La basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer, construite au XIXe siècle à l'emplacement de l'ancienne église médiévale, possède l'une des plus vastes cryptes d'Europe. Un projet de restauration et de mise en valeur du site, mené par la ville de Boulogne-sur-Mer, a nécessité une intervention préalable des archéologues. La fouille, menée dans un cadre peu ordinaire, a permis d'appréhender un vaste secteur du camp romain de la classis britannica, de mieux connaître l'église médiévale Notre-Dame et d'étudier, en extérieur, une portion de son cimetière paroissial.

Dernière modification
19 février 2016

Le camp de la classis britannica

La conquête de la Bretagne, l'Angleterre d'aujourd'hui, par l'empereur Claude en 43 de notre ère, marque sans doute la naissance de la classis britannica, une flotte permanente installée de part et d'autre de la Manche, à Boulogne et Douvres. Depuis les années 1970, les fouilles réalisées dans la ville haute de Boulogne ont permis d'y localiser le camp militaire sur environ 12 hectares. Les remparts médiévaux du XIIIe siècle reprennent, pour l'essentiel, le plan en quadrilatère des enceintes romaines successives.
La fouille de la crypte de la basilique Notre-Dame est localisée dans le quartier des casernements du camp antique, la retentura. De nouvelles sections de casernes de la classis britannica ont été mises au jour. Construits dans la première moitié du IIe siècle de notre ère, ces bâtiments sont largement restructurées à la fin du IIe ou au début du IIIe siècle et restent en activité jusqu'aux années 260. Au sud-ouest de la crypte, une portion de voirie a été partiellement dégagée. La qualité de la construction et sa permanence (au moins trois rehaussements successifs) en font une voie structurante du camp, peut-être la via Quintana.
 du camp romain de la <i>classis britannica</i> aux Temps modernes
 

Une structuration de l'espace urbain dès le milieu du Ier siècle de notre ère

Un des principaux apports de la fouille est d'avoir mis en évidence des niveaux archéologiques antérieurs à la construction des premiers remparts connus du camp de la classis britannica, datés, comme les casernes, du début du IIe siècle. Dans la nef, une première série d'aménagements en dur pourrait avoir été réalisée au milieu ou dans la seconde moitié du Ier siècle. Dès cette époque, l'espace se structure selon un « quadrillage » urbain très régulier et l'hypothèse d'un camp romain précoce, contemporain de la conquête de la Bretagne par Claude, se trouve confortée.

L'église médiévale et son cimetière paroissial

La fouille devrait également apporter de nouveaux éléments sur l'architecture de l'église médiévale, détruite à la révolution. Les fondations et le dallage d'une chapelle latérale, sans doute du XIVe siècle, ont ainsi été mis au jour.
Une portion du cimetière paroissial médiéval et moderne, coincé entre la rue de Lille, le parvis, les remparts et l'église, a été fouillée le long de l'actuelle basilique. Un cimetière aussi exigu nécessitait de « réduire » régulièrement les tombes pour faire place aux nouvelles inhumations. Ainsi, les ossements étaient prélevés et rassemblés dans de grandes fosses ossuaires, dont l'une d'elle (XIV-XVe siècle ?) a pu être intégralement fouillée.
Une étude  biologique et sanitaire des populations boulonnaises sur une longue période, sans doute près de 700 ans, pourra être réalisée dans les mois à venir.

Un grand bâtiment public du Bas Empire

Au XIXe siècle, à l'occasion de la construction de la crypte, un grand bâtiment antique quadrangulaire (10 x 20 m) fut mis au jour. Ses murs, larges de 2 mètres à la base, étaient conservés sur 1,40 m de hauteur. Ces vestiges ont été en partie détruits par les terrassements de l'époque. Mais les fondations et le dallage extérieur de ce bâtiment du Bas Empire sont encore bien conservés dans le collatéral sud de la crypte. Sa fonction est, pour l'instant, difficile à interpréter.