130 tombes de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge, et l’abside d’une église paléochrétienne datant du Ve siècle ont été mises au jour à Nîmes (Gard).

Dernière modification
29 août 2016

Une fouille archéologique préventive a révélé 130 tombes dont les datations s’échelonnent entre la fin de l’Antiquité et le haut Moyen Âge, ainsi que l’abside d’une église paléochrétienne datant du Ve siècle, la plus ancienne église découverte à Nîmes (Gard).
C’est entre le 30 décembre 2015 et le 22 avril 2016 que les archéologues de l’Inrap ont mis au jour cet ensemble dans le cadre d’une fouille préventive réalisée en amont de la construction d’une maison individuelle au nord du quartier des Amoureux.

Une église paléochrétienne

Au sein d’une parcelle de 330 m², les archéologues ont découvert une partie des  imposantes fondations d’une église, en particulier une abside semi-circulaire. L’édifice a été bâti avec des remplois antiques monumentaux provenant sans doute d’anciens mausolées situés non loin. La datation de l’église peut être estimée du tout début du Ve siècle au regard des mobiliers céramiques recueillis, ce qui en fait le plus ancien édifice de culte chrétien découvert à Nîmes.
L’intérieur de l’abside accueille de nombreuses sépultures : l’une d’elle se distingue par un coffre construit avec de grandes dalles antiques. Il s’agit manifestement d’une tombe privilégiée, probablement celle d’un défunt au statut important. De nombreux sarcophages en pierre et des inhumations d’enfants déposés dans des coffrages de tuile ou dans des amphores sont également présents à l’intérieur de l’édifice.

D’une aire funéraire antique à un cimetière chrétien

Sur cette parcelle, située vraisemblablement au sud d’une voie utilisée dès l’Antiquité, se développe aussi un cimetière, dont l’extension, dépassant les limites de la fouille, n’a pu être reconnue. Néanmoins, les archéologues ont mis en évidence une densité élevée d’inhumations, illustrée par l’apport et le recoupement de multiples dépôts funéraires successifs, et qui se développe par endroit sur 2 mètres de profondeur.
Huit sarcophages en plomb constituent l’ensemble le plus ancien de la nécropole, autour du IIIe siècle. Cette série particulièrement importante pour ce type de structure témoigne d’un mode d’inhumation privilégié. S’y ajoutent quelques autres tombes contemporaines, en particulier la sépulture à coffrage mixte de pierre et bois d’une jeune fille, accompagnée de bijoux et divers objets.
À partir de la fin du IVe et du Ve siècle, les sépultures sont majoritairement orientées à l’ouest et s’organisent au plus près de l’église, alors bâtie. Les tombes sont construites à l’aide de différents matériaux comme la pierre, la tuile ou le bois. Des contenants en bois -cercueils- recevant les défunts y sont déposés. Elles peuvent également dans quelques rares cas se présenter sous la forme d’un creusement opéré directement dans le substrat et dessinant la forme du corps, en particulier l’emplacement de la tête. Les objets accompagnant ces premières sépultures chrétiennes sont rares : il s’agit le plus souvent de balsamaires en céramique produits en Tunisie, destinés à contenir des huiles parfumées. Huit ont été découverts sur le site. Les tombes bâties en pierre utilisent des remplois antiques variés : stèles, inscriptions, orthostates et dalles, marches, caissons de plafond, tuiles en terre cuite ou en pierre, colonnes, moulures, placage de marbre… Ces nombreux emprunts témoignent de la proximité d’un secteur de nécropole du Haut-Empire où les mausolées romains, en ruine, ont été démontés pour constituer les tombes paléochrétiennes. Il est possible que la réutilisation de ces matériaux ait eu une forte valeur symbolique.

C’est donc quelques décennies après l’installation du premier évêque de Nîmes connu par les textes qu’a été construite l’église qui vient d’être découverte. Elle se situe en périphérie de la ville dans un quartier où les nombreuses découvertes anciennes, permettent de penser qu’il était dédié depuis l’Antiquité à une vaste aire funéraire le long d’un axe contournant la ville. Les archéologues ignorent encore à qui était dédiée cette église, si elle était construite autour de la tombe d’une personne au statut particulier. Ils ignorent aussi si l’église mentionnée dans les textes à partir du Xe siècle sous le vocable de Sainte Perpétue correspond à celle mise au jour cet hiver, ou s’il s’agit d’un édifice plus ancien.
La vocation funéraire des lieux, observée sur plusieurs siècles, témoigne également de la transition entre la période antique et le haut Moyen Âge, certaines pratiques évoluant au cours des siècles, comme l’enracinement du christianisme à partir des IVe-Ve siècles.
Dans les mois à venir, l’étude de l’ensemble des données recueillies lors de la fouille permettra de mieux comprendre l’importance de cette église dans la topographie nîmoise de la fin de l’Antiquité, d’analyser les architectures funéraires, les gestes et les pratiques, et de connaître la population inhumée au sein de ce cimetière.

Aménagement  Privé
Contrôle scientifique  DRAC Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées - Service régional de l’archéologie
Recherche archéologique  Inrap
Responsable scientifique  Marie Rochette, Inrap