Le film Joyeux Noël de Christian Carion a fait connaître les trêves entre combattants de la Première Guerre mondiale, épisodes de « fraternisations » oubliés de l'histoire.

Dernière modification
10 mai 2016

Les carnets de guerre de Louis Barthas, un rare témoignage, décrivent la fraternisation des soldats français et allemands, en décembre 1915, au « Moulin rouge » de Thélus (Pas-de-Calais). Un siècle plus tard, en octobre 2015, le service archéologique de la ville d'Arras et l'Inrap ont exploré, sur autorisation de l'État (Drac Nord-Pas-de-Calais), le « Moulin rouge », haut lieu d'un de ces cessez-le-feu officieux.

Fraternisation au « Moulin rouge »

Fraternisation au « Moulin rouge »

Le caporal Louis Barthas, tonnelier de son état, originaire de l'Aude, relate plusieurs cas de fraternisation. Il décrit l'harassant quotidien du soldat, la profonde césure entre les hommes de troupe, leur hiérarchie, la société à l'arrière du front : au point de se sentir plus proche de l'ennemi qui partage ce quotidien et que l'on doit combattre. Le 10 décembre 1915, l'unité de Barthas est affectée au maintien de la « Tranchée du Moulin », ennoyée par les pluies. Alors que les hommes s'en extraient pour ne pas y périr, les deux camps baissent les armes, échangent propos, poignées de mains, tabac et alcool. « Qui sait ! Peut-être un jour sur ce coin de l'Artois on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient l'horreur de la guerre et qu'on obligeait à s'entretuer malgré leur volonté ». Ce voeu de Louis Barthas est à l'origine du premier monument français en hommage à la fraternisation, inauguré le 17 décembre 2015 à Neuville-Saint-Vaast.

Archéologie du « Moulin rouge »

À l'aide de cartes d'état-major, de canevas de tirs, de photographies et de journaux de marche, les archéologues ont localisé au mètre près l'endroit de cet évènement auquel a participé Barthas en décembre 1915. « Notre compagnie alla occuper une tranchée de deuxième ligne appelée Tranchée du Moulin. Il y avait effectivement un moulin dans ces lieux mais je ne m'en aperçus que trois jours après par quelques débris de briques qui jonchaient le sol mêlés à de la boue. C'est le meunier qui fera une tête lorsqu'il reviendra ! » La fouille a révélé les fondations du moulin, ses structures annexes (bassin, canalisation) ainsi que les vestiges de la maison du meunier. Elle a montré que l'intérieur du moulin avait été fortifié par les Allemands en 1914, probablement pour y installer un poste de tir ou d'observation. Une tranchée latérale à celle du Moulin a conservé une partie de son boisage.

Archéologie d'un champ de bataille

L'Artois est l'une des plus importantes zones de combats de la Première Guerre mondiale. En octobre 1914, le front s'installe aux portes d'Arras. La ville reste française, mais l'ennemi occupe les reliefs au nord et à l'est et contrôle le bassin minier. Les trois batailles d'Artois (décembre 1914, mai/juin 1915 et septembre 1915) sont globalement des échecs. Plus de 300 000 hommes des deux nationalités y perdent la vie. Dans le cadre du suivi des travaux d'aménagements de la zone d'activité des Meuniers à Thélus par la communauté urbaine d'Arras, le service archéologique d'Arras a exhumé 26 corps depuis 2012 parmi eux, 8 Allemands, 1 Canadien et 11 Français du 50e régiment d'infanterie dont 6 ont été identifiés. Avant la venue des archéologues, pour des raisons de sécurité, la zone de fouille avait fait l'objet d'une campagne de dépollution pyrotechnique.
Contrôle scientifique : Service régional de l'Archéologie, Drac Nord-Pas-de-Calais
Recherche archéologique : Inrap
Service archéologique municipal d'Arras
Responsables scientifiques : Gilles Prilaux, Inrap
Alain Jacques, SAM d'Arras