Une opération de diagnostic archéologique à Arles, Bouches-du-Rhône.

Dernière modification
10 mai 2016

Préalablement aux travaux de réhabilitation de l'enclos Saint-Césaire, localisé dans l'angle sud-est de la cité antique d'Arles, l'opération réalisée par l'Inrap, en collaboration avec le CNRS, a permis de mettre au jour les vestiges du chevet d'une église paléochrétienne de grande dimension.

La cathédrale paléochrétienne d'Arles

Situés sous les cathédrales actuelles et leurs environnements, les groupes épiscopaux font rarement l'objet de fouilles préventives.
Après la promulgation de l'édit de tolérance de Constantin, en 312, le christianisme gagne la Gaule et c'est à Arles qu'est réuni un premier concile en 314. Des premières installations épiscopales, on savait peu, sinon que leur abandon datait du début du Ve siècle, au profit de la cathédrale Saint-Trophime au centre de la ville, et que l'évêque saint Césaire avait fondé un couvent de femmes, vers 512, dans des locaux inoccupés près du vieux baptistère.

La partie de l'édifice se caractérise par une grande abside. Elle est constituée d'un parement extérieur polygonal à sept pans et d'un parement intérieur curviligne formant un hémicycle de19,80 m de long et d'une profondeur est-ouest de 10,50 m.
Cette structure est liée à deux murs latéraux constituant la limite orientale de la nef, de 36,25 m de large et 1,80 m de hauteur. Deux portes, symétriquement disposées au nord et au sud des extrémités occidentales de l'abside, permettaient l'accès au chevet de l'église par des escaliers en partie extérieurs et en partie installés dans l'embrasure.
Une abside intérieure de plan semi-circulaire, de 4,75 m de rayon intérieur, correspondant à un choeur liturgique où la célébration est représentée dans un décor recherché. Elle est délimitée à l'ouest par un mur de podium revêtu d'une plinthe de marbre. Le sol de l'abside secondaire est constitué par un pavement de dalles de marbre blanc et gris, organisé autour d'un élément central qui devait être l'autel. L'espace compris entre les deux absides forme un couloir semi-circulaire de 3,20 m de large, dont le sol est constitué d'une mosaïque au sud-est et d'un dallage à son extrémité nord. Le style du décor observé renvoie à une datation tardive (Ve-VIe siècle). Cet aménagement du choeur pourrait correspondre à une transformation architecturale du choeur originel. L'abside principale est insérée entre deux bâtiments très partiellement repérés.

Ce chevet d'église paléochrétienne monumentale est d'une grande qualité architecturale. Des bâtiments annexes renvoient à l'église principale et aux différents locaux qui composaient le groupe cathédral avant le déplacement vers le site de Saint-Étienne-Saint-Trophisme, au début du Ve siècle. D'après les indices de datation fournis par la céramique, l'église aurait subsisté dans l'enceinte monastique jusqu'au VIIe siècle. Les observations n'ont cependant révélé que le dernier état de construction dont la chronologie reste à établir.
Le site recèle un grand potentiel archéologique à la mesure de son histoire. Il occupe une position particulière dans le patrimoine arlésien : la cathédrale paléochrétienne, représentant le monde des vivants dans le cadre de leur célébration de l'Eucharistie, complète la riche collection de sarcophages représentant le monde des morts, dans leur espérance de résurrection. C'est un lieu de mémoire de l'histoire religieuse qui fut fréquenté par de nombreux théologiens réputés ainsi qu'un exemple rare et particulièrement bien conservé de l'architecte religieuse, jalon essentiel pour l'histoire de l'architecture. Dès leur découverte, les vestiges paléochrétiens ont fait l'objet d'une instance de classement au titre des Monuments historiques et le projet architectural a été modifié afin d'intégrer les vestiges.