A Hérouville, Val-d'Oise, suite à un diagnostic réalisé précédemment, le SRA a prescrit la fouille de la croisée du transept, autour de ses quatre piles (169 m2 de superficie).

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

L'ampleur des découvertes a entraîné la prolongation d'un mois et demi de la fouille, initialement prévue pour une durée de trois semaines avec trois archéologues. Certaines études ne sont encore pas achevées (vitraux, 14C, anthropologie). Seules les grandes lignes des recherches sont dégagées ici.

La fouille a permis de découvrir un grand nombre de sépultures. En tout, 100 individus inhumés ont été étudiés (les ossements hors contexte sépulcral stricto sensu seront étudiés ultérieurement). Sept grandes phases chronologiques ont été distinguées. Le vestige le plus ancien est un mur recouvert d'enduit peint ; il peut être antique. Un lot intéressant de mobilier protohistorique (dont une monnaie des Senones) et antique a été mis au jour. Même s'il n'est pas possible d'identifier la nature du site pour ces époques (recoupements stratigraphiques postérieurs), une occupation est ainsi mise en évidence. Elle n'était pas connue dans ce secteur. Aucune trace d'activité n'est imputable à la fin de l'Antiquité. Avec l'implantation d'un cimetière assez dense (40 individus), le site reprend apparemment de l'importance à la période carolingienne (datation 14C en cours, mais présence de mobilier céramique de l'époque). L'existence d'un premier édifice religieux n'est pas exclue.

La dédicace de l'église à saint Clair permet de proposer une hypothèse intéressante sur l'origine de l'agglomération et de la paroisse d'Hérouville (dans les textes, cette « terre » d'Hérouville n'est mentionnée qu'au XIe s.). L'une des légendes qui accompagne ce saint est celle-ci : cet ermite vivait en Normandie près de Caen, à Hérouville-Saint-Clair au IXe s. Il dut en partir pour échapper aux avances d'une aristocrate. Celle-ci l'aurait fait poursuivre, obligeant le saint homme à changer de refuges fréquemment. Les sbires de la dame auraient finalement rejoint l'ermite à Saint-Clair-sur-Epte, où ils l'auraient décapité en 884. Quels que soient la réputation et l'itinéraire d'alors de ce martyr, beaucoup de paroisses, de lieux-dits, de fontaines entre la Normandie et le Val-d'Oise ont aujourd'hui encore le nom de cet ermite ou sont appelés Hérouville, Hérouvillette... Ce saint ne laisse donc pas ses contemporains et les générations postérieures indifférents. Cet engouement est assez rapide car ce sont sur les reliques de saint Clair à Saint-Clair-sur-Epte que le chef viking Rollon jure allégeance au roi de France, Charles le Simple, contre les terres de Normandie en 911. Que le passage de saint Clair à Hérouville soit mythique ou non, il est fort tentant de faire remonter l'origine de la paroisse à la fin du IXe s., ou au moins aux périodes immédiatement postérieures (Xe s.) lorsque la ferveur pour ce saint était grande. Une agglomération un peu récente, en expansion, en quête de prestige aurait naturellement cherché un saint patron apprécié dans cette région.

Au XIIe s. (14C en cours), un édifice roman cruciforme est solidement implanté sur de larges fondations maçonnées. Il est clairement postérieur au cimetière défini plus haut. Quatre piles cruciformes (conservées en partie en élévation) sont élevées à la croisée du transept. La mise en oeuvre est soignée (qualité des blocs lapidaires, sculpture, enduits peints). Le choeur architectural est surélevé par rapport à la nef (distinction du choeur liturgique). Les inhumations dès ce moment et pour tout le Moyen Âge classique sont peu nombreuses dans cette église paroissiale. La fin du Moyen Âge voit de grands réaménagements de l'édifice, lisibles dans l'espace fouillé (reprise du clocher, nouveaux cloisonnements entre le choeur, le transept et les col-latéraux, nouveaux sols de terre bat-tue). Un caveau maçonné est implanté dans la première travée du choeur. Sa fouille a révélé les restes de huit individus, sans doute issus d'une même famille (bonne représentation des femmes, contrairement au reste du recrutement dans cette église). Le nombre des sépultures se multiplie à nouveau dans l'église à l'époque moderne. Le clocher est une nouvelle fois modifié (remaniement des piles) et un sol de plâtre bien plan est installé dans toute la zone fouillée. L'emplacement de certaines tombes est délimité dans ce sol par des bordures en blocs calcaires. La fin de la période moderne voit l'installation des sols actuels, un peu plus hauts.

De nombreux éléments lapidaires remarquables ont été retrouvés en réemploi dans les différentes phases. Ils permettent notamment de proposer la restitution de la baie centrale romane du chevet, qui a été remplacée par une fenêtre d'aspect gothique.