Dans le cadre du projet du nouveau lanceur européen Ariane 6 basé à Kourou en Guyane, une fouille archéologique a révélé des traces d'occupations  précolombienne et coloniale.

Chronique de site
Dernière modification
29 juillet 2016

Dans le cadre du projet du nouveau lanceur européen Ariane 6 basé à Kourou en Guyane française, la construction du pas de tir dans l’enceinte du Centre spatial guyanais a généré plusieurs campagnes exploratoires de sondages mécaniques en amont de l’exploitation des carrières de sable. Le diagnostic de la carrière Luna-S2, réalisé en 2015 sur l’ensemble du périmètre d’exploitation prévu (13,6 ha), avait mis au jour plusieurs occupations humaines anciennes réparties en deux secteurs restreints – Luna 1 et 2. Une fouille archéologique d’une surface de 2435 m² (soit environ 1,8 % de l’emprise de la carrière) a été prescrite sur le premier secteur. Elle s’est déroulée du 14 mars au 9 juin 2016. Le site est localisé sur une barre prélittorale sableuse de 8 à 12 m d’altitude émergeant des savanes hydromorphes, en arrière de la frange côtière contenue entre les fleuves Kourou et Sinnamary.

Sur le site Luna 1, trois niveaux d'occupations, précolombien et colonial, ont été mis au jour par les archéologues de l'Inrap. Ce site documente de façon inédite les premiers contacts entre population amérindiennne et colons en Guyane française.

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Inrap - Kloro Films - 2016

Site inédit de premiers contacts (XVIIe-XVIIIe siècles)

Présent à 40 cm sous la surface actuelle, le premier niveau est un habitat amérindien de plein air principalement matérialisé par de larges épandages de fragments de céramiques dont des poteries écrasées en place, et par deux sépultures en pleine terre. Le mobilier archéologique comprend aussi des lames de couteaux, des haches en fer, des balles de mousquet, une monnaie en cuivre datée de 1628 (double tournois Louis XIII), ainsi que plus de 5000 perles de verre trouvées dans l’une des sépultures. Cet ensemble daté entre 1630 et 1750 environ témoigne du début de la traite en Guyane française entre les Amérindiens et les premiers colons européens, dont les premiers contacts n’étaient pas encore documentés par l’archéologie dans cette région.

Niveaux précolombiens récents

Un voire deux niveaux d’occupations précolombiennes ont été mis au jour sous le niveau précédent dès 80 cm de profondeur. Le premier se caractérise par une dispersion horizontale de petites pièces en quartz hyalin (éclats, nucléus, percuteurs…, qui correspondent à du débitage), associés à quelques éléments céramiques très altérés. L’autre niveau sous-jacent, repéré à certains endroits du site par la présence de fragments de céramique disposés plus ou moins à plat, évoque la possibilité d’une ou plusieurs occupations saisonnières diachroniques sur ce même site dont l’échelle chronologique reste pour l’instant à déterminer.

Niveau précolombien ancien (Mésoindien ou Néoindien)

Le dernier niveau précolombien mis au jour à 1,65 m de profondeur sous la surface se manifeste par une forte densité d’amas de blocs et/ou galets de quartz assez altérés, de formes et de tailles variées. Ces aménagements anthropiques peuvent être comparés à des structures de chauffe de type foyer autour desquelles de très nombreux outils en pierre (meules, molettes, éclats…) ont été découverts. Dans l’attente des résultats des analyses en cours, ce niveau d’occupation ancien est daté provisoirement entre le Mésoindien récent ou le Néoindien ancien (entre -4000 et 0 de notre ère environ).

Aménageur : Centre national d'études spatiales - Centre spatial guyanais
Contrôle scientifique : Service de l'Archéologie, Dac Guyane
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Sandrine Delpech, Inrap