Depuis de nombreuses années, le site archéologique d'Argentomagus à Saint-Marcel (Indre) connait des campagnes de fouilles programmées dans le cadre du Programme de recherche collectif dirigé par Françoise Dumasy (Paris 1).

Chronique de site
Dernière modification
13 octobre 2016

Du fait de la rénovation du musée, d'importants travaux sont réalisés, l'intégralité des façades extérieures a été transformée et une nouvelle sortie doit être aménagée sur la façade est du musée. Depuis 2012, des fouilles programmées sont menées chaque été dans l'objectif d'étudier les vestiges impactés par cet aménagement. Ces opérations, concernant une superficie d'environ 230 m², ont permis de mettre au jour un habitat installé sur une plate-forme édifiée dès la première moitié du Ier siècle de notre en bordure sud de fossé de l'oppidum.

Installation de la plate-forme et construction de la domus

Ces travaux sont l'occasion de pouvoir observer et identifier sur une plus large étendue les vestiges monumentaux qui ont été en partie mis au jour et fouillés lors des fouilles de sauvetage pour la construction du musée entre 1983 et 1988 sous la direction de Gérard Coulon. Si certaines questions subsistent encore quant à l'interprétation de ces vestiges bâtis dans le fossé de l'oppidum, les fouilles ont permis de préciser la chronologie de ce secteur.

Installée dans le fossé de l'oppidum, parallèlement au bord sud, un imposant mur à contreforts est édifié dans le courant de la première moitié du Ier siècle de notre ère afin de soutenir une plate-forme. Cet aménagement a permis la construction d'une maison le long d'un axe de circulation est-ouest aux alentours de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère. Le bâtiment est composé de deux pièces munies de sols en béton lissé et d'une cave. Entre ce dernier et le mur à contreforts, une terrasse, qui permettait d'avoir une vue sur le fond du fossé, est aménagée. Les raisons de conserver le fossé ouvert restent non résolues, mais la présence d'un édicule et d'une statuette, découverts dans les années 80, laisse supposer que le fossé n'a pas été comblé pour des raisons cultuelles.
Observable sur une majeure partie des vestiges situés sur l'emprise, c'est au cours de la fin du Ier-premier quart du IIe siècle qu'un phénomène d'effondrement s'opère sur l'ensemble de la structure. Par la suite, le bâtiment subit de nombreuses réfections. L'axe de circulation en façade du bâtiment est agrandi au détriment des pièces aux sols en béton lissé qui sont réduites. La cave est réaménagée et le seuil donnant accès à la terrasse est restauré. Peu de changement se manifeste durant le IIe et le IIIe siècle, hormis l'installation d'un puits sur la terrasse.

Réaménagement du bâtiment et nouvel aspect fonctionnel

À la fin du IIIe-début du IVe siècle, au moment du comblement du fossé de l'oppidum, le bâtiment a subi des réaménagements et semble être réutilisé comme un atelier dédié à la sidérurgie.
Dans l'une des pièces est placé un fût de colonne, réutilisé comme enclume, et une grande fosse de rejet est située dans l'autre. Durant cette phase une grande structure de combustion quadrangulaire, de 4,50 m par 2,50 m, est également creusée sur la terrasse au nord-est du bâtiment. La fouille des niveaux supérieurs de cette structure a permis de mettre au jour un dépôt de vaisselle.
Cette structure de combustion, interprétée ainsi compte tenu des aménagements de pierres rubéfiées, niveaux charbonneux, etc., mis en évidence partiellement pour l'instant, semble être abandonnée et comblée volontairement au tout début du IVe siècle, d'après l'étude du mobilier céramique et du dépôt. La fin du IVe siècle est essentiellement représentée par la présence de fosses de récupérations, avant un abandon total suivi d'un nivellement du secteur qui s'opère au-delà du IVe, voire au début du Moyen Âge.

Le service à vin

Composé de quinze pièces, cinq en céramique et dix en alliage cuivreux, les éléments constitutifs sont caractéristiques d'un service à vin de l'Antiquité. Bien que son étude soit encore en cours, les premiers résultats, tant par la réussite d'une nouvelle méthode d'analyse chimique que par la rareté de certaines pièces du dépôt, sont encourageants. En effet, si plusieurs formes sont connues et similaires à d'autres en Gaule et dans le monde romain, certains décors, tel celui de l'anse du pot, représentant Hercule se reposant sur sa massue et probablement Télèphe son fils, nourri par une biche ou encore le décor du médaillon d'un des plats sur lequel figure un griffon, n'ont pour l'instant pas de parallèles. Durant l'hiver 2014, des analyses aux fluoX ont été réalisées, permettant de déterminer avec précision les alliages composant les différentes pièces du dépôt (hors céramique).

Conclusion

Les dernières fouilles ont permis de revenir sur une zone du site d'Argentomagus mis au jour en partie dans les années 80 avant la construction du musée. Si à cette époque la chronologie n'avait été que partiellement abordée, ces campagnes ont permis d'affiner la chronologie des vestiges monumentaux (grands murs à contreforts). De plus, les sondages carottés effectués cette année apportent des éléments de connaissances sur la raison de l'installation d'un tel ensemble monumental, installé dans le fossé de l'oppidum, qu'il reste désormais à confirmer.