Avec le développement des aménagements en milieux aquatiques, l’Inrap a étendu et adapté ses pratiques à l’archéologie préventive subaquatique.

Mis à jour le
22 février 2016

Si dans un premier temps, la récupération des objets perdus en milieu marin s’est plus apparentée à une collecte d’objets voire une chasse au trésor, ce n’est qu’au cours du XXe siècle que les vestiges sous-marins furent compris comme sujets de recherche à part entière. À partir des années 1970, ce champ de recherche s’est réellement développé. Aujourd’hui, si les modes d’interventions sont propres au contexte, la recherche dans ce domaine ne doit pas être dissociée de la recherche terrestre. L’Inrap s’est doté d’un service subaquatique et a inscrit ce champ de recherche dans la programmation scientifique 2015-2018 de l’institut.

Les débuts d’une exploration

C’est à la Renaissance, dans la suite de l’engouement suscité par les vestiges antiques, que vont apparaître les prémices de l’archéologie navale : l’intérêt pour les bateaux et leurs cargaisons et l’expérimentation de procédés pour permettre aux hommes de rester sous l’eau.

Au XIXe siècle, des chercheurs français, comme Augustin Jal, allemands et anglais se consacrent à l’étude des navires antiques et médiévaux, et particulièrement à l’architecture navale. Parallèlement, les recherches se multiplient aux bords des lacs alpins et dans les fleuves permettant d’aborder plus globalement les questions de subsistance et de commerce liées aux milieux aquatiques. Ces investigations peuvent se faire grâce à la découverte des fonds des milieux aquatiques, liée aux progrès en physique et en physiologie. Les premiers scaphandres sont inventés et perfectionnés depuis le XVIIIe siècle, mais les systèmes ne s’affranchissent pas d’un lien entre le plongeur et la surface. Ce sont les expérimentations de scaphandre autonome, aboutissant en 1943 au modèle mis au point par Jacques-Yves Cousteau et Émile Gagnan, qui facilitent réellement l’incursion en milieu marin et la découverte d’un tout nouveau monde.

Les premières fouilles sous-marines

Dans les années 1950, trois pays vont réaliser des fouilles sous-marines : l’Italie sur l’épave d’Albenga ; la France, sur l’épave du Grand Congloué ; l’Espagne sur l’épave de Punta de Algas. En 1966, la France crée, au sein du Ministère de la culture, la Direction des Recherches Archéologiques Sous-Marines, dont la mission est de gérer scientifiquement et administrativement le patrimoine sous-marin. Les eaux intérieures sont prises en compte plus tardivement, à partir de 1980, par le Centre National de Recherches archéologiques subaquatiques. Ces deux organismes ont fusionné en 1996 pour donner naissance au DRASSM (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines) dont le domaine d’étude ne se limite pas aux épaves mais à tout type de vestiges (embarcations, sites engloutis…) de la Préhistoire jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Les espaces maritimes, fluviaux et lacustres font alors l’objet de fouilles programmées mais les fouilles préventives sont très exceptionnelles.

Les premiers programmes scientifiques

L’archéologie navale devient un domaine de recherche à part entière à partir des années 1970, à l’université et au CNRS, principalement dans deux laboratoires :

  • le centre Camille Jullian, où les thématiques de recherches restent axées autour de la Mer Méditerranée pour l’époque antique ;
  • le laboratoire de médiévistique occidentale de Paris, où les enseignements portent sur les espaces maritimes et fluviaux aux époques médiévales et modernes.

En savoir plus :

Le service subaquatique de l’Inrap

Créé depuis 2011, ce service répond aux prescriptions des services régionaux de l’archéologie pour les eaux intérieures, et à celles du DRASSM pour le Domaine Public Maritime. Ces prescriptions visent à étudier des sites au-delà des berges et même plus systématiquement sur l’estran, lors de travaux portuaires ou d’extraction de granulats marins, par exemple, ainsi qu’aux abords des lacs, fleuves et rivières, lors de travaux de consolidation de berge ou de fonçage de pieux (pontons).
L’Inrap assure également un appui au DRASSM en mettant à sa disposition des agents plongeurs ou en répondant aux appels d’offres portant sur des compétences techniques spécifiques (ex : photogrammétrie en grande profondeur).
Le service subaquatique de l’Inrap gère le montage opérationnel des opérations et assure leur logistique. Ses 23 archéologues plongeurs sont intervenus sur des prescriptions variant de quelques hectares (île Rousse, Porto-Vecchio, Brétignolles-sur-Mer) à plusieurs centaines en mer (Nouvelle Route du littoral à l’île de La Réunion, Port de Calais 2015), à plusieurs miles au large des côtes (Baie de Seine), ou dans les eaux intérieures (Arles, Saintes…), lors d’interventions réalisées en simultané avec des équipes terrestres ou non.

Des techniques et protocoles de pointe

Comme pour les fouilles terrestres, l’Inrap utilise les techniques les plus innovantes et efficaces notamment dans le positionnement et le relevé, suit des protocoles répondant aux normes hydrographiques internationales et applique les protocoles d’acquisition de données géophysiques élaborés par le service hydrographique et océanographique de la Marine.
La programmation scientifique 2015-2018 de l’institut intègre la recherche subaquatique.
Enfin, le service subaquatique permet également d’intervenir en renfort à des projets collectifs de recherches (PCR Blois, ville et territoire ligérien depuis les premières installations humaines jusqu’à nos jours) ou participe à des opérations internationales d’étude et de valorisation du patrimoine subaquatique (Lac Titicaca, Bolivie).

Partenariats

Navire La Curieuse

Navire principal La Curieuse (TAAF) ayant servi de support aux plongeurs de l'Inrap lors du diagnostic de la nouvelle route du littoral à l’Ile de la Réunion, automne 2012.

© Pierre Texier, Inrap

Dès 2011 des rapprochements ont eu lieu avec l’école d’apprentissage maritime de la Réunion dont le navire la Curieuse, propriété des Terres Australes et Antarctiques Françaises a permis d’être le navire support de l’intervention de diagnostic sur la nouvelle route du littoral.
Des rapprochements sur les protocoles d’acquisition de données se sont développés depuis 2014 avec des prestataires spécialisés dans les travaux de mesures répondant aux normes hydrographiques internationales et avec le service Hydrographie et océanographique de la Marine pour la détection sous-marine.
Par ailleurs, les études documentaires étant un volet important pour les opérations subaquatiques, l’Inrap a rejoint en 2013 par convention le GIS d’Histoire Maritime, devenu GIS d’Histoire et des Sciences de la Mer permettant aux docteurs et doctorants d’échanger avec une quarantaine d’universités et institutions, sur des problématiques maritimes. Cette convention a été renouvelée en 2015 par avenant.