Découvert en 2011, le site paléolithique de Renancourt 1, situé dans un quartier au sud-ouest d'Amiens, a fait l'objet d'une campagne de fouille programmée de trois semaines durant l'été 2014 sur une parcelle appartenant à Amiens Métropole. Lors de cette opération, dirigée par Clément Paris, préhistorien, une exceptionnelle statuette féminine d'époque gravettienne (23 000 ans) a été mise au jour. 

Dernière modification
19 février 2016

Un campement de chasseurs paléolithiques

Situé à proximité de la confluence des vallées de la Selle et de la Somme, le site correspond à une concentration de vestiges remarquablement préservée. Le gisement est situé à 4 mètres de profondeur sous la surface du sol actuel, dans des limons éoliens qui permettent de restituer de manière détaillée l'histoire climatique de la fin de la dernière période glaciaire (entre 40000 et 10 000 ans).
L'abondance et la diversité des vestiges recueillis nous éclairent sur les activités pratiquées dans ce campement de chasseurs paléolithiques. De nombreux silex ont été découverts avec notamment des pointes de projectiles destinées à la chasse et de grandes lames transformées en outils (couteaux, grattoirs, etc...). La consommation de viande de cheval est attestée par de très nombreux restes osseux. Des éléments de parure ont également été récoltés dont des rondelles percées en craie très originales et apparemment spécifiques au gisement.
Grâce à la méthode du carbone 14, cet habitat a été daté de 23 000 ans avant le présent et peut être attribué à la phase finale de la culture gravettienne. Il s'agit d'un des rares témoignages de la présence de l'Homme de Cro-Magnon au début du Paléolithique supérieur dans le nord de la France. Cela confirme également encore une fois, cent cinquante ans après la naissance de la préhistoire et les travaux de Boucher de Perthes, tout l'intérêt de la vallée de la Somme pour la connaissance des premiers peuplements de l'Europe. 

La statuette féminine

La statuette, appelée plus communément « Vénus » par les préhistoriens, est en craie. Découverte fragmentée en 19 morceaux, elle pourrait avoir éclaté sous l'effet du gel ; seuls le haut du buste et la tête ont été retrouvés isolés, à quelques dizaines de centimètres. Après remontage, une grande partie de la figurine a été reconstituée, même si la partie inférieure droite manque encore à l'heure actuelle. Elle mesure une quinzaine de centimètres de haut et a été sculptée dans un seul bloc. Les caractères féminins sont très prononcés avec une poitrine opulente et des fesses exagérément projetées vers l'arrière. En revanche, la tête n'est représentée que par une simple sphère, sans détail anatomique, et les bras sont à peine esquissés.
La découverte de la « Vénus de Renancourt » est exceptionnelle. En France, la dernière statuette gravettienne trouvée en contexte stratigraphique a été mise au jour en 1959 à Tursac (Dordogne). Sur l'ensemble du territoire français, on ne dénombre qu'une quinzaine de statuettes de ce type, regroupées essentiellement dans le grand quart sud-ouest (Aquitaine, Pyrénées). Plus largement, ce type de représentation féminine est connu jusqu'en Sibérie pour la culture gravettienne. Une certaine unité stylistique se dégage de toutes ces Vénus, avec notamment des attributs sexuels féminins très prononcés et paradoxalement un traitement souvent simplifié des extrémités (tête et membres). Parmi les Vénus les plus connues de cette période, on peut citer la dame à la capuche de Brassempouy (Landes) ou encore la Vénus de Willendorf (Autriche). Dans l'état actuel de nos connaissances, la signification et la fonction des Vénus paléolithiques restent inconnues. Il est néanmoins fort probable que ces statuettes, loin d'une représentation réaliste, constituent davantage une expression symbolique de la femme et plus particulièrement de la fécondité.
Après une étude complète, la statuette sera déposée au Musée de Picardie à Amiens.

Une fouille programmée en multi-partenariat

Réalisée sur une parcelle appartenant à la communauté d'agglomération d'Amiens Métropole, la fouille a été menée sous le contrôle et grâce au soutien financier du Service régional de l'Archéologie (Drac de Picardie) ainsi que le soutien logistique du Service d'archéologie préventive d'Amiens-Métropole et de l'Inrap. Elle a été dirigée par des chercheurs locaux, aidés d'une équipe d'une quinzaine de chercheurs et d'étudiants français (Universités de Paris, Rennes, Bordeaux, Grenoble, Amiens et Lyon) ou étrangers (Universités de Leiden et de Gand). Une seconde campagne de fouille est d'ores et déjà prévue en 2015.

Ont participé à cette découverte : Clément Paris, responsable de la fouille, Paule Coudret, Jean-Pierre Fagnart, Alain Boucher, Pierre Antoine, Olivier Moine, Sylvie Coutard, collaborateurs scientifiques.
Contact(s) :

Elisabeth Justome
chargée du développement culturel et de la communication
Inrap, direction interrégionale Nord-Picardie
02 23 36 00 64 / 06 45 99 16 03
elisabeth.justome [at] inrap.fr