Située à la confluence de la Seine et de l’Eure, la fouille menée à Alizay et Igoville (Eure), a révélé des empreintes de pas animales et humaines millénaires.

Chronique de site
Dernière modification
09 octobre 2017

Depuis avril 2017, une équipe de l’Inrap mène, sur prescription de l’État (Drac Normandie), une fouille à Alizay et Igoville (Eure), sur la carrière exploitée par Cemex Granulats et Lafarge Granulats France. Située à la confluence de la Seine et de l’Eure, cette zone humide était parcourue de chenaux autour desquels se sont installés des groupes humains durant la Préhistoire et la Protohistoire. Dans cette zone régulièrement inondée, les sédiments apportés par les crues de la Seine ont permis la conservation de vestiges aussi fugaces que des empreintes de pas animales et humaines.

À la fin du IIIe millénaire, une gestion rationalisée des bords de Seine

La fouille de 8 hectares est d’une ampleur exceptionnelle.  Les archéologues y ont mis en évidence diverses occupations humaines dont les datations s’étagent du Néolithique ancien (début du Ve millénaire) au tout début du premier âge du Fer (vers 800 avant notre ère).
C’est la période comprise entre la fin du Néolithique et les premiers temps de l’âge du Bronze qui livre les résultats les plus inattendus. Autour de 2100-1900 avant notre ère, un habitat vient s’implanter sur une légère éminence encadrée par des paléo-chenaux. Ces derniers sont aménagés : palissades, « quais », ponts, passages à gué... L’habitat comporte un à deux bâtiments autour desquels gravitent de nombreuses structures de combustion, des aires de débitage de silex et de traitement des céréales. Au-delà de la zone habitée, la vallée est utilisée pour le pacage des animaux. Les espaces de stabulation ou de circulation des bêtes sont identifiables par des concentrations chimiques caractéristiques dans le sol (phosphates).
La façon dont les espaces sont occupés et utilisés par l’Homme peut être appréhendée en confrontant les indices archéologiques sur le site : vestiges, pollens, restes entomologiques, géochimie des sols… L’étude des occupations humaines et du paléo-environnement sur le site d’Alizay renvoie à des problématiques très actuelles de gestion des ressources.

Aléas climatiques, mouvements migratoires et conflits de populations

Cet habitat va être le théâtre de différents événements catastrophiques à la fin du IIe millénaire avant notre ère, une époque marquée par une courte dégradation climatique. Un très grands nombre d’empreintes animales et humaines a été découvert, fossilisé sous une fine couche de sable fluviatile. Ces traces témoignent du passage rapide d'animaux (cochons ou sangliers, bovidés, ...) accompagnés d’hommes et de chiens.
Les archéologues retiennent pour l’instant l’hypothèse d’une brusque remontée des eaux de la Seine obligeant les hommes du Bronze ancien à faire remonter leurs bétails vers les points plus hauts de la vallée. Ce retrait devant la montée des eaux se serait de plus effectué dans la précipitation, comme en témoigne les balles de fronde encore en cours de façonnage, perdues dans le piétinement.
Ces munitions, très standardisées et en forme d’olive, renvoient à d’autres, découvertes lors des fouilles effectuées en 2011 : deux passages à gué, situé plus à l’ouest, avaient alors livré plusieurs centaines de balles de fronde témoignant de conflits, hypothèse confirmée par la mise au jour dans les mêmes horizons archéologiques de nombreux restes humains. Après ces épisodes dont la chronologie fine échappe encore aux archéologues, cette portion de vallée de Seine est abandonnée pendant près d’un millénaire, jusqu’à l’implantation d’un nouvel habitat entre 900 et 800 avant notre ère.
 

Aménagement Cemex Granulats, en lien avec Lafarge Granulats France
Contrôle scientifique Service régional de l’Archéologie, Drac Normandie
Recherche archéologique Inrap
Responsable scientifique Cyril Marcigny, Inrap