À Troyes, Aube, entre la rue Perdue et la rue Charles-Gros, sur une surface de 2 000 m2, la fouille de l'emprise du projet d'extension de l'Hôtel du Département de l'Aube ouverte en mars 2010, permettra à l'Inrap d'étudier un îlot urbain occupé pour l'essentiel au XVIIIe siècle par des ateliers de tanneurs.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Envisagées sur 4 m de profondeur, les investigations qui se poursuivront jusqu'à la fin de l'année, devraient conduire les archéologues à mettre en évidence les points forts de l'évolution environnementale et économique d'un quartier situé en marge de la cité gallo-romaine d'Augustobona au Haut-Empire (Ier-IIIe siècles) et qui, d'après les sources documentaires, ne semble plus avoir été occupé avant la fin du Moyen Âge (XIIIe siècle).


Les ateliers de tanneurs

La mention de la rue Charles-Gros (Parva tanneria) en 1288 suggère la présence d'ateliers de tanneurs dans le quartier dès cette période, confirmée au début du XIXe siècle à l'ouest de la zone de fouille, entre les rues de la Grande Tannerie (rue Raymond-Poincaré) et la rue de la Petite Tannerie (rue Charles-Gros). Les cuves de dépilation (chaux) et les cuves de tannage (écorce de chêne) d'un des derniers ateliers en activité sur le secteur ont été mises au jour, en bordure d'une voie d'eau canalisée (Grand Ru). Elles sont précédées d'aménagements plus anciens qui confirment l'importance de la tannerie et d'activités dérivées sur le secteur à partir du XIIe siècle.

À l'enseigne du  « Cheval de Bronze »

Cet hôtel de messagerie est mentionné à la fin du XVIIIe siècle à l'extrémité nord de la rue Perdue. Ses soubassements ont été en partie reconnus durant la fouille. Ils témoignent d'une architecture imposante en pierres, établie sur des fondations de gros blocs de craie posés sur des planchers de poutres en chêne soutenus par une multitude de pieux plantés. L'emprise des écuries au rez-de-chaussée et celle d'un atelier équipé d'une forge (maréchal-ferrant) ont pu ainsi être évaluées.

L'habitat médiéval

Il devrait se situer en bordure de la rue Charles-Gros et de la rue Perdue. Cette dernière (Vico perdito), également mentionnée à partir du XIIIe siècle, fera l'objet d'un traitement spécifique. Son emprise, intégrée au projet immobilier, sera fouillée, offrant ainsi l'opportunité rare d'étudier, à l'occasion d'une fouille urbaine  préventive, un tronçon de voie médiévale et les façades des maisons attenantes.
Les arrière-cours de maisons équipées de caves sommaires, bâties au début du XIIe siècle, ont déjà été mises au jour et étudiées.
Des ustensiles de cuisine en bois et des récipients en céramique témoignent du mode de vie des habitants du quartier.

Une maison antique

Identifiée lors du diagnostic préalable, une occupation antique a été confirmée à l'extrémité nord de l'emprise. Elle est matérialisée par plusieurs salles d'une domus (maison urbaine) équipée d'une cave et d'un système de chauffage par hypocauste, située en limite extrême  de la ville du Haut-Empire. Ses fondations sont implantées sur une  plateforme artificielle avancée sur une zone ouverte régulièrement battue par les crues de la Seine. Des phénomènes de battements de nappe ont été identifiés au travers des différents dépôts conservés sur cette partie du site. Ils alimenteront, par le biais d'analyses, l'un des objectifs principaux de cette fouille qui vise à déterminer la manière et les limites de la maîtrise par l'homme des aléas naturels.

L'histoire d'un paysage et d'une ville 

La ville de Troyes est bâtie en grande partie sur une langue d'alluvions anciennes de la Seine. La topographie naturelle du site n'offre qu'une faible amplitude de relief qui, jusqu'en 1910, date de la dernière grande inondation, laissait la cité à la merci des caprices du fleuve retiré aujourd'hui à plusieurs kilomètres du centre-ville. De récentes interventions archéologiques ont mis en évidence un autre phénomène lié à un événement hydrologique ou hydrographique complexe ayant conduit, entre le IIIe et la fin du XIe siècle, à la formation d'un important dépôt tourbeux sur la partie méridionale de la ville. Les conditions sont réunies sur cette opération  pour étudier en détail les deux phénomènes. Des dépôts naturels riches en matières organiques (pollens, végétaux) et une activité humaine suffisante pour imprégner les sédiments de repères chronologiques fiables (céramique, dendrochronologie) offriront l'opportunité d'une étude approfondie de l'évolution du paysage urbain depuis la fondation d'Augustobona dans le dernier quart du Ier siècle avant notre ère.