Préalablement à la construction d'un complexe hôtelier, une équipe de l'Inrap a mis au jour les vestiges d'une occupation amérindienne sur la commune de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane.

Chronique de site
Dernière modification
07 avril 2016

La fouille du site de Balaté, fouillé en juillet-août 2009, est une nouvelle occasion, après celle du site voisin de Chemin Saint-Louis, d'étoffer nos connaissances sur les anciennes populations installées le long du fleuve Maroni. Situé à la confluence de deux cours d'eau majeurs, sur une terrasse ancienne du fleuve, le site a été fortement perturbé par des activités industrielles récentes. Néanmoins, le niveau de sol archéologique et la couche sous-jacente ont révélé des vestiges témoignant d'une occupation importante.

La chaîne opératoire

Repérés lors d'un diagnostic en 2008, les vestiges amérindiens se répartissent sur la pointe sableuse à la confluence de la crique Balaté et du fleuve Maroni. Les premières datations témoignent d'une occupation au XIIIe siècle de notre ère. La terrain à fouiller s'étendait sur 4000 m². Tout d'abord, le décapage à la pelle mécanique a mis en évidence des niveaux de sols anciens conservés et des structures profondément enfouies laissées par l'homme. Les épandages de tessons de céramiques ou de fragments d'outils en pierre ont été prélevés après une couverture photographique de l'ensemble. En profondeur, plusieurs vases ont été mis au jour. La totalité des structures et des objets isolés a été positionnée précisément au théodolite pour être restituée sur le plan d'ensemble de la fouille. À l'issue de la phase de terrain, dans l'attente de datations supplémentaires et d'un inventaire précis des tessons céramiques, les populations ayant occupé anciennement le site ne sont pas encore clairement identifiées. L'étude se poursuit dans les locaux du centre archéologique de Cayenne.

Les vases funéraires

Plusieurs vases ont été retrouvés en profondeur, dans des fosses aux limites incertaines. Fragilisées par le temps et renfermant peut-être des restes organiques, ces poteries ont été prélevées en motte sur le terrain : elles ont été emballées avec leur contenant et extraites du site. La fouille en laboratoire a permis de reconnaître au moins un vase funéraire rempli d'os brûlés. Les anciennes découvertes pour ce type de vestiges révèlent que les os humains sont toujours associés à des os animaux. Prochainement, l'identification des os sera réalisée par un anthropologue. D'autres vases, en attente d'être fouillés à leur tour, pourraient être aussi associés à un rituel funéraire. La découverte de restes osseux en Guyane est rare, en raison des mauvaises conditions de conservation sous le climat équatorial.

L'approche géoarchéologique

Dans le but de mieux comprendre comment le site s'est formé et a évolué dans le temps, une étude géoarchéologique a été engagée. Les différentes couches de terre, appelées unités stratigraphiques par les archéologues, ont été examinées lors de la fouille. En parallèle à ce travail de terrain, des échantillons de terre ont été prélevés pour être analysés en laboratoire. Des études aussi pointues que la granulométrie (taille des particules sédimentaires), la sédimentologie (minéralogie et forme des particules sédimentaires) ou encore la micromorphologie (étude des microstructures au microscope) associées à la taphonomie, permettront de mieux comprendre l'histoire du site. La mesure des orientations et des inclinaisons des tessons de céramiques dans la terre permettra de savoir dans quelle mesure le site a été perturbé par la végétation, les animaux fouisseurs ou le piétinement.