Base de données partagée pour renouveler notre connaissance sur les établissements agricoles du second âge du Fer : http://agedufer.inrap.fr/

Mis à jour le
02 décembre 2016

En 2005, la direction scientifique et technique de l’Inrap lançait un appel à projet visant à favoriser la constitution de bases de données archéologiques accessibles aux chercheurs. Parmi les propositions soumises à l’avis du conseil scientifique de l’établissement, celle portée par l’équipe réunie autour de François Malrain, Geertrui Blancquaert et Thierry Lorho a immédiatement suscité l’approbation et le soutien de l’Inrap, de par son intérêt scientifique et la portée du projet. Les premiers résultats furent présentés avec succès au 31e colloque de l'Association Française pour l'étude de l'Age du Fer (AFEAF), en 2007. Une présentation analytique, à l’échelle d’une grande moitié nord de la France, sur les rythmes de création et d’abandon des établissements ruraux du second âge du Fer à également pu être publiée en 2013 dans le cadre de la collection Recherches archéologiques.

Contexte et objectifs du projet

Dès son lancement en 2006, cette enquête nationale nourrissait une double ambition : répondre à un appel à projet émanant de la direction scientifique et technique de l’Inrap ; faciliter l’étude du thème spécialisé du colloque de l’AFEAF prévu en 2007.

S'inscrivant dans l'ancien axe de recherche de l'institut intitulé Organisation des territoires ruraux à la fin du premier et second âge du Fer (programmation 2006), le projet s'est concrétisé par la création d’une base de données. L'objectif était de mettre en commun et d'étudier une documentation considérable portant sur le monde rural au 2nd âge du Fer. Le colloque AFEAF de Chauvigny ayant pour thème Habitats et paysages ruraux en Gaule IVe s. - Ier s. av. J.-C. et regards sur d'autres régions du monde celtique a été l’occasion de tester l’efficacité de l’outil en vue de sa validation et de dégager de nouvelles pistes à explorer.

L'objectif premier réside en un recensement homogène des établissements ruraux entre la période du Hallstatt D3 et le gallo-romain précoce, soit entre 550 avant J.-C. et 10 apr. J.-C. Afin de ne pas fausser les réalités, les enregistrements incluent les phases plus anciennes du premier âge du Fer lorsque celles-ci ont été attestées. Pour gagner en efficacité, seuls les sites explorés sur une surface suffisamment importante pour reconnaître leur fonctionnement (fouille ou diagnostic extensif) sont inventoriés.

Organisation générale de la base de données

Les fiches d’enregistrement qui décrivent les sites s’organisent en deux volets :

  1. Généralités sur les entités archéologiques : identification, références géo-administratives, environnement, datation, mobilier (matériaux et activités représentées), informations relatives à l’opération (auteur de la fouille, analyses réalisées, bibliographie).
  2. Description des éléments constitutifs du site : enclos d'habitat, enclos périphérique, site ouvert, aménagements (maison, grenier…) et, le cas échéant, nécropole associée. Ce volet peut être multiplié autant de fois qu’il existe d’étapes chronologiques ("phases") dans la longévité du site. L’association d’un plan, par phase, en facilite la compréhension.

L’information disponible pour une occupation est ainsi codifiée par plus d’une centaine de champs qui doivent être convenablement renseignés.

Pour inventorier des centaines de sites répartis sur le territoire national, il a fallu procéder à un découpage arbitraire du territoire métropolitain en grandes régions. Pour chacune d’elles, une équipe coordonnée par un référent a collecté l’information en dépouillant les rapports de fouille conservés dans les services régionaux de l’archéologie (SRA), les directions interrégionales de l’Inrap et le catalogue Dolia. Grâce à ce réseau national composé de chercheurs de diverses institutions attachées à l'archéologie, près de 700 sites et près de 1 000  phases d'occupations ont déjà été saisis.

Simultanément, les spécialistes qui ont œuvré sur ces gisements (archéozoologues, carpologues, palynologues...) ont réalisé un inventaire de leurs études avec des grilles propres à leurs recherches. Le lien entre ces différentes sources est réalisable à partir de champs d’identification communs à chacun des inventaires, comme le numéro de site.

Fonctionnalités avancées : requêtes croisées, analyses spatiales

Les requêtes simples ou croisées, proposées par l'outil, constituent un premier niveau d’exploitation nécessaire aux assises d’une recherche. Cette recherche peut se faire via un formulaire de recherche avancé ou une recherche cartographique.

Les données de la base peuvent également être exportées et intégrées dans un système d’information géographique (SIG) externe. Pour l'ensemble des sites sont en effet systématiquement renseignées les coordonnées géographiques X et Y du site ou, par défaut, le centroïde de la commune (précision du degré de fiabilité des coordonnées).

Ce système permet aussi de procéder à des requêtes croisées mêlant les données archéologiques avec des couches environnementales (géomorphologie, hydrographie, géologie, etc.). Le calcul des distances inter-sites, leur proximité avec un cours d’eau, leur co-visibilité, en bref, tout ce qui procède de l’analyse spatiale est alors possible. Le SIG s’apparente dans ce cas à une base de données géographique (Malrain et al., 2010).

L’objectif est de déboucher sur une meilleure définition des sites, de leur fonction, de leurs relations, ainsi que de l’espace dans lequel ils s’inscrivent.

Exploitation des données

La saisie homogène des informations autorise la réalisation de requêtes variées et dénuées d’a priori scientifique. Cela permet l’émergence de pistes de recherches non contraintes par des déterminismes préalablement posés, comme cela est encore trop souvent le cas en archéologie. Par ailleurs, le champ d'investigation ouvert par la constitution de ce corpus de données est vaste. La première phase d’exploitation de ces données s’est révélée positive, comme l’attestent les contributions parues dans le XXXIIe colloque de l’AFEAF (Bertrand et al., 2009).

Les fonctionnalités avancées de la base de données (croisement des données de fouilles avec les résultats des analyses environnementales dont les sites ont fait l’objet, analyses spatiale et statistique) ont favorisé la mise en place de différents projets. C'est derniers sont à la fois pluridisciplinaires (archéologie, palynologie, carpologie...) et inter-institutionnels (Inrap, CNRS, Ministère de la Culture et de la Communication, universités). Ces collaborations ont débouché sur la rédaction de travaux de synthèses traitant de la gestion d’un territoire, tout au long du second âge du Fer, en lien avec les moyens de production et l’environnement. La mise en parallèle des résultats archéologiques, bioarchéologiques (carpologie, palynologie) et climatiques permet aujourd'hui de mieux appréhender toutes les interactions (Blancquaert et al., 2012).

La mise en ligne de la base de donnée a facilité l’exploitation d'une importante masse documentaire par la communauté des archéologues en France, et plus largement, en Europe (présentations dans la cadre de colloques à l'étranger). On compte déjà plusieurs travaux universitaires réalisés à partir des données de l'enquête nationale (5 thèses et 7 masters) ainsi que de nombreuses publications scientifiques (41 dont 1 ouvrage et 4 articles dans des revues étrangères). La base jouit aujourd'hui d'une bonne renommée et de plus en plus de chercheurs et d'étudiants demandent à y avoir accès en tant que contributeurs ou simples utilisateurs.

À noter que l'utilisation de cet outil, par ailleurs perfectible, doit toujours s'accompagner d'un regard critique. Car, outre une information tronquée par des phénomènes d'érosion et de conservation différentielle des vestiges, des stratégies de fouille et d'étude sont autant de biais à prendre en considération lors de l'exploitation des données de la base.

Exemple de thème de recherche abordé

En 2008, un thème de recherche particulier, choisi parmi diverses pistes, a été mis à l'étude. Il s'agissait d'étudier les rythmes de création et d'abandon des établissements ruraux, tels qu'initié par Pierre Nouvel lors de la manifestation scientifique de Chauvigny (Nouvel et al., 2009).

La moitié nord de la France a été sélectionnée en raison de sa documentation plus fournie. L’un des buts était de quantifier la densité des sites par étape chronologique tout au long du second âge du Fer. Les résultats attendus portaient sur la stabilité, la progression ou la diminution du nombre d’occupations. Il s’agissait de mettre en évidence des ruptures ou des continuités : données qui déterminent le mode de gestion du territoire et permettent d’aborder la démographie. La comparaison de régions variées et de contextes topographiques hétérogènes devaient conduire à la mise en évidence des similitudes et des divergences des rythmes à différentes échelles spatiales : micro-aires, départements, régions, interrégions, France septentrionale.

Dans la mesure où les régions administratives actuelles ne correspondent pas à des entités de la Protohistoire, l’exercice a également été conduit à partir d'un découpage territorial artificiel sous la forme d’une grille de 50 km2 de manière à s’affranchir du cloisonnement administratif.

Cet exercice a permis de mettre en perspective les résultats avec le contexte historique et culturel en fonction des grandes thématiques européennes de l'âge du Fer. Une première ébauche a pu être esquissée lors de la table ronde tenue les 7 et 8 octobre 2009 à Rennes. Ce thème c'est conclu en 2013 avec la publication de  L'habitat rural du second âge du Fer. Rythmes de création et d'abandon au nord de la Loire dans la collection Recherches archéologiques (Malrain et al., 2013).

Perspectives pour 2016

Opérant dans un domaine de sciences humaines, nos connaissances sont perpétuellement enrichies et modifiées. De fait, il est primordial d’inscrire le projet, et en l’occurrence l’outil de recherche qu’il a produit, dans la durée. Avec la direction scientifique et technique et la direction des systèmes d’information de l’Inrap ainsi qu’avec le conseil d’administration de l’AFEAF, nous mettons tout en œuvre pour élargir le cercle des utilisateurs de cet outil en ligne.

Références

Bibliographie citée

MALRAIN (F.) dir., BLANCQUAERT (G.) dir., LORHO (T.) dir. — L'habitat rural du second âge du Fer. Rythmes de création et d'abandon au nord de la Loire. Paris : CNRS Éditions, Inrap, 2013, 264 p. (Recherches archéologiques)

MALRAIN (F.), BLANCQUAERT (G.), LORHO (T.), MÉNIEL (P.), MATTERNE (V.), LEROYER (Ch.). — Un outil pour le renouveau des études sur le monde rural de l’âge du Fer en France. La base de données associée à un SIG. Archéopages 27, Paris : Inrap, 2009. 2010, p. 68-77.

BERTRAND (I.) dir., DUVAL (A.) dir., GOMEZ DE SOTO (J.) dir., MAGUER (P.) dir. — Les Gaulois entre Loire et Dordogne. Habitats et paysages ruraux en Gaule et regards sur d'autres régions du monde celtique : actes du 31e colloque international de l’AFEAF, 17-20 mai 2007, Chauvigny (Vienne). Chauvigny : Association des publications chauvinoises, 2009, 541 p. (Mémoires XXXIV et XXXV).

BLANCQUAERT (G.), LEROYER (Ch.), LORHO (T.), MALRAIN (F.), ZECH-MATTERNE (V.). — Rythmes de créations et d’abandons des établissements ruraux du second âge du Fer et interactions environnementales. In : BERTONCELLO (F.) éd., BRAEMER (F.) éd. — Variabilités environnementales, mutations sociales. Nature, intensités, échelles et temporalités des changements : actes des XXXIIe rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes. Antibes : Éditions APDCA, 2012, p. 233-245.

NOUVEL (P.), BARRAL (Ph.), DEFFRESSIGNE (S.), RIQUIER (V.), SÉGUIER (J.-M.), TIKONOFF (N.), ZEHNER (M.), ACHARD-COROMPT (N.) collab., BARTHÉLÉMY (D.) collab., DROUET (C.) collab., MOREAU (C.) collab., RAMPONI (C.) collab., VIDEAU (G.) collab. — Rythmes de création, fonctionnement et abandon des établissements ruraux de la fin de l’âge du Fer dans l’Est de la France. In : BERTRAND (I.) dir., DUVAL (A.) dir., GOMEZ DE SOTO (J.) dir., MAGUER (P.) dir. — Les Gaulois entre Loire et Dordogne. Habitats et paysages ruraux en Gaule et regards sur d'autres régions du monde celtique : actes du 31e colloque international de l’AFEAF, 17-20 mai 2007, Chauvigny (Vienne). Chauvigny : Association des publications chauvinoises, 2009, p. 109-151. (Mémoires XXXIV et XXXV).

Bibliographie sur le thème

Publications, travaux et présentations issus de l'enquête

​François Malrain
Inrap Nord-Picardie
UMR 7041 « Archéologies et sciences de l’Antiquité »
francois.malrain [at] inrap.fr

Thierry Lorho
​MCC - DRAC-SRA Bretagne
UMR 6566 « Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire »
thierry.lorho [at] culture.gouv.fr

Geertrui Blancquaert
​MCC - DRAC-SRA Grand Est
Pôle patrimoines
geertrui.blancquaert [at] culture.gouv.fr

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recherche [at] inrap.fr