L'Inrap est intervenu au collège Vieux-Port, avant des travaux de réhabilitation, de janvier à avril 2005, en collaboration avec le Service archéologique municipal de la ville de Marseille (Bouches-du-Rhône). La fouille a concerné une surface de près de 1000 m2 au nord du Vieux-Port, sur le versant sud de la butte Saint-Laurent, à proximité immédiate du théâtre antique et du forum présumé de la Marseille romaine.

Chronique de site
Dernière modification
14 juin 2016

Un édifice grec exceptionnel a été mis au jour, évoquant une salle de banquet, avec un luxe inconnu à Marseille. La grande qualité des vestiges et leur remarquable conservation ont justifié le classement du site au titre des Monuments historiques.

Seule la partie supérieure des lieux a été fouillée. Les niveaux les plus anciens, simplement aperçus au fond de creusements plus récents (caves, tranchées), sont encore en place et forment une réserve archéologique d'environ 400 m2 sur de 3 m de profondeur en moyenne. Une fouille programmée, disposant donc de délais moins « serrés », permettra de mieux comprendre le site.

La naissance de l'urbanisme grec vers 570-560 avant notre ère

Des sols recouverts de galets ont été retrouvés, en très mauvais état, dans la partie occidentale du site. Ils pourraient correspondre à une voie reliant la butte Saint-Laurent au rivage ou à la bordure d'une place publique, elle-même maintenue sur la pente par un gros mur de soutènement en pierre, dont on a identifié la trace en coupe. De nombreuses scories de fer, utilisées dans le soubassement de la rue ou de la place, semblent indiquer l'existence d'un artisanat métallurgique proche.

La pente du terrain situé en contrebas a été nivelée après 570-560. Ce nivellement a permis de construire un bâtiment composé de quelques pièces à vocation domestique, qui ont été observées au fond de sondages ponctuels mais sans être fouillées. Les archéologues y ont toutefois repéré des sols et des foyers aménagés le long de murs en adobe (briques crues), posés sur des solins en calcaire blanc. Cette exploration, entreprise sur une superficie très réduite, a fourni des témoignages clairs d'une activité métallurgique à l'extérieur du bâtiment (sols calcinés, fosse-foyer, charbons et scories de fer).

Une salle de banquet exceptionnelle

Vers 540-530 avant notre ère, un édifice monumental rectangulaire (12,10 m de long sur 8,50 m de large) est construit en gros blocs de calcaire sur le bâti précédent. À l'intérieur, un mur porteur sépare deux espaces presque identiques. Le plan et les dimensions de cet édifice évoquent une salle de banquet (hestiatorion), dont seuls quelques exemples sont connus dans le monde grec (le sanctuaire de Perachora, dédié à la déesse Héra, dans le golfe de Corinthe et la « Maison des Prêtres » à Delphes). La fouille a confirmé le caractère exceptionnel de ce lieu Selon toute vraisemblance, il était consacré à la pratique du banquet (symposion), au cours duquel pouvait se réunir l'élite de la cité grecque.

Par la suite, vers 510-450 avant notre ère, d'autres constructions sont accolées à ce premier bâtiment qu'une rue vient longer sur sa façade sud. Le niveau général du site est rehaussé, lui permettant ainsi de surplomber l'entrée du port archaïque. Le grand édifice est pourvu d'une pièce supplémentaire. De nouveaux éléments, construits le long de la façade au nord-est, pourraient témoigner de l'existence d'un portique (galerie ouverte).

Les bâtiments témoignent d'un luxe encore inconnu à Marseille. Murs et sols sont revêtus d'un enduit de terre ou de chaux, parfois peint de motifs polychromes : en forme d'oeuf (oves) et de bandes de couleurs bleu égyptien et rouge... Les toits étaient couverts de tuiles courbes et plates soit en pâte marseillaise contenant du mica soit importées de Grande-Grèce et d'Étrurie.

Vers 450-400 avant notre ère, le site change de fonction. Le groupe de bâtiments disparaît. Apparemment, les activités métallurgiques reprennent et perdurent jusqu'à la période hellénistique (vers 150-50 avant notre ère). Durant cette période, la construction d'un mur de terrasse entraîne la mise en place de nouveaux aménagements urbains.

Le théâtre romain

Pour la période romaine impériale, seules demeurent les traces « en négatif » des structures du théâtre, dont les pierres ont disparu pendant l'Antiquité tardive. L'importance des excavations (largeur moyenne : 1,80 m) permet de reconstituer un réseau de puissantes fondations. Elles correspondent à l'extension vers le sud des gradins (cavea) du théâtre romain, édifice très partiellement conservé et largement méconnu. Son plan, de type grec, et ses dimensions (diamètre des gradins : 115 m) ont pu être précisés, ainsi que la date de sa construction, sous l'empereur Auguste (qui a régné de 14 avant notre ère à 27 de notre ère).

À partir de l'Antiquité tardive

Entre le Ve et le VIIe siècle, les matériaux des constructions antérieures sont quasi-systématiquement récupérés. Seuls quelques murs grecs archaïques profondément enfouis sont épargnés.

Le pillage de la ville par les troupes catalanes du roi d'Aragon en 1423 (le « sac de Marseille ») a entraîné la disparition du bâti médiéval, ne laissant sur le site qu'un puits et quelques excavations datant des XIIe et XIIIe siècles. Plusieurs rues anciennes, situées sur l'emprise de la fouille, ne peuvent être repérées que par la présence des égouts collecteurs qui les longeaient. L'étude des archives montre que les dommages subis par ce quartier en 1423 ont mis plusieurs siècles à être effacés. Á tel point que des espaces constructibles sont restées vides jusqu'au début du XVIIe siècle.

Le dynamitage du quartier en 1943 et les travaux de reconstruction qui ont suivi ont quant à eux détruit le bâti de la période moderne.