Dieux lares, ancêtres imaginaires et construction identitaire

Publié le jeudi 24 septembre 2009 · Mis à jour le jeudi 24 septembre 2009
par Florence Dupont, université de Paris VII
 
On a tendance aujourd'hui à attribuer aux autres cultures nos conceptions du temps ou de l'espace et nous avons du mal à imaginer que les Romains n'aient pas eu une vision linéaire de l'histoire qui les a précédés, susceptible d'être l'objet d'un récit chronologique. À Rome, en effet, c'est un lieu qui sert d'origine à la cité, une ville fantôme, une fiction archéologique et célébrée comme telle chaque année par les consuls au moment de leur prise de pouvoir : la ville de Lavinium. Associée à Albe, autre cité latine imaginaire, elle sert à créer une fiction qui permet à Rome de n'être pas une cité (grecque) comme une autre : elle n'a d'autre origine qu'elle-même ritualisée chaque année. Cette fiction barre le temps passé et évite d'avoir à relancer perpétuellement la question: «Et avant ? ». Si au contraire la question semble se poser à nous avec évidence, c'est que nous faisons du temps une réalité physique, nous croyons à un temps universel, à une histoire du monde. Pour les Romains, au contraire, il n'est de temps qu'humain: le monde et les dieux sont installés dans une éternité immobile. La question est alors si telle cité particulière est prise dans le temps des hommes ou le temps des dieux. Carthage est morte. La fiction de Lavinium, en ôtant toute origine humaine à la cité de Rome, lui fait échapper au temps destructeur des hommes, le fatum.
Florence Dupont est professeur à l'université de Paris VII. Elle est également membre de l'Institut de la pensée contemporaine, du Centre Louis-Gernet (EHESS et CNRS) et directrice de programme au Collège international de philosophie.

Publications en rapport avec le sujet du colloque :
Rome ou l'altérité incluse, Rue Descartes, 2002 p. 41-54.
Façons de parler grec à Rome, en collaboration avec E. Valette-Cagnac, Belin, 2004.

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