Données récentes sur le peuplement précolombien et amérindien en Amérique du sud et dans les Caraïbes » (2006-8). Il convient de le maintenir tout en le précisant avec les ateliers suivants :

3.1. Chronologie des installations précéramiques dans les DOM

Atelier 2010-10-1

Pour la Guyane, des gisements précéramiques, renouvelant la chronologie du peuplement de cette partie de l’Amérique du Sud ont été mis au jour. Cette période est peu connue pour l’ensemble de la région domienne et les données apportées par les diagnostics et les fouilles de ces gisements sont inédites.
Les problématiques s’articulent autour de la succession des occupations précéramiques et de la mise en place d’une chronologie pour cette période. L’occupation du territoire, la formation des gisements, les moyens de subsistance, les productions matérielles et d’une façon générale la connaissance des modes de vie permettent de justifier et d’argumenter la mise en place d’une chronologie. Les données provenant de ces sites doivent être publiées.

3.2. L’habitat saladoïde en Guadeloupe : chronologie et occupation du territoire

Atelier 2010-10-2

Cette thématique regroupe la grande majorité des gisements néo-indiens fouillés et c’est avec les habitats saladoïdes, abondamment documentés, que les faciès culturels sont les plus détaillés. Les gisements découverts et étudiés couvrent toute la longue séquence saladoïde, des premières installations vers 500 av. J.-C. aux occupations récentes autour du IXe siècle de notre ère. Ces gisements permettent d’affiner la chronologie du saladoïde, grâce aux datations radiométriques et aux études de mobilier. Ils apportent également des données sur l’occupation du territoire et la formation des gisements.

L’unité « saladoïde », lisible à travers l’homogénéité des pratiques culturelles, s’interrompt au IXe siècle de notre ère dans tout l’archipel. Des modifications de l’environnement, révélées par des conditions climatiques plus sèches, ont pu intervenir dans ces changements, variations et interruptions. Les données des nombreux gisements saladoïdes pourraient faire l’objet d’une synthèse sous la forme d’une ou de plusieurs publications monographiques.

3.3. Dynamique littorale et taphonomie des sites amérindiens de Guyane et de Guadeloupe

Atelier 2010-10-3

Les opérations d’archéologie préventive ont démontré au cours de la dernière décennie que de nombreux sites amérindiens, en particulier les sites précéramiques mais aussi de nombreux sites satellites des villages d’horticulteurs-potiers, étaient implantés préférentiellement sur les cordons littoraux. Les tempêtes tropicales jouent un rôle crucial sur la dynamique de ces cordons, qui subissent des troncatures et/ou un exhaussement lors des événements paroxysmaux. L’impact de ces événements sur la préservation des sites est primordial et les fouilles conduites ont mis en évidence des configurations archéologiques variables, supposées résulter en grande partie des phénomènes de redistribution des vestiges par les vagues cycloniques.
Les objectifs de l’atelier proposé sont les suivants :
  • documenter la chronostratigraphie des cordons littoraux et en particulier l’âge des paléosols interstratifiés dans les couches de sable de tempête.
  • comprendre l’impact des tempêtes sur la préservation des sites au travers d’une étude taphonomique détaillée des niveaux d’occupation.

3.4. Le cadre paléoenvironnemental des sociétés précolombiennes du plateau des Guyanes

Atelier 2010-10-4

La découverte récente (deux décennies) de terres noires dans de nombreux sites à l’intérieur de la Guyane constitue un indice fort en faveur d’une occupation durable et structurée de l’espace actuellement forestier. Les recherches les plus récentes montrent que ces terres sont très enrichies en microcharbons, qui confèrent au sol sa couleur noire, et en déchets domestiques, palmes de toitures, os, arêtes de poissons, excréments animaux et humains. De tels enrichissements vont bien au-delà de ce que peuvent produire des brûlis mêmes successifs.
Il faut nécessairement des foyers durables sur des espaces occupés en permanence, où charbons et déchets sont enfouis dans le sol. Mais surtout, alors que les brûlis appauvrissent durablement les sols, les terres noires sont considérablement enrichies en sels minéraux et en particulier en phosphore. Mieux, leur aptitude à retenir l’eau et les sels minéraux est plus élevée que celle des sols environnants. Il semble que ces charbons, dont la surface s’oxyde dans les sols, acquièrent en quelque sorte les propriétés de charbons actifs. Par un curieux pied de nez de l’histoire, il semble que les Amérindiens aient intuitivement inventé un mode de gestion durable des sols tropicaux que nous recherchons encore. Ces terres noires remettent donc en question notre vue d’une agriculture itinérante primitive sur brûlis comme modèle dominant.
On en vient donc à envisager une présence amérindienne suffisamment forte et durable pour avoir marqué les paysages. On trouve en effet ces terres noires sur les montagnes couronnées et éperon barré mais aussi sur de nombreux sites qu’aucun relief particulier ne signale.

4. Archéologie coloniale (axe 2010-11)

4.1. Archéologie des cimetières coloniaux et des habitats d’esclaves

Atelier 2010-11-1

Si ces dernières années l’archéologie coloniale était plutôt au point mort en Guyane, depuis les travaux propres à la construction du barrage EDF sur le cours du Sinnamary, l’Inrap est intervenu en 2010 sur le site de l’ancienne douane à Cayenne (XVIIIe-XIXe siècle). En revanche, aux Antilles, l’activité est restée relativement soutenue depuis une dizaine d’années, en particulier en Guadeloupe et concerne deux types de site :
  • les cimetières d’esclaves : cimetière militaire de Baillif, cathédrale de Basse-Terre, l’anse Sainte-Marguerite, Baie Mahaut ;
  • les habitats d’esclaves sur lesquels depuis 2 ans environ plusieurs diagnostics ont eu lieu.
Concernant la Martinique, les interventions sont plus rares ; à noter toutefois deux opérations, l’une à Petite Poterie concernant un atelier de terre cuite XVIIIe-XIXe siècle, l’autre à Belfontaine/Fond Laillet où se trouvait une distillerie XVIIIe-XXe siècle. En 2010, l’Inrap est intervenu sur deux sites de moulin, à Val d’Or et à Château Dubuc, comme en centre-ville à Saint-Pierre. Par ailleurs, un PCR sur la céramique moderne animé par le LAM auquel collaborent des chercheurs de l’Inrap s’est mis en place depuis plus de 5 ans.

4.2. La céramique des périodes historiques aux Antilles françaises

Atelier 2010-11-2

La céramique des périodes historiques aux Antilles françaises est un sujet très à la mode : thèses, programme collectif de recherche, ANR etc. Il est temps de faire un bilan pour ce type de mobilier. Les opérations fournissent en effet une grande quantité de mobilier diversifié tant par son origine que par sa destination. Il y a aujourd’hui la matière nécessaire à un travail qui fournira un catalogue précis des poteries utilisées à la période coloniale.

Contacts

Anne Augereau
Direction scientifique et technique, Inrap
Directrice scientifique et technique adjointe
Tél. 01 40 08 80 41
anne.augereau@inrap.fr

Mark Guillon
Direction scientifique et technique, Inrap
Service programmation
Tél. 01 40 08 81 32
mark.guillon@inrap.fr