À Sermersheim, Bas-Rhin, la campagne de diagnostic, réalisée sous la direction d'Édith Peytremann (Inrap) en décembre 2005, a conduit à la découverte d'un site structuré extensif, aux périodes protohistorique et médiévale.

Chronique de site
Dernière modification
26 mai 2016

Les 42 667 m2 concernés par ce projet de lotissement ont fait l'objet de 92 tranchées de diagnostic implantées en quinconce, totalisant une surface cumulée de 3 091 m2, soit 7 % du total des terrains de l'emprise.

La densité et la qualité de la documentation ont conduit le service régional d'Archéologie d'Alsace à prescrire la fouille d'une zone, définie à partir de caractères archéologiques spécifiques. Cette prescription de fouille a été formalisée par l'arrêté n° 2006/6 en date du 16 février 2006 et par le cahier des charges scientifiques qui l'accompagne. La surface de fouille est d'environ 20 550 m2. Le 19 juin 2006, les fouilles ont démarré avec une équipe d'archéologues de l'Inrap sous la direction d'Édith Peytremann (Inrap).

Les très nombreux vestiges mis au jour sont constitués en grande majorité par des structures en creux de type, cabane excavée, fosse, silo, trou de poteau, foyer, four, puits et sépultures à inhumation. Ils s'inscrivent dans un cadre chronologique qui s'étend du Néolithique ancien au haut Moyen Âge (VIe-fin du Xe siècle).

- L'époque la plus ancienne : le Néolithique (Münsingen, Michelsberg et Rubané) 
Les éléments découverts sont des fosses dépotoirs et des silos à grains. Le mobilier exhumé correspond à de la céramique, à des outils en pierre et à des ossements d'animaux. Ces différents vestiges témoignent de la pratique de la culture et de l'élevage. Les maisons devaient se trouver un peu plus loin.

- La deuxième occupation appartient vraisemblablement à l'âge du Bronze. Elle se caractérise par des fosses, des silos et deux fossés formant l'angle d'un probable enclos.
- L'époque la plus récente : le début du Moyen Âge (500-1000 après J.-C.)
C'est de cette époque que date la majorité des structures découvertes. Les vestiges s'étendent, sur la terrasse de loess, du bord de la plaine d'inondation de l'Ill jusqu'aux maisons actuelles à l'ouest et au nord. Ils couvrent la totalité de l'emprise et présentent de nombreux recoupements. Seule la limite orientale du site est cernée. Parmi les vestiges découverts se trouvent 72 cabanes excavées à deux, quatre ou six poteaux. 500 trous de poteau, dessinant, pour certains, le plan de petits bâtiments (de type grenier) et plusieurs centaines de fosses et de silos, ont par ailleurs été recensés.

L'une des particularités du site de Sermersheim est la présence abondante de puits à eau. 46 puits ont en effet été découverts. Deux techniques de construction sont attestées. L'une consiste à creuser une fosse, puis à installer un conduit réalisé à l'aide de troncs d'arbres évidés. L'autre technique nécessite la pose d'un cadre en bois sur lequel sont disposées des planches insérées l'une dans l'autre. Une étude carpologique, sous la direction de J. Wiethold, des macrorestes conservés dans le puits est prévue. Une analyse dendrochronologique, réalisée par W. Tegel, est par ailleurs en cours. La découverte de carcasses d'animaux et de très nombreux restes osseux est à l'origine de l'étude archéozoologique qui va être réalisée par le Cravo, sous la direction de J.-H. Yvinec (Inrap). Le mobilier découvert correspond à des objets usuels : vaisselle en céramique, quelques fragments de verre, une boucle de ceinture en alliage cuivreux, une centaine de pesons en terre cuite, quelques couteaux et outils en fer, un fragment d'étui de peigne en os, le fond d'un seau en bois et les restes d'une chaussure. La présence de nombreuses scories et de battitures sur le site laisse supposer une activité de forge. Il convient par ailleurs de mentionner la présence de quatre sépultures dispersées parmi les vestiges. La nature exacte de cette occupation n'a pas encore été déterminée. Il s'agit probablement des marges d'un habitat, dans le sens où aucune maison d'habitation n'a été découverte. Les structures mises au jour sont en effet probablement à usage agricole et artisanal.

Un fossé, orienté nord-sud, délimite l'extension des constructions dans la moitié septentrionale de l'emprise. C'est le long de ce fossé que sont établies 77 sépultures organisées en deux groupes principaux. Orientées est-ouest, tête à l'ouest, les tombes accusent des plans variés : antrhopomorphe, large, étroit, etc. L'étude anthropologique est en cours. Il est néanmoins possible de préciser que 56 % des 90 individus sont des immatures, parmi lesquels se trouvent un embryon et deux périnataux. Plusieurs cas de réduction et de superposition sont par ailleurs attestés. Trois sépultures contenaient une boucle de ceinture en fer pour l'une, une perle biconique bleue turquoise pour l'autre et une monnaie antique, probablement placée dans la main, pour la troisième.

La présence de cette zone funéraire, organisée en petits groupe, interroge sur sa nature : nécropole, groupe funéraire ou sépultures dispersées au sein de l'habitat ? Une série de 14 C a été entreprise afin de mieux cerner le développement chronologique de cet espace funéraire par rapport au développement de la zone construite.