A Besançon, Doubs, chantier urbain de 3 000 m2 environ dans le périmètre de la ville antique et à proximité du Doubs.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Sondages réalisés en été 2001 dans la cour du collège. La première tranchée avait été creusée en relation avec l'angle nord d'une mosaïque fouillée en partie sous la rue voisine en 1973 (moitié sud déposée alors et restaurée au musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon). La moitié nord se trouve dans le périmètre de la fouille actuelle (cf. Archéopages n° 6, p. 41).

Des 3 000 m2 du chantier, près de 2 500 ont été fouillés dans leurs niveaux supérieurs et plusieurs occupations ont pu être observées : une partie d'un grand bâtiment luxueux est actuellement reconnue sur 1 250 m2.

Attribué au début du IIe s. ap. J.-C., puis reconstruit au cours de ce même siècle, ce grand bâtiment fait suite à au moins deux états de construction d'un ou plusieurs bâtiments édifiés au cours du Ier s. Des structures déjà monumentales ont en effet été perçues dans la partie nord du chantier, dont certaines dateraient du tout début du Ier s. de notre ère (en particulier un fragment de chapiteau ionique, rare en Gaule).
L'édifice, attribué au début du IIe s., possède trois grandes pièces décorées de mosaïques de fabrication homogène : la plus impressionnante (pièce E), avec une superficie de près de 200 m2, a en partie été fouillée en 1973 sous la rue de Lorraine voisine.
Les deux autres (pièces A et G) totalisent 65 et 85 m2. Ces pièces sont entourées de couloirs ou de galeries, dont l'une d'elles, ouverte sur un jardin agrémenté d'un bassin, est décorée d'une mosaïque géométrique (galerie D), deux autres galeries (H et K) correspondant à un péristyle ouvert sur un jardin de 200 m2.

La dimension des pièces, la richesse des décors et la constante présence d'espaces de circulation permettent d'attribuer à ces structures une fonction de réception (salles d'apparat appartenant à un grand édifice public, semi-public ou privé).
La mosaïque de la pièce E est formée de caissons qui composent le tapis (dont chacun des motifs est différent l'un de l'autre) et d'un médaillon central représentant Neptune sur son char. La mosaïque de la pièce A est également composée d'un tapis de caissons aux motifs géométriques plus répétitifs ; son médaillon central représente le bouclier d'Athéna orné de la tête de Méduse.
Bien que très déformé par les tassements différenciés sous-jacents, ce sol est particulièrement bien conservé ; seul manque un rectangle de 9 m2 dont les tesselles ont été récupérées avant la reconstruction de cette pièce, sans doute au cours de la deuxième moitié du IIe s.
La mosaïque de la dernière grande pièce (G) est beaucoup plus simple : un motif géométrique répétitif encadré d'une frise de rinceaux, comparable à celle de la mosaïque au Neptune (pièce E).
Lors de la dépose des mosaïques de la galerie D et de la pièce E par l'atelier de restauration des mosaïques de Saint-Romain-en-Gal (Vienne, Isère), des dessins préparatoires sont apparus sur le bain de pose en chaux (peintures de différentes couleurs) et sur le nucléus de tuileau sous-jacent (gravures de motifs géométriques).

Également décorés, les sols de deux petites pièces, des couloirs et du péristyle sont constitués de terrazzo à opus signinum : tesselles noires disposées en croisettes ou cabochons posés en losanges, ou encore semis aléatoire d'éclats de pierre noire.
Tous les espaces sont décorés d'enduits muraux dont seules les plinthes rouges ou noires ont résisté. La cohérence de cet ensemble exceptionnel montre une même phase de construction que les très nombreux éléments lapidaires (de type flavien) et la stylistique des mosaïques permettent de placer à partir du début du IIe s.
Le remploi de fragments de colonnes dans les fondations de certains murs de ce bâtiment prouve l'existence de colonnades dans les états antérieurs.

La fouille des niveaux antiques va se poursuivre avant d'atteindre des niveaux de l'âge du Fer (des structures de La Tène finale et moyenne et du Hallstatt moyen et final ont été fouillées il y a 30 ans dans une zone toute proche de l'actuel secteur de fouilles).