Gevrey-Chambertin, à 12 km de Dijon (Côte-d'Or), est célèbre dans le monde pour ses vins de Bourgogne. La viticulture y remonterait à l'époque gallo-romaine.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

C'est la conclusion des fouilles de l'Inrap, au lieu dit Au-dessus de Bergis. Menée en collaboration avec les chercheurs du laboratoire ARTeHIS (CNRS/ministère de la Culture et de la Communication/Université de Bourgogne), cette fouille a révélé 316 fosses rectangulaires alignées sur 26 rangs, interprétées comme des vestiges d'une vigne du Ier siècle de notre ère.

Près de 12 000 m² ont été fouillés à l'été 2008, sur prescription de l'État (Drac Bourgogne) avant l'agrandissement d'une zone pavillonnaire prévue par la municipalité de Gevrey-Chambertin. Le chantier, divisé en deux secteurs, a livré une série de vestiges en creux (fosses, trous de poteau et fossés) de différentes périodes.


Pour l'époque gallo-romaine, une zone de plus de 6 000 m² était couverte de plus de 300 fosses alignées en rangs régulièrement espacés et entourées d'un fossé périphérique continu. Ces fosses rectangulaires, de 0,90 à 1,30 m de longueur sur un peu moins de 0,60 m de largeur, sont espacées de 1 m à 1,30 m à l'intérieur d'un même rang, les rangs étant distants de 2,90 m à 3 m. À l'intérieur des fosses, dans la terre qui les remplit, on voit en coupe le vide laissé par le tronc et des racines d'un petit arbuste. Beaucoup de fosses sont séparées en deux compartiments, par un petit bourrelet de terre, fait d'un matériau grossier.

Comment interpréter ces vestiges ?

L'alignement et la forme rectangulaire des fosses sont semblables à ce que l'on retrouve sur les sites d'autres vignes gallo-romaines, découvertes dans le Sud de la France, en région parisienne et en Angleterre. Les dimensions réduites des fosses permettent d'exclure l'hypothèse d'un verger. Le « fantôme » de petit arbuste observé dans la terre de remplissage a la taille d'un pied de vigne. Les deux compartiments séparés par un bourrelet correspondent aux préconisations de Pline l'ancien et de Columelle, auteurs latins du Ier siècle de notre ère. Ils recommandent de mettre deux plants de vigne par fosse et de les arranger « en les recourbant de façon que les racines des deux marcottes qui sont dans la même fosse ne s'entrelacent pas mutuellement, ce qui sera facile d'empêcher en disposant au fond des fosses, transversalement et par le milieu, quelques pierres dont chacune n'excède pas le poids de cinq livres ». Ces fosses constituent le premier exemple d'application de ces préceptes agronomiques viticoles en Gaule. Certaines fosses sont bordées de fosses plus petites et moins profondes. Les fosses secondaires auraient servi au provignage, une technique ancienne de multiplication végétative de la vigne, où l'on enterrait la partie aérienne de la plante (tige, branche, etc.) afin qu'elle développe ses propres racines avant d'être séparée de la plante mère et de constituer un nouvel individu autonome.

Comment dater ces vestiges ?

Les vignes plantées en rang sont caractéristiques de l'Antiquité (et du XXe siècle, mais le cadastre ancien n'indique aucune trace de vigne récente). De plus, ces fosses ressemblent beaucoup à celles d'autres vignes d'époque gallo-romaine et leurs dimensions, leur espacement à l'intérieur des rangs et l'espacement des rangs entre eux sont des multiples du pied romain (29,60 cm). La fouille a montré que les fosses ont été creusées dans des sols anciens (du Néolithique à l'époque protohistorique), à une date qu'il faut donc situer après l'époque gauloise. D'après les fragments de céramiques retrouvées dans les fosses, elles dateraient du Ier siècle de notre ère.
 
Les fosses de Gevrey-Chambertin sont les premières traces de plantations de vignes de l'époque gallo-romaine découvertes en Bourgogne. Elles sont entourées de nombreux vestiges archéologiques de la même période : villas, habitats, mausolée, sépultures, sur la partie orientale de la commune et à proximité du site. Elles confirment l'intérêt, dès l'Antiquité, pour la vigne et le vin dans la région, intérêt déjà connu par de nombreuses représentations : une corne d'abondance de l'une des divinités du sanctuaire des sources de la Seine montrant une grappe de raisin, le monument au marchand de vin de Til-Châtel, la stèle funéraire d'un couple de propriétaires-viticulteurs de Tart-le-Haut (l'homme tenant une serpe à émonder), le dieu au tonneau de Mâlain, etc. Ces objets sont conservés au musée d'archéologie de Dijon.
Les fosses de Gevrey-Chambertin confirment également que la viticulture de cette époque se pratiquait en plaine, comme dans d'autres cas déjà connus, alors qu'aujourd'hui, ce sont les versants qui sont privilégiés pour faire du bon vin.

Des habitats du Néolithique et de la Prohistoire

Sur la fouille, les archéologues ont également mis au jour un habitat de plaine du Néolithique moyen II (entre 4000 et 3500 avant notre ère) et des vestiges d'habitat du Néolithique final (3500-3000 avant notre ère), rares habitats de plaine ouverts dans ce secteur, permettront d'étayer la chronologie du Néolithique moyen et final dans la région. Pour  l'âge du Bronze, une ferme-étable (Bronze ancien, 2300 à 1650 avant notre ère), l'un des édifices les plus méridionaux de ce type a été fouillé, ainsi qu'une ferme de la fin de l'âge du Bronze (de 1000 à 900 avant notre ère). Un habitat du tout début du second âge du Fer (450-350 avant notre ère) comble une carence documentaire pour cette période en Bourgogne.