A Damblain, Vosges, le diagnostic archéologique a permis de mettre en évidence, sur une superficie de cinq hectares, une occupation gallo-romaine et médiévale.

Dernière modification
10 mai 2016

La fouille préventive de ces vestiges a été organisée en deux campagnes, en 2008 et 2009, et réalisée par une équipe de sept archéologues de l'Inrap, renforcée ponctuellement par l'intervention de spécialistes.


Les vestiges mis au jour à Damblain concernent notammement une villa gallo-romaine. L'atout de cette fouille réside dans le choix d'un décapage du site sur de grandes superficies. Cette approche permet d'observer le bâtiment antique dans sa globalité et de comprendre l'organisation de son environnement et l'évolution chronologique de l'occupation des lieux dans un vaste rayon. La première campagne de fouille s'est faite sur une superficie de trois hectares, entre mai et octobre 2008.

Le décapage du site, commencé au lieu-dit La Cave, a permis la découverte d'une pièce excavée appartenant à la pars urbana d'une villa gallo-romaine (habitation du maître au sein d'un grand domaine agricole). Ce bâtiment, de grandes dimensions, a été dégagé sur la totalité de son emprise. Organisé autour d'une cour rectangulaire, il est orienté nord-sud et se déploie en trois ailes en U sur une longueur de 55 m et une largeur de 50 m. La dissymétrie des corps du bâtiment et la présence d'un long mur de clôture prolongeant l'aile orientale confèrent à cette villa un plan atypique résultant probablement d'un programme architectural inachevé.

Si les ailes orientale et septentrionale ont été partiellement endommagées par les travaux d'aménagement de la base aérienne, l'aile occidentale est remarquablement bien conservée. Terminée par une abside, elle s'ouvre sur la cour centrale par l'intermédiaire d'une galerie de façade. Y ont été trouvés, outre une cave et diverses pièces d'habitation, un ensemble balnéaire composé de quatre pièces, dont trois chauffées par hypocauste (chauffage par le sol), et leur praefurnium (chaufferie). Les sols en béton de tuileau supportés par des pilettes en dalles de grès et de terre cuite ainsi que les caniculi (cheminées en terre cuite) d'évacuation des fumées chaudes sont remarquablement bien conservés.

La première pièce, de plan carré, correspond au vestiaire et à la salle de repos. Sa fouille a révélé les éléments d'un plafond suspendu sur plaques de terre cuite, effondré au sol. Ce plafond était recouvert d'un enduit peint à fond blanc portant un décor géométrique dit « à réseau » de couleur rouge, jaune et vert. La fouille minutieuse de ces enduits permettra de reconstituer les motifs de ce décor.

Le vestiaire s'ouvre sur une seconde pièce correspondant au bain froid dont le sol est en opus sectile (dallage) de pierres fines noires, blanches, grises et rouges. Le bas des murs est recouvert de plaques et de moulures de calcaire blanc, le haut semble comporter un décor de panneaux d'enduit peint jaune et vert. Cette pièce se prolonge par un bassin rectangulaire formant une excroissance sur la façade extérieure du bâtiment. Mesurant 2,25 m de longueur sur 1,75 m de largeur et 1,50 m de profondeur, ce bassin était destinée aux bains froids ou tièdes. On y descendait par un escalier d'angle.

La salle tiède, contigüe, ne comporte pas de baignoire. Son sol est également recouvert d'un opus sectile, en grande partie récupéré. La partie basse des murs est décorée de dalles calcaires plaquées contre les caniculi.

La dernière salle correspond à l'étuve. Elle est pourvue d'un bassin d'eau chaude et d'une baignoire individuelle de 2,10 m de longueur sur 1 m de largeur. Ses contours arrondis, en béton de tuileau, occultent un revêtement initial de mosaïque. Le sol de la pièce est composé d'un béton de tuileau lissé recouvrant la suspensura de l'hypocauste. Le mur surplombant la baignoire comportait un décor de mosaïque, révélateur d'un certain luxe. 

À l'est du bâtiment principal de la villa, se déploie un ensemble de constructions correspondant à la pars rustica du domaine agricole (les dépendances artisanales et agricoles). La campagne de fouille de 2009 permettra de compléter les informations sur cette partie de la villa et d'avoir ainsi une vue d'ensemble. 

Cette exploitation agricole semble avoir été occupée aux IIe et IIIe siècles après J.-C. Les études du mobilier permettront d'affiner cette datation et de préciser la chronologie du site.

Une voie empierrée, suivie par les archéologues sur près de 300 m, limite la villa au nord. Vers l'ouest, elle passe près d'un petit bâtiment gallo-romain de plan rectangulaire, construit sur fondation de pierre. La présence au sein de cette construction d'un soubassement empierré rectangulaire et d'un dépôt composé de vases en verre et d'ossements animaux, évoque une fonction cultuelle ou funéraire du lieu. 

À ce stade de la recherche, l'occupation médiévale du site a été observée essentiellement sur la pars rustica de la villa, aux abords de la voie empierrée, sous la forme de structures artisanales. Sur un autre secteur de fouille, isolé au nord-ouest de la villa, a été découverte une nécropole de dix-huit inhumations datées par le mobilier funéraire du VIIe siècle après J.-C. Orientées est-ouest, les tombes s'alignent sur le versant ouest d'un petit vallon. Elles ont été recouvertes d'un léger tertre de terre, puis d'une couche de pierres calcaires. Dans une seconde phase, le tertre de pierre semble avoir été réutilisé comme chemin secondaire.

En cours d'investigation, le site de Damblain n'a pas encore fini de livrer tous ses secrets. . .