Un habitat aristocratique de l'an mil, second du genre actuellement connu, est en cours de fouille sur la commune de Pineuilh, en Gironde, préalablement à la construction de la déviation de Sainte-Foy-la-Grande.

Dernière modification
07 mars 2016
Dans un bras mort de la Dordogne, une petite éminence de terre est aménagée pour installer un habitat aristocratique dont l'évolution peut être suivie sur près d'un siècle à partir de la fin du Xe siècle. En 979, un premier bâtiment de terre et de bois est construit au centre de la plateforme. Deux ans plus tard, il est agrandi et fondé sur de puissants poteaux de chêne que l'on découvre encore en place. Entouré d'eaux marécageuses, l'ensemble formant enclos est relié à la terre ferme par une passerelle dont plusieurs états de reconstruction ont été retrouvés par les archéologues. D'après les bois réemployés, les derniers travaux datent d'environ 1060.

Un mobilier riche et très bien conservé

Conservés en milieu humide depuis plus de mille ans, les différents vestiges de construction et les très nombreux restes de la vie quotidienne sont dans un état exceptionnel : vaisselle de bois parfois peinte, nasse de saule, peignes en buis, instruments de musique (flûtes et olifants)... Des quantités de graines et de noyaux de fruits en cours d'étude indiqueront bientôt les espèces consommées, sauvages ou domestiques. Un éperon, des fers à cheval, des pointes de javeline, des carreaux d'arbalètes et d'autres pièces de cavalerie et d'armement rappellent l'activité militaire et chevaleresque du lieu. De plus, la découverte de damiers et de pièces d'échec corroborent l'idée de la présence d'une aristocratie locale : originaire du sous-continent indien, diffusé par le monde musulman, ce jeu était en l'an mil réservé à l'élite.
Un site de référence Le site de Pineuilh est aujourd'hui le second habitat aristocratique de l'an mil à présenter une telle diversité et une telle qualité de conservation des vestiges en France. Il s'apparente au site de Charavines sur le lac de Paladru (Isère) découvert à la fin des années 1970 et fouillé par Michel Colardelle (aujourd'hui conservateur en chef du musée des Arts et Traditions populaires).
Cette fouille préventive livre aux scientifiques des informations essentielles concernant la période de transition entre Carolingiens et Capétiens ; aux non spécialistes, elle apporte un nouvel éclairage sur une période encore très mal connue : celle d'un univers de « chevaliers-paysans » qui émerge sur l'ensemble du territoire et dont le signe extérieur de pouvoir est la fortification de terre, préfigurant les mottes castrales du XIe siècle, bases de l'organisation de la féodalité.
Archéologue responsable d'opération : Frédéric Prodéo (Inrap)
Contrôle scientifique : Drac Aquitaine/service régional de l'Archéologie
Aménageur : Conseil général de Gironde
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