Au cours d'une opération d'archéologie préventive menée à l'automne 2014 à Flers (Orne), les archéologues de l'Inrap ont découvert deux sarcophages en plomb des XVIIe-XVIIIe siècles et, accolé à l'un d'entre eux, un coeur en plomb. Celles-ci sont analyées dans le laboratoire du Craham. 

Dernière modification
04 août 2016

Depuis quelques jours, des chercheurs du Craham (laboratoire CNRS / Unicaen) et de l'Inrap ont entrepris l'ouverture et la fouille des deux cercueils. L'opération se déroule au sein de l'université de Caen Basse-Normandie. Divers prélèvements seront aussi réalisés en vue d'analyses ultérieures portant notamment sur les matériaux végétaux utilisés pour le rituel d'embaumement et sur la présence éventuelle de parasites. Cette étude paléoanthropologique se veut interdisciplinaire (palynologie, carpologie, entomologie etc.). Elle permettra, une fois complétée par les recherches menées en archives, d'en savoir plus sur les individus inhumés et sur les pratiques funéraires.

De la découverte des sarcophages à leur étude en laboratoire

La découverte a eu lieu au cours d'une fouille préventive menée par l'Inrap en amont de l'aménagement, par la municipalité, de la place Saint-Germain à Flers. Prescrite par le service régional de l'Archéologie (direction régionale des Affaires culturelles de Basse-Normandie), l'opération avait pour objectif l'étude de l'ancienne église Saint-Germain et du cimetière paroissial. Plus de deux cents sépultures médiévales et modernes, ainsi que des éléments architecturaux de l'église, ont été mis au jour. Deux sépultures se distinguent nettement des autres, reflétant des inhumations privilégiées : il s'agit de deux caveaux maçonnés, retrouvés au niveau de l'autel, renfermant chacun un cercueil en plomb du XVIIe ou du XVIIIe siècle, de forme anthropomorphe. Sur l'un des cercueils, un coeur en plomb était posé, indice d'une pratique d'embaumement, rituel funéraire réservé à une catégorie sociale élevée. Les deux sarcophages ont été prélevés avec précaution et transférés vers des locaux de l'université de Caen Basse-Normandie. Les archéologues de l'Inrap se sont rapprochés du Craham afin de programmer une étude en laboratoire des deux sépultures. Le coeur en plomb fera l'objet d'une étude ultérieure, impliquant d'autres partenaires.

Intérêt et enjeux de l'opération

Si l'inhumation d'un corps dans un sarcophage en plomb existe dès l'Antiquité, cette pratique se répand dans les classes sociales privilégiées en Europe à partir du XVIe siècle, face à l'angoisse de la décomposition des chairs et de la disparition des corps. Cependant, ce type d'inhumation reste peu documenté et très peu exploré d'un point de vue archéologique. Or, il a le double intérêt d'être souvent accompagné d'une pratique d'embaumement et de permettre une meilleure conservation des éléments organiques, des textiles, etc. La fouille en laboratoire vise à étudier, dans les meilleures conditions possibles, aussi bien les contenants que les individus et leur mode d'inhumation. Ainsi l'étude en cours permettra d'enrichir les connaissances sur un rituel funéraire prisé chez les élites à l'époque moderne et abandonné dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Des collaborations scientifiques permettant une approche interdisciplinaire

Après deux jours de préparation et une première exploration à l'aide d'une caméra endoscopique, les chercheurs ont procédé mercredi à l'ouverture des sarcophages en plomb selon un protocole rigoureux, répondant à des exigences de sécurité élevées. Les sarcophages ont livré chacun un squelette en bon état de conservation. Les archéologues ont maintenant une dizaine de jours pour prélever et étudier les ossements afin d'en tirer toutes les données anthropologiques classiques. De plus, diverses analyses sont envisagées pendant ou à l'issue de la fouille : analyses de textile pour étudier l'habillement, analyses de palynologie (étude des pollens), de carpologie (étude des graines) ou de chimie organique pour caractériser les matériaux végétaux utilisés lors de l'embaumement,  ou encore des analyses de parasitologie pour rechercher des informations sur l'alimentation des défunts et leur état sanitaire (maladies infectieuses, pathologie digestive). Cette approche interdisciplinaire permettra de tirer un maximum d'informations tant sur les défunts que sur le rituel d'inhumation auquel ils ont été soumis.

Les sépultures des comtes de Flers ?

D'après les premières observations, les squelettes retrouvés dans les sarcophages correspondent à des individus adultes dont le crâne a été scié. Ceci suggère que les défunts auraient fait l'objet d'un rituel funéraire d'embaumement, confirmant qu'il s'agit de personnalités de haut rang. Des restes de cuir chevelu sont visibles sur l'un des individus, des restes de textiles semblent visibles sur le second. Tous ces éléments seront étudiés minutieusement.
En parallèle de cette approche archéologique, une importante étude d'archives est menée. Ainsi 4 500 actes se rapportant au cimetière de Flers ont été consultés (baptême, mariage, décès) ainsi que les chartriers (documents familiaux) des comtes de Flers. Ce travail permettra de mieux connaître la population flérienne des XVIIe et XVIIIe siècles, et peut-être d'émettre des hypothèses sur l'identité des deux personnes inhumées dans les sarcophages. Parmi les pistes explorées : des personnages religieux et/ou des membres de la lignée des comtes de Flers.
Aménageur : Ville de Flers
Contrôle scientifique : Drac Basse-Normandie
Recherche archéologique : Inrap
Adjoint scientifique et technique : Cyril Marcigny, Inrap
Responsable scientifique : Hélène Dupont, Inrap
 


 

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CRAHAM
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