Conférences
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Mis à jour le
04 mars 2016
Colloque
Archéologie de la violence

Colloque international organisé par l’Institut national de recherches archéologiques préventives, et le Musée du Louvre-Lens.
Les 2,3  et 4 octobre 2014 à La Scène du Louvre-Lens

Archéologie de la violence - violence de guerre, violence de masse
par Margaret Cox, conseillère pour les gouvernements australien et britannique sur le Projet Fromelles

Cette présentation traite de l'identification de la dépouille mortuaire de 250 soldats de l'Australian Imperial Force (5e division) et de l'armée britannique (61e division). Ils sont morts au combat en 1916 et ont été exhumés de six fosses communes situées à proximité du bois des faisans situé à la sortie du village de Fromelles, près de Lille (France), en 2009. Ce projet visait à exhumer scientifiquement les corps des soldats et les objets qui les accompagnaient afin de les identifier dans la mesure du possible.  

J'ai travaillé sur ce projet à partir de mi-2008 pour le compte des gouvernements britannique et australien, par l'intermédiaire du Fromelles Management Board, et mon rôle a consisté à planifier et à assurer la qualité des aspects archéologiques et anthropologiques du projet. Les fouilles et l'analyse anthropologique ont été effectuées en 2009, et l'ADN des soldats exhumés a été extrait et analysé de mi 2009 à début 2010. La collecte et l'analyse de l'ADN de donateurs ayant potentiellement un lien de parenté a commencé au même moment et se poursuit. L'analyse de toutes les données biologiques, génétiques, matérielles et historiques rassemblées pour identifier autant de soldats que possible a commencé en 2010 et se terminera en avril 2014.  

Mon rôle dans ce processus a consisté à concevoir et mettre en oeuvre, avec d'autres personnes, le protocole et la méthodologie d'identification, puis de présider et de contribuer au processus d'analyse des données. Mon intervention portera sur ce processus, ainsi que sur des questions éthiques et de procédure. Comme dans tout programme cherchant à identifier un ou plusieurs individus, la coopération volontaire de parents génétiques potentiels est cruciale. Les questions de consentement éclairé et de gestion des attentes sont donc primordiales. Le processus, son contexte, son potentiel et ses limites doivent être clairs et ne doivent jamais masquer les limites implicites des méthodologies employées. Cette présentation interrogera également l'hypothèse qui veut que l'ADN soit un moyen d'identification infaillible. Dans les cas historiques, et pour ceux qui sont morts en 1916, l'ADN a des limites qui sont généralement mal comprises. Ces limites seront discutées, ainsi que le fait qu'une fois que les données génomiques entrent dans le processus d'identification, l'identité passe du social au génomique, ce qui n'est pas nécessairement la même chose. Des découvertes accidentelles peuvent également avoir lieu lorsque l'ADN est en jeu, et cela a des conséquences éthiques et en termes de procédure. Une correspondance ADN avec une probabilité élevée en conjonction avec d'autres données peut permettre de redonner un nom à un cadavre. Néanmoins, on peut se demander quelle est la probabilité que cette correspondance soit réellement significative, quand on considère les limites et les contraintes des analyses ADN à des fins historiques, mais aussi des autres données utilisées. Le niveau de preuve nécessaire doit-il être 'absolument hors de doute' (est-ce seulement possible dans ce genre de cas ?), 'significativement plus probable que non', ou autre chose encore ? Souvenons-nous de l'avertissement lancé par l'anthropologue médico-légal Stephen Byers (16, 2008): "L'un des problèmes les plus courants de l'anthropologie médico-légale [et il en va de même pour l'histoire et l'archéologie] est de déterminer une chose [par ex. une identification] de façon univoque à partir de données ambiguës". (Byers, S. 2008. Introduction to Forensic Anthropology. 3rd Edn. Pearson: Boston).
Margaret Cox, anthropologue médico-légale, auteur, chercheuse et collaborant à plusieurs émissions de télévision est spécialiste des questions de vie et de mort dans le passé. Récemment, son travail a porté sur les personnes tuées lors des conflits du XXe siècle. Elle a travaillé en Irak, au Rwanda, au Kosovo, à Chypre, en Italie, en Malaisie, en Belgique et en France. Ancienne professeur d'anthropologie et d'archéologie médico-légale à l'université de Bornemouth (1994-2007) et à l'université de Cransfield, elle a pris sa retraite en 2009. Avec plus de 100 publications à son actif, elle est une spécialiste reconnue internationalement et travaille aujourd'hui comme consultante indépendante dans son domaine d'expertise.
Fondatrice, ancienne PDG et aujourd'hui présidente de la fondation Inforce (basée à l'université de Cransfield, au Royaume-Uni), le professeur Cox a initié, édité et contribué à l'ouvrage de référence The Scientific Excavation of Mass Graves, publié par Cambridge University Press en 2008. Au cours de sa carrière universitaire, elle a conçu et dirigé le premier MSc d'archéologie médico-légale du monde (à partir de 1996) et le premier MSc d'anthropologie médico-légale du Royaume-Uni, trois ans plus tard. Elle est également une ostéo-archéologue expérimentée, ayant examiné des reste humains découverts sur des sites archéologiques du monde entier, y compris ceux issus du projet Spitalfields qui portait sur près de 1000 personnes ayant vécu au XVIIIe et au début du XIXe siècle et avaient été enterrés dans la crypte de l'église Christ and all Saints Church à Spitalfields (Londres).
Ces dernières années, le professeur Cox a travaillé régulièrement pour les ministères de la Défense britannique et australien, et est actuellement conseillère scientifique (en charge de l'archéologie, de l'anthropologie et de l'identification) auprès des gouvernements britannique et australien pour le projet Fromelles. Ce projet unique a vu l'exhumation de 250 soldats australiens et britanniques enterrés dans six fosses communes par l'armée allemande près du village de Fromelles, au nord de la France, en 1916. Ce projet de pointe combine les méthodes archéologiques et médico-légales avec les analyses anthropologiques, radiographiques, ADN et autres, toutes conduites dans le respect des stricts protocoles des scènes de crime. A l'heure actuelle, 124 soldats australiens ont été identifiés grâce à une méthodologie spécifique conforme à tous les protocoles internationaux applicables. Cette méthode utilise toutes les données disponibles, y compris l'ADN.
Le professeur Cox a reçu le Woman of Achievement Award (section humanitaire) de l'Union européenne en 2002 pour son travail d'enquête sur les atteintes aux droits humains au Rwanda et au Kosovo.  

Bibliographie :
  • Cox, M, Flavel, A, Hanson, I, Laver , J, Wessling, R (Eds.). 2008. The Scientific Excavation of Mass Graves: Towards Protocols and Standard Operating Procedures. Cambridge University Press.
  • Cox, M. 2010. The Scientific Overview and ID.  pp. 57-61. In Remembering Fromelles: A new cemetery for a new century.  Ed J. Summers.  CWGC Publishing. UK.
  • Jones, P. 2010. The Use of DNA Profiling.  The Scientific Overview and ID.  pp. 63-67. In Remembering Fromelles: A new cemetery for a new century.  Ed J. Summers.  CWGC Publishing. UK.  
  • Loe, L. 2010. Uncovering the Fallen.  In Remembering Fromelles: A new cemetery for a new century.  Ed J. Summers. CWGC Publishing. UK.
  • Loe, L, et al. 2014 - in preparation. The Fromelles Project.

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