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P. Mellinand, Inrap
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Collège du Vieux-Port
Publié le
lundi 5 octobre 2009 · Mis à jour le
jeudi 17 Février 2011
code opération : FB21083501
code opération : FB21083501
à Marseille 01, Bouches-du-Rhône
Description
Cette opération de sauvetage, initialement programmée sur une période de deux mois et demi, devait donner lieu à la fouille totale des niveaux archéologiques sur une emprise d’environ 1 000 m2. Rapidement, le très bon état de conservation et le volume important de la stratigraphie préservée des VIe et Ve s. av. J.-C. ont amené le SRA à mettre en place une procédure de découverte exceptionnelle qui va très vraisemblablement déboucher sur le classement du site. Aussi, seuls les niveaux les plus récents ont été exhaustivement fouillés, les constructions d’époque grecque archaïque ayant fait l’objet d’une simple caractérisation de leur plan et une approche chronologique aussi fine que possible.
Résultats
Cette opération de fouille préventive s’inscrit dans une zone ayant déjà fait l’objet de fouilles et de sondages depuis la fin des années 1940 avec notamment la découverte à proximité immédiate d’éléments de dallage appartenant au forum et au théâtre romain qui, en oblitérant la zone durant les premiers siècles de notre ère, a permis la conservation des niveaux plus anciens. Les sondages de reconnaissance effectués en 2002 par L.-F. Gantès, archéologue municipal de la ville de Marseille, ont permis d’attester la présence de niveaux et de structures appartenant aux premières décennies du VIe s. av. J.-C. La zone concernée se situe au pied de la butte Saint-Laurent, dans le périmètre initial de la ville grecque, à quelques mètres de la rive nord du plan d’eau antique. La forte pente des terrains en direction du sud, vers le Vieux-Port, a vraisemblablement nécessité, dès le début de l’occupation, un aménagement en terrasses selon une orientation proche de celle de la voirie médiévale et moderne. Au sud de cet axe, les niveaux d’époque grecque archaïque affleurent sur environ 400 m2 pour une puissance estimée en moyenne à 3 m. L’occupation concerne principalement les VIe-Ve s. av. J.-C. et consiste, pour ce qui en a été vu, en une architecture de pierre et de terre (sols et murs d’adobe sur solins) étagée en terrasses. Différentes phases de construction et d’occupation du site sont perceptibles avant même la fouille des espaces. Les maçonneries les plus anciennes, ponctuellement observées, sont constituées de solins de moellons de calcaire supportant des élévations d’adobe (briques de terre crue) et s’organisent selon un plan apparemment orthonormé. Cette première phase d’occupation correspond selon toute vraisemblance à de l’habitat et est actuellement datée du premier tiers du VIe s. av. J.-C. Elle est fréquemment associée à des témoins de travail du métal (argiles rubéfiées, scories ferreuses), activité liée aux structures domestiques ou se développant en parallèle. Vers le milieu du VIe s., est édifié un bâtiment de plan rectangulaire, divisé en deux espaces de 8 x 7 m ceints de murs en grand appareil dont l’élévation est large de 1,20 m. La construction, largement épierrée durant l’Antiquité tardive, semble avoir été dès l’origine surélevée pour constituer un podium sur lequel le niveau d’utilisation n’est pas conservé. En dépit de l’absence de traces précises de sa vocation, cette construction ne peut qu’appartenir à un bâtiment public, à vocation religieuse (podium de temple…) ou militaire (ouvrage défensif). Dans les décennies qui suivent son édification, différentes constructions viennent s’agréger à ce monument. Le plan particulier de ces espaces étroits ainsi que certaines particularités architecturales (blocs taillés de grand appareil, enduits peints bleus) interdisent d’y voir des structures d’habitat et la proximité immédiate du grand bâtiment rectangulaire incite à rattacher cet ensemble architectural exceptionnel à un même complexe inscrit dans un plan carré de 17 m de côté. L’accès à ce groupe de bâtiments s’effectuait vraisemblablement par le biais d’un couloir axial depuis une rue située au sud, d’autres axes de circulation, parfois de simples couloirs, limitaient cet îlot sur ses autres faces. Plusieurs similitudes, tant au niveau de la disposition des espaces que des techniques et des matériaux de construction, sont à noter avec le sanctuaire emporique de Gravisca (Étrurie). Les datations ainsi que le contexte de construction sont également proches, et il est plausible que nous soyons en présence d’un sanctuaire « privé », réservé aux emporoï, aux armateurs et aux marchands venus déposer des offrandes et célébrer le culte des divinités protectrices de leurs activités (Aphrodite, Héraclès, les Dioscures…). Si des constructions de la période grecque archaïque (VIe-Ve s. av. J.-C) ont déjà été fouillées à Marseille (habitat sur le parvis de l’église Saint-Laurent et sur l’îlot des Pistoles, site des Pistoles ou de la place Villeneuve- Bargemon), aucun site ne présente un tel état de conservation sur une superficie aussi importante. L’organisation des bâtiments, et éventuellement la vocation des lieux, semble se prolonger durant la période grecque classique jusqu’aux IIIe-IIe s. av. J.-C. lorsqu’un puissant mur de terrasse est bâti, rompant avec la trame urbaine précédente et annonçant des orientations qui seront reprises durant l’Antiquité romaine. La période romaine n’est représentée sur le site que par une série de tranchées d’épierrements de murs, larges en moyenne de 2 m, et pouvant correspondre soit à l’extension du théâtre, soit à un monument situé au sud de celui-ci. La plus grande partie des constructions antiques est récupérée durant l’Antiquité tardive, les traces d’occupation relatives à cette périodes étant par ailleurs extrêmement ténues : hormis le comblement de ces tranchées de spoliation, seuls quelques fonds de fosses peuvent être rattachés aux Ve-VIIe s. Les constructions des périodes médiévale et moderne apparaissent très largement recoupées par les travaux réalisés dans les années 1950 lors de la reconstruction du quartier. Cette zone était occupée jusqu’en 1943 par un habitat dense organisé autour de trois rues, mais l’importance des terrassements d’après-guerre n’a épargné que les structures les plus profondes : fonds de caves des XVe-XIXe s. et puits médiévaux et modernes. La qualité des constructions et du mobilier recueilli ainsi que l’exceptionnel état de conservation des vestiges grecs archaïques font de ce site une référence importante pour la connaissance de l’histoire et de la topographie marseillaises, mais plus largement aussi pour l’archéologie méditerranéenne.
fiche détaillée
Motif de l'opération
Réhabilitation d’un collège et création d’un parking souterrain
Aménageur
Conseil général des Bouches-du-Rhône
Début de l'opération
03/01/2005
Fin de l'opération
08/04/2005
Type d'opération
- Diagnostic
- Fouille
Périodes
- Paléolithique, Mésolithique
- Néolithique
- Protohistoire
- Antiquité
- Moyen Âge
- Moderne, Contemporain
- Amérindien, Colonial
- Autres périodes
Responsable
Philippe Mellinand
Équipe de recherche
V. Abel (céramo. moderne), J.-M. Becar, S. Bien (céramo. Ant. tardive), N. Bourgarel (dessin), C. Castrucci (archives modernes), C. Chappuis, J.-L. Charlot, P. Chevillot (géomorpho.), J. Collinet (vidéo), B. de Luca, P. Dufour, B. Fabry (topo.), S. Lang-Desvignes (céramo. romaine), S. Mathie (photo.), T. Maziers (photo. d’objets), A. Mezzoud (pétro.), D. Michel (gestion du mobilier), F. Moroldo, F. Paone, F. Parent (céramo. médiévale), R. Pasquini, P. Rigaud (archives médiévales), V. Rinalducci, B. Vasselin, P. Verdin (phytolithes).
Suivi scientifique
B. Bizot/SRA Paca, L.-F. Gantès (archéologue municipal)/atelier du Patrimoine de la ville de Marseille.
Collaborateurs
C.-A. de Chazelles (étude des architectures en terre crue)/CNRS, A.-M. d’Ovidio (étude des enduits)/atelier du Patrimoine de la ville de Marseille, A. Clausel (stagiaire)/université de Montpellier III, L.-F. Gantès (céram. grecque)/atelier du patrimoine de la ville de Marseille.
