A Cossé-le-Vivien, Mayenne, cette opération fait suite à une première phase de sondages réalisée au début de l'année 2004 par N. Pétorin/Inrap.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

Le rétablissement des routes et les élargissements de la nationale ont été diagnostiqués, le giratoire ayant déjà été sondé. Cependant, deux parcelles impraticables lors de cette première phase ont également été rouvertes.
L'intérêt de cette opération résidait d'abord dans la proximité des thermes antiques d'Entrammes découverts au milieu des années 1980. Ce monument transformé en église dès la période mérovingienne est situé au milieu du bourg à 400 m à l'est du projet. Depuis cette découverte, on cherche en vain l'agglomération antique associée. À l'ouest de l'échangeur, le rétablissement d'une voirie (RD 103) allait toucher une partie de l'oppidum du Port dont les limites se situent seulement à 500 m.

Entrammes
Entrammes
Vue depuis le sud du sondage principal. On distingue au premier plan le bâtiment maçonné antique et à l'arrière-plan un solin de pierres sèches qui n'a pu être daté.
Cl. A. Valais/Inrap.

Cette enceinte de La Tène finale occupe 55 ha situés à la confluence de la Mayenne et de la Jouanne. Elle était défendue par un rempart dont il subsiste quelques tronçons. L'oppidum contrôlait deux gués, le premier sur la Jouanne et le second sur la Mayenne, passages de la voie antique Le Mans-Rennes. À l'ouest du projet, le rétablissement de la RD 103, bien qu'étroit (de 8 à 15 m de large), a permis de réaliser une tranchée continue de 300 m à l'intérieur de l'oppidum. Sur toute sa longueur, des structures ont été relevées, la plupart de La Tène finale. Le reste, n'a pu être daté faute de mobilier. On compte un nombre élevé de fossés, un chemin signalé par des ornières, des fosses, un puits (?) et des trous de poteau nombreux et souvent bien conservés. Une autre parcelle de 4 000 m2 (site de la Carie II) offre également l'opportunité d'étudier l'occupation de la rive droite de la Jouanne depuis La Tène finale jusqu'au Moyen Âge.

Quelques sondages impraticables de l'opération de janvier 2004 ont été rouverts et agrandis. Ils ont permis de découvrir un site rural stratifié situé à seulement 400 m des thermes antiques. Les traces les plus anciennes qui y ont été décelées remontent à La Tène finale. Elles se caractérisent par des fossés et quelques fosses souvent riches en mobilier céramique. Cette phase apparaît entre 0,80 et 1,20 m de profondeur et sur une grande partie de la parcelle.

Dans le sondage principal, un bâtiment antique maçonné, conservé sur 0,80 m de hauteur, a également été relevé. Des solins de pierres sèches, où des fragments de tuiles apparaissent, viennent s'appuyer contre cette construction. Des inhumations en sarcophage de calcaire et en coffres de schiste ont été relevées au-dessus du bâtiment romain arasé. Une des sépultures s'appuie par ailleurs sur un autre solin de pierres sèches. De facture différente, ce mur et son environnement n'ont en revanche révélé aucun fragment de tuiles romaines. L'hypothèse d'une première phase de construction antique est envisageable. Notons que ce solin est établi au-dessus d'un autre aménagement empierré qu'il est impossible pour l'instant d'interpréter et de dater. Une voie a par ailleurs été relevée à l'extrémité nord du sondage. Il s'agit de celle qui relie Entrammes à l'oppidum et au-delà Le Mans à Rennes. Un autre sondage, qui avait déjà révélé un angle de bâtiment, a été élargi. La présence de cette construction sur solins de pierre, bien que partiellement décapée, a été confirmée. Elle pourrait mesurer près de 9 m sur au moins 6 m. Du mobilier peu abondant (autour du XIe s. ?) a été recueilli lors de son nettoyage. Le niveau d'apparition des phases de démolition de ces solins se situe à 0,20 m sous la surface de la parcelle. Cette même tranchée de 65 m de longueur a également livré des éléments qui peuvent être associés aux phases protohistoriques et antiques déjà signalées dans l'autre sondage. L'épaisseur des niveaux archéologiques atteints dans cette partie du site une soixantaine de centimètres. Cette opération de diagnostic a permis de confirmer l'importance du site d'Entrammes dans une région où le contrôle d'un franchissement sur la Mayenne, barrière naturelle remarquable, constituait assurément un privilège.

Le sondage réalisé à l'intérieur de l'enceinte montre des traces d'occupation. La bande menacée par les travaux, malgré son étroitesse, devrait néanmoins permettre de recueillir des informations sur l'occupation au sein de cet oppidum du Port. Elles pourront être confrontées aux résultats recueillis tout récemment dans l'oppidum de Moulay situé également sur la rive gauche de la Mayenne à une quarantaine de kilomètres en amont. Le site de la Carie qui montre des traces d'occupation protohistoriques, antiques et médiévales, offre l'exceptionnelle opportunité de fouiller un site stratifié implanté à quelques centaines de mètres entre l'oppidum du Port et les thermes d'Entrammes.

Ces découvertes vont permettre de mieux cerner l'environnement immédiat de ces deux sites majeurs et d'appréhender au-delà de la voie Le Mans-Rennes qui les relient, les relations qui ont pu exister entre cette enceinte fortifiée de La Tène et ce très probable vicus seulement attesté, jusqu'à cette opération, par des thermes exceptionnellement bien conservés.