La Basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), construite au XIXe siècle à l'emplacement de l'ancienne l'église médiévale, possède l'une des plus vastes cryptes d'Europe. 

Dernière modification
30 septembre 2016

Un projet de restauration et de mise en valeur du site, mené par la ville de Boulogne-sur-Mer, a nécessité la réalisation d'une intervention archéologique préventive. Les vestiges antiques et médiévaux apparaissent immédiatement sous le sol moderne de la crypte. La fouille, menée dans un cadre peu ordinaire, a permis d'appréhender un vaste secteur du camp romain de la classis britannica, la flotte de Bretagne, de compléter nos connaissances sur l'église médiévale Notre-Dame et d'étudier, en extérieur, une portion de son cimetière paroissial.

Le camp de la classis britannica

La conquête de la Bretagne, l'Angleterre d'aujourd'hui, par l'empereur Claude en 43 de notre ère, marque sans doute la naissance de la classis britannica. Flotte militaire permanente, installée de part et d'autre de la Manche à Boulogne et Douvres, elle était chargée de la police dans le détroit du Pas de Calais, des transports logistiques et de personnel de l'administration romaine. Depuis les années 1970, les fouilles archéologiques réalisées dans la Ville Haute de Boulogne ont permis d'y localiser le camp militaire romain, sur une superficie d'environ 12 hectares.

Les remparts médiévaux du XIIIe siècle reprennent, pour l'essentiel, le plan en quadrilatère des enceintes romaines successives et les principales voies du camp antique sont aujourd'hui encore fossilisées dans le paysage urbain. Au nord-est, s'étend le quartier des casernements (retentura) et ses bâtiments d'une cinquantaine de mètres de long, avec dix chambrées de soldats s'ouvrant sur une galerie de façade et un logement d'officier plus confortable. Construites dans la première moitié du IIe siècle de notre ère, ces casernes sont largement restructurées à la fin du IIe ou au début du IIIe siècle, probablement sous le règne de Septime Sévère, et restent en activité jusqu'aux années 260.

L'intervention de la crypte se situe donc au coeur de la retentura. De nouvelles sections de casernes ont été mises au jour dans la salle du transept nord et, probablement, dans le couloir transversal. Au sud-ouest de la crypte, dans le diverticule prolongeant la nef, une portion de voirie a été partiellement dégagée. La qualité de la construction et sa permanence (au moins trois rehaussements successifs) en font une voie structurante du camp, peut-être la via Quintana, qui marque la limite de la retentura.

Mise au jour des fondations d'un grand bâtiment public du Bas-Empire, larges de près de 2 m, et de son trottoir extérieur dans le collatéral sud de la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.
Mise au jour des fondations d'un grand bâtiment public du Bas-Empire, larges de près de 2 m, et de son trottoir extérieur dans le collatéral sud de la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 2012.
© Dominique Bossut, Inrap

Une structuration de l'espace urbain dès le milieu du Ier siècle de notre ère

Un des principaux apports de la fouille est d'avoir mis en évidence des niveaux archéologiques antérieurs à la construction des premiers remparts connus du camp de la classis britannica, datés comme les casernes du début du IIe siècle de notre ère. Dans la nef, les indices d'occupation les plus anciens pourraient en effet être antérieurs à la période Tibère-Claude. On y appréhende très bien l'ampleur et la qualité des travaux de nivellement qui précèdent l'urbanisation de ce secteur de la ville. Une première série d'aménagements en dur pourrait intervenir au milieu ou dans la seconde moitié du Ier siècle de notre ère. Dès cette époque, l'espace se structure selon un « quadrillage » urbain très régulier et l'hypothèse d'un camp romain précoce, contemporain de la conquête de la Bretagne par Claude, se trouve confortée.

Un grand bâtiment public du Bas Empire

Les évolutions du camp romain de Boulogne au Bas empire (IIIe-Ve siècle de notre ère) sont mal connues. La fouille devrait apporter de nouvelles informations puisque les occupations successives de cette période sont bien conservées dans le secteur de l'enclos de l'évêché et dans certaines salles de la crypte. Au XIXe siècle, à l'occasion de la construction de la crypte, un grand bâtiment antique quadrangulaire (10 x 20 m) fut mis au jour. Ses murs, larges de 2 mètres à la base, étaient conservés sur 1,40 m de hauteur. Ces vestiges ont été en partie détruits par les terrassements de l'époque. Mais les fondations et le dallage extérieur de ce bâtiment du Bas empire sont encore bien conservés dans le collatéral sud de la crypte. Sa fonction est, pour l'instant, difficile à interpréter.

L'église médiévale et son cimetière paroissial

Les fondations de l'église médiévale du XIIe siècle ont pu être observées en de nombreux points, qui devraient apporter de nouveaux éléments sur l'architecture de l'édifice religieux, détruit à la révolution mais pour lequel aucune vue ou aucun plan ancien ne sont conservés. Dans le jardin du presbytère et dans l'entrée de la crypte, les fondations et le dallage d'une chapelle latérale ont ainsi été mis au jour, dont la construction peut sans doute être datée du XIVe siècle.

Une portion du cimetière paroissial médiéval et moderne, coincé entre la rue de Lille, le parvis, les remparts et l'église, a été fouillée au droit du mur de l'actuelle basilique. Près de 150 sépultures ont ainsi été étudiées par l'équipe d'anthropologues, sur une surface de seulement 25 m2. La chronologie des inhumations doit être précisée, mais cet échantillonnage devrait permettre une étude biologique et sanitaire des populations boulonnaises sur une longue période, sans doute près de 700 ans. Un cimetière aussi exigu nécessitait de « réduire » régulièrement les tombes pour faire place aux nouvelles inhumations. Les ossements étaient prélevés et rassemblés dans de grandes fosses ossuaires, dont l'une d'elle (XIV-XVe siècle ?) a pu être intégralement fouillée.

Dans la crypte et sur l'enclos de l'évêché, cinq inhumations, très arasées, pourraient être antérieurs à l'église du XIIe siècle. En l'absence de mobilier, des datations par 14C pourront être réalisées pour confirmer cette hypothèse.