La situation du site permet une lecture transversale de la ville antique et une compréhension exceptionnelle du développement de la cité.

Dernière modification
28 juillet 2016

L'avenue Jean-Jaurès ne correspond à aucune réalité de la topographie antique. Ce « Cours Neuf » est né au XVIIIe siècle suite à l'aménagement de la Fontaine par Mareschal, ingénieur des fortifications du Roi, dans le cadre d'un plan d'urbanisme général.
L'emprise de la fouille archéologique occupe l'allée centrale de l'avenue et couvre une superficie d'environ 6 500 m2. Cette longue bande étroite (400 x 15 m) s'inscrit dans un environnement archéologique sensible révélé de nombreuses fois depuis les trouvailles fortuites du XVIe siècle jusqu'aux fouilles archéologiques préventives des années 1980-2000. 

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La morphologie du projet (une longue bande étroite) et sa localisation, à la charnière des deux anciennes enceintes, le fossé de l'oppidum gaulois au nord et le rempart romain au sud, offrent une opportunité exceptionnelle : par la lecture transversale de la ville antique il est permis d'appréhender le développement et les principales étapes d'urbanisation de ce secteur de la cité, depuis la fin du IIe siècle avant notre ère jusqu'au IIIe siècle de notre ère au cours duquel il fut abandonné.
C'est toute la question de la transformation de l'agglomération protohistorique en ville romaine qui peut être étudiée ici.

La fouille, débutée en octobre 2006, durera 10 mois. Les premiers résultats montrent une forte densité de vestiges antiques relativement bien conservés, scellés par les terres de culture médiévales et les épais remblais de l'avenue créée au 18e s.

Une série de rues, dont certaines dallées, organise le paysage, démontrant au travers d'orientations divergentes une urbanisation sans doute progressive. Parfois bordées de portiques et de fontaines, elles encadrent des îlots avec des maisons aux décors soignés (peinture murale, sols construits, mosaïques), des espaces dédiés à l'artisanat (fours de potier) ou au stockage et des constructions publiques.
La fouille d'un bassin très bien conservé a livré une statue en calcaire local représentant une divinité masculine, peut-être Neptune, qui s'ajoute à de nombreux autres témoignages de la vie quotidienne.
 

Nîmes antique

La ville de Nîmes se développe, suivant un axe nord-sud, des pentes méridionales d'un ensemble de collines et plateaux calcaires jusqu'à un petit fleuve, le Vistre. Le territoire nîmois est occupé depuis le Paléolithique supérieur (il y a 15 000 ans) et plusieurs sites néolithiques sont connus dans l'emprise de l'agglomération actuelle. Il faut toutefois attendre la fin du VIe siècle avant notre ère pour voir un premier village s'établir sur les pentes sud du Mont Cavalier au pied duquel jaillit la source de la Fontaine. Au cours du IVe siècle avant notre ère, cet oppidum, chef-lieu des Volques Arécomiques, est cerné par une enceinte, englobant environ 30 hectares et dominée par une puissante tour de guet, la Tour Magne. L'agglomération joue sans doute, dès cette époque, un rôle économique important. La plaine est jalonnée de nombreuses routes et chemins, desservant un réseau de fermes, d'enclos funéraires et conduisant aux autres oppida et comptoirs littoraux de la région.

Aux IIe-Ier siècles avant notre ère, la croissance économique et démographique de la ville, désormais incluse dans la première province gauloise sous contrôle de Rome, la Transalpine (qui deviendra sous Auguste la Narbonnaise), se traduit par une extension de l'habitat au sud et à l'est, débordant un peu son cadre antérieur. La trame urbaine se densifie de manière sensible au cours du Ier siècle avant notre ère. La pénétration de la culture latine s'effectue assez lentement à travers, par exemple, l'introduction progressive de nouveautés architecturales (toiture en tuiles, enduits peints). À la périphérie de la ville, de petits groupes de tombes bordent les voies ; en plaine apparaissent de grands domaines agricoles à enclos couvrant plusieurs hectares de champs et de cultures dont celle de la vigne. À la fin de l'époque césarienne (44 avant notre ère) la ville de Nîmes devient une colonie latine Colonia Augusta Nemausus à laquelle sont rattachées 24 agglomérations de second rang.

L'époque augusto-tibérienne (27 avant notre ère - 37 de notre ère) signe à Nîmes, comme dans bon nombre d'autres villes de la Narbonnaise, une transformation radicale du paysage urbain. Une nouvelle et vaste enceinte, longue de 6 kilomètres et enserrant près de 220 hectares, est édifiée et scandée par des entrées monumentales telle la porte d'Auguste, par laquelle la voie domitienne pénètre en ville. Un atelier de frappe émet des monnaies en bronze et en argent dont les as au crocodile légendés COL NEM. Deux pôles publics, témoignages du culte impérial, sont aménagés : un sanctuaire (Augusteum) autour de la Fontaine et la Maison Carrée bâtie sur le côté sud du forum. La cité de Nemausus se dote bientôt d'un aqueduc pour capter les eaux de la source d'Eure près d'Uzès. L'expansion urbaine reste durable, et la fin du Ier siècle marque une nouvelle étape de monumentalisation traduite par la construction de thermes publics et d'un amphithéâtre (les Arènes). Dans les quartiers privés, les maisons à cour manifestent, à des degrés variés, une certaine aisance matérielle. Dans la campagne au sud un réseau de petites fermes à cour centrale basse se met en place.

Le IIe siècle, période de permanence de l'occupation des maisons et quelquefois d'enrichissement de leurs décors intérieurs, marque l'extension maximale de la ville. Cependant, dès la fin de ce siècle, la périphérie de la ville est progressivement abandonnée, peut-être en raison d'une baisse de la démographie et des investissements. La fin du IVe et surtout le courant du Ve siècle voient ce processus s'accentuer et aboutir à l'abandon de vastes pans de la ville et à la destruction de monuments publics. L'agglomération finit par se cantonner pour l'essentiel à proximité de l'amphithéâtre dans l'emprise de la future ville médiévale (l'Écusson). Sa surface totale n'excède pas 20 à 30 hectares dès la fin du Ve siècle. Les espaces périphériques sont dévolus aux cultures ou laissés en friche.
Archéologue responsable d'opération : Jean-Yves Breuil, Inrap
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (Drac Languedoc-Roussillon)
Aménageur : Ville de Nîmes