A Montech, Tarn-et-Garonne, l'emprise du site archéologique de Fromissard englobe une vaste surface couvrant 3,7 ha, localisée en basse terrasse alluviale et caractérisée par un sol géologique constitué de limon molassique déposé au tertiaire et provenant des démantèlements successifs de la chaîne pyrénéenne.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

L'environnement actuel est composé de vastes zones boisées et de plaines cultivées à une altitude moyenne de 98 m NGF. Deux sites archéologiques avaient été révélés sur les lieux en 2005 à l'issue d'une première phase de diagnostic, réalisée par tranchées mécaniques, qui s'est poursuivie jusqu'en 2007, couvrant ainsi un total de 129 ha. Cette expertise était conditionnée par l'extension d'une exploitation liée au traitement et au stockage des déchets de la société DRIMM.

La zone concernée par la fouille a permis de confirmer l'existence de deux occupations détectées pendant l'évaluation (Le Noheh, 2008). La première concerne un vaste ensemble fossoyé datant de l'Antiquité lié à de l'habitat, la seconde, plus importante et mieux conservée, regroupe des aménagements traduisant des activités artisanales datant de l'époque médiévale. La découverte remarquable d'un niveau préhistorique pendant le décapage archéologique, dont l'existence était insoupçonnée jusqu'alors, complète l'ensemble avec cette troisième occupation datée du Paléolithique supérieur.

Les deux occupations, préhistorique et médiévale, traduisent tout l'intérêt du site de Fromissard, le site antique, outre un arasement important, ayant fait l'objet d'une reconnaissance approfondie durant l'évaluation de 2005.

Un établissement rural d'époque médiévale

Le site médiéval est implanté en rupture de pente, à l'extrémité sud de l'emprise, couvrant une superficie accessible de 37 000 m² ; il est bordé par un cours d'eau aujourd'hui canalisé. Pas loin de 250 aménagements en creux ont été reconnus et fouillés pour cette période, rassemblant à la fois des puits à eau, des fosses liées au stockage (denrées alimentaires ?), des fours et des foyers, des traces de poteaux ou de cloisons que l'on peut associer à la présence de bâtiments sur le site, le tout, ceinturé par des fossés.
Trois phases successives d'occupations ont été identifiées ; elles s'échelonnent entre le Xe et le XIIe s. Une première analyse des objets découverts, notamment les céramiques, et les recoupements stratigraphiques de la plupart des vestiges les uns par rapport aux autres contribuent à cette interprétation.
Il semble évident, à cette étape de l'étude de post-fouille, que l'occupation médiévale corresponde à l'implantation d'un établissement rural, enclos, dont les activités agro-pastorales et artisanales ont perduré sur les lieux durant plusieurs décennies. Les activités domestiques et artisanales sont essentiellement représentées par la présence de plusieurs fours plus ou moins complexes dans leur aménagement, creusés en sape dans le limon et dont quelques-uns sont particulièrement bien conservés. Dans les cas les plus remarquables, la voûte, dont les parois rubéfiées sont bien visibles, est encore en place. Les fours domestiques présentent un laboratoire de forme circulaire pour une hauteur de 60 cm, avec alandier. Un four, comportant une sole percée de 8 canaux et conservé sur 1 m de haut, suggère la fabrication d'éléments en terre cuite ; il a sans doute été utilisé pour la cuisson de céramiques.
La métallurgie, avec la réduction du minerai de fer, est également présente sur le site et témoigne d'une des dernières activités relevées au sein de l'établissement rural, alors que la plupart des fossés de l'enclos et des silos sont déjà abandonnés et comblés par des rejets domestiques ou issus de ces activités artisanales.

L'Antiquité

La période antique est essentiellement représentée par des structures fossoyées. L'ensemble le plus pertinent et le mieux caractérisé sur le terrain est un enclos de plan quadrilatéral qui délimite le coeur d'un établissement rural d'une superficie de 5 800 m². Une interruption du fossé, localisée près de l'angle nord-est de l'enclos, permet d'envisager un accès, large de
4 m. Les fossés de l'enclos, mieux conservés sur le terrain du fait de leurs proportions, adoptent un profil de creusement en cuvette à fond plat, pour une largeur encore visible aujourd'hui de 1 m et une hauteur n'excédant pas 60 cm. D'autres fossés (parcellaires), de proportions plus modestes, se développent selon un axe nord-sud et est-ouest et semblent se poursuivre largement en dehors de l'emprise accessible durant la fouille. Avec ses extensions reconnus, cet ensemble, daté pour l'heure du milieu du IIe s. av. notre ère, couvre une superficie de plus de 2 hectares. Le site étant très arasé, aucun indice pertinent ne permet de traduire la moindre activité ayant existé à l'époque gauloise dans l'aire interne de l'enclos. Seules quelques fosses isolées et la présence de 3 puits à eau complètent l'ensemble et permettent une attribution chronologique. Le mobilier découvert est composé de céramiques à usage domestique de tradition indigène, dont les formes (pots, écuelles, jarres de stockage) sont bien connues dans le Sud-Ouest, et de quelques éléments d'amphores à vin d'origine italique de type Dressel 1-A.
L'établissement gaulois de Fromissard s'insère dans un paysage protohistorique récent dont les traces d'occupation pour la période comprise entre le milieu du IIe s. et le milieu du Ier s. av. J.-C. sont révélées à travers des expertises archéologiques et d'autres fouilles récentes dans la région. Des liens avec d'autres établissements ruraux peuvent être désormais envisagés, à l'exemple des indices détectés dans l'environnement proche de l'ensemble de Fromissard et des sites voisins de Montbartier fouillés en 2012 et 2013.

Quelques rares indices, très arasés et relativement diffus, témoignent, de manière très lacunaire, de l'existence dans l'environnement du site de Fromissard d'un ou plusieurs établissement d'époque gallo-romaine, succédant ainsi à l'occupation gauloise pour la fin du second âge du Fer. L'existence de plusieurs villae, connues à travers des découvertes anciennes sur ce même secteur de la commune de Montech et Escatalens, indique une implantation organisée le long de la voie romaine Toulouse-Bordeaux (l'actuelle RN 113). La présence dans cet environnement du toponyme Palays témoigne de l'existence d'une résidence à caractère prestigieux ; cette demeure, à la vue des découvertes anciennes, aurait été fondée au premier tiers du Ier s. de notre ère, son appartenance à un haut dignitaire n'étant pas à exclure.

Un site préhistorique

Un gisement préhistorique, dont l'existence était insoupçonnée avant l'intervention archéologique, a été découvert à l'extrémité sud de l'emprise, dans la faible pente existant dans ce secteur occupé également par le site médiéval. L'occupation à été détectée au sol grâce à la présence de plusieurs pièces lithiques, visibles en surface après décapage, et de deux concentrations circulaires d'environ 80 cm de diamètre, distantes d'environ 1 m l'une de l'autre et contenant des os brûlés et des objets lithiques. L'aire de répartition maximale du gisement couvre une centaine de m². Une expertise, réalisée par des préhistoriens dans le cadre de l'opération archéologique et à la demande de l'État (service régional de l'Archéologie), offre un premier aperçu, jugé d'emblée remarquable. Une datation (C14) a été réalisée sur chacune des concentrations osseuses par le laboratoire Béta Analytics de Miami ; elle a livré des dates parfaitement concordantes (35 000 BP) qui permettent de valider le rattachement de l'industrie lithique à l'Aurignacien ancien, même si l'industrie lithique apparaîtrait peut-être plus récente au premier abord.
Cette occupation de plein air constitue un jalon rare pour l'étude de l'occupation des territoires aquitains et les peuplements par les premiers humains anatomiquement moderne européens. En effet, les sites aurignaciens de plein air, avec organisation spatiale conservée, sont très rares.

Ce gisement devrait faire l'objet dans les prochains mois d'une étude complémentaire, dans le cadre d'une opération programmée.