Après avoir privilégié, dans les années 2002 à 2007, une approche globale du site de Brancion (Martailly-lès-Brancion, Saône-et-Loire), par des relevés topographiques d'ensemble des vestiges émergents, puis par une série de sondages et de fouilles à travers le village, c'est sur la partie est de l'éperon, dominée par son château, que se concentrent les archéologues de l'Inrap depuis 2012.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Leurs investigations précèdent et accompagnent les travaux des Monuments historiques. Elles ont déjà porté, au sud, à la jonction du village et du château, sur le secteur de la porte du bourg (couramment appelée « poterne ») ; mais également au nord, sur la pente en contrebas du donjon.

La porte du castrum et l'évolution de ses abords

Données de fouilles et analyse détaillée des vestiges architecturaux permettent de restituer l'évolution du système défensif de l'unique porte de Brancion. Au XIIe siècle, le chemin d'accès, qui grimpe depuis le vallon voisin, se trouve barré par un mur encadré de deux tours rondes. Ce mur est percé d'un portail central flanqué d'archères. À cette époque, le passage est encaissé entre deux talus de plus de 3 m de haut, chacun dominé par une tour. De ce dispositif subsistent une portion de la tour ouest et la totalité de la tour est. Cette dernière s'appuie contre un premier logis du XIIe siècle inséré dans la pente du château ; les élévations de la tour, avec leurs archères à étrier, sont reprises au XIIIe siècle. Autour de 1300 s'ajoute à l'extérieur l'avant-corps à étage, conservé de nos jours. Côté château, le chemisage du bas de pente crée une terrasse dominée par la tour est, désormais isolée de la « poterne ».

Au flanc nord du château : premières constructions des seigneurs de Brancion, Xe-XIIe siècles

Au nord du donjon, la fouille du talus a livré, sur 10 m de dénivelé, les témoins de sept siècles d'occupation des lieux, dont les vestiges les plus anciens découverts à ce jour au château.
La première implantation date du Xe siècle au plus tard. Il s'agit de l'angle d'une imposante construction maçonnée. S'y insère la fosse d'une latrine, comblée entre autres par des os d'animaux, déchets de consommation carnée. Le bâtiment est reconstruit au moins trois fois jusqu'au XIIe siècle. Les sols intérieurs successifs sont en terre battue, avec dans un cas un foyer domestique. Autour de l'an mil, l'édifice doit être associé à la grande salle seigneuriale ou « aula » dont les ruines subsistent au sommet de la butte, au sud du donjon. Au XIIe siècle, la destruction du bâtiment nord précède l'édification du donjon. La pente initiale est accentuée artificiellement pour créer à ses pieds un glacis très raide, longé par le chemin qui dessert le sommet du château.

Au flanc nord du château : la restructuration d'époque ducale, début du XIVe siècle

Le château est réorganisé autour de 1300, sans doute à l'initiative des ducs de Bourgogne, propriétaires des lieux depuis 1259. De cette période date le vaste logis à étage doté de belles fenêtres gothiques dont subsistent les ruines. Elles s'appuient contre le donjon, empiétant sur la pente au nord de la butte. Mais un grand bâtiment parallèle s'installe aussi à la base du talus, flanqué au nord par un long mur de soutènement doté de puissants contreforts. Ses salles basses restent largement enfouies, mais ses murs émergeant de la fouille révèlent des amorces de voûtes d'ogives. On y accède désormais depuis une terrasse intermédiaire ménagée sur le flanc ouest de la butte, isolée du sommet par un nouveau mur de soutènement. À son extrémité, l'ancien talus du donjon est sapé une fois de plus par un creusement très net, ce qui oblige à déplacer le chemin d'accès au château.