L'Inrap a mené une fouille, en avril et mai 2014, sur le site de Kervouric à Lannion, préalablement à l'aménagement d'un lotissement par la ville. L'équipe d'archéologues, intervenant sur prescription de l'État sur une zone de près d'un hectare, a mis en évidence un habitat daté du Néolithique ancien, vers 4800 ans avant notre ère.

Dernière modification
19 février 2016

Cette période de la fin de la Préhistoire correspond à une véritable rupture dans l'histoire de l'humanité, à tel point que l'on parle de « révolution néolithique ». Chasseurs-cueilleurs depuis toujours, les hommes adoptent désormais un mode de vie basé sur l'agriculture et l'élevage. Ces nouveaux modes de subsistance entraînent la sédentarisation des populations et la construction de maisons, parfois regroupées en hameau ou en village. 

Les premières communautés agricoles

Les vestiges mis au jour sont les plans de trois grandes maisons parallèles, implantées sur un replat dominant la vallée du Léguer. Ces habitations sont caractéristiques des premières communautés agricoles, avec une architecture très comparable à celle d'habitats contemporains connus dans tout le nord de la France. La « normalisation » des bâtiments indique l'existence de traits communs dans un large espace géographique, auquel la Bretagne occidentale peut désormais être incluse. Les maisons de Kervouric ont un plan trapézoïdal d'une trentaine de mètres de long, orienté est-ouest, et rythmé par des séries de trois poteaux supportant une charpente en bois. Les murs étaient en clayonnage et en torchis, et la toiture pouvait exploiter différents matériaux végétaux (chaume, bois...). De part et d'autre de chaque habitation, de grandes fosses ont été creusées pour extraire le limon nécessaire à l'édification des murs, avant d'être transformées en dépotoirs domestiques. À proximité, plusieurs puisards assuraient un approvisionnement régulier en eau.

Une culture commune au nord de la France

Les fosses bordant les maisons livrent différents objets de la vie quotidienne de ces premiers agriculteurs : céramiques, outils et déchets de taille du silex, haches polies, parures... Ce mobilier témoigne des traditions techniques et culturelles des populations. Certains objets, tels que les bracelets en schiste, permettent de rattacher l'occupation de Lannion à la grande aire culturelle du Bliquy-Villeneuve-Saint-Germain (BVSG), qui s'étend de la Belgique à la péninsule bretonne.

Le débitage en silex trahit des contacts et des échanges réguliers sur une vaste zone géographique. Si les galets de silex côtier local ont ponctuellement été utilisés, les Néolithiques de Kervouric ont aussi importé des matériaux et des lames de bien meilleure qualité depuis la Normandie et la région Centre. Tout comme l'architecture des maisons, le mobilier  archéologique témoigne de normes techniques communes à tous les premiers Néolithiques du nord de la France.

La néolithisation de la Bretagne

Les bâtiments de Lannion sont les plus occidentaux connus à ce jour pour le Néolithique ancien. Bien conservés, ils sont les premiers reconnus à l'ouest du bassin rennais, et constituent à ce titre une découverte importante pour les recherches sur le début du Néolithique en Bretagne. Leur position géographique est intéressante car elle marque l'extrémité du courant de néolithisation dite « danubienne » (issue du bassin du Danube) qui traverse le nord de l'Europe selon un axe est-ouest.

Dans la continuité des travaux de terrain, un certain nombre d'études vont être réalisées : interprétation architecturale des bâtiments, datations radiométriques, études typologique et fonctionnelle du mobilier, analyses paléoenvironnementales... L'ensemble des données permettra de caractériser le quotidien et l'environnement de ces premiers agriculteurs armoricains. À plus large échelle, l'analyse portera sur les interactions, filiations ou continuités culturelles avec la néolithisation des régions voisines.