A Besançon, Doubs, la construction du parking souterrain du Conseil régional, dans un secteur au contexte archéologique très dense, a donné lieu à deux interventions archéologiques en 1989 et 1990.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Les deux campagnes de fouilles ont permis d'importantes découvertes qui, un siècle après celles faites à l'emplacement du square voisin (square Castan, n° 30), sont essentielles pour mieux interpréter le centre monumental et religieux de l'antique capitale des Séquanes.

L'aqueduc

Un tronçon de l'aqueduc traverse l'emprise du chantier, peu avant d'aboutir au castellum divisiorum (bassin de distribution des eaux) voisin, qui distribue l'eau aux fontaines et monuments publics de la ville. L'aqueduc antique d'Arcier est le seul ouvrage de cette importance connu en Franche-Comté. Construit dans le courant du Ier siècle de notre ère, peut-être peu après 70, il reliait les sources d'Arcier à la capitale séquane située à une dizaine de kilomètres en aval. La ville ne possédait pas de source, et celles d'Arcier étaient les seules qui, par leur débit et leur altitude, pouvaient alimenter la ville.
La longueur totale de l'aqueduc a été estimée à 10,26 km. Deux kilomètres sont encore visibles, dont près de 900 m dans un bon état de conservation. Depuis la source, l'aqueduc longe la base du coteau, où il suit les courbes de niveaux selon une pente de 0,22 %. Le conduit de l'aqueduc est voûté, d'une hauteur d'environ 1,55 m et d'une largeur de 0,75 m. L'intérieur du canal est recouvert d'un mortier de tuileau qui assure son étanchéité. Des trappes de visite, distantes les unes des autres de 82,5 m, permettaient de pénétrer pour effectuer des réparations et enlever les dépôts d'alluvions.

Le théâtre

Les vestiges d'une partie d'un théâtre ont été exhumés, en 1885, 1985 et 1989, lors des aménagements successifs de l'Hôtel de région.
Il s'agit d'un théâtre de dimensions modestes (environ 70 m de diamètre), adossé au flanc de la colline, pouvant accueillir quatre mille cinq cents spectateurs au maximum. D'orientation est-ouest, les fondations du mur de scène sont conservées sur une longueur de 15,50 m ; elles mesurent 2,30 m de large. La maçonnerie est en petit appareil de moellons disposés en rangées horizontales, à joints croisés (décalés) et liés au mortier. Dans la partie supérieure apparaissent les logements des premiers boulins (trous pratiqués dans le mur) qui supportaient les échafaudages lors de la construction.
Construit sous les derniers empereurs julio-claudiens ou au début des Flaviens (40 à 80 après notre ère), il semble avoir été détruit, possiblement par un incendie, puis arasé vers 150.

Des fondations complexes pour un édifice important

La plus grande partie de la zone fouillée en 1989 est occupée par un édifice construit au-dessus l'aqueduc, dont le tracé à l'intérieur de la ville est souterrain. Ce nouvel édifice vient remplacer le théâtre désormais arasé, et ses énormes maçonneries (4,50 m à la base) constituent vraisemblablement les fondations du podium d'un temple.

La nécessité de franchir l'aqueduc sans endommager la canalisation a conduit les constructeurs à concevoir toute une série d'adaptations techniques. Si l'essentiel du massif est constitué d'une maçonnerie en petit appareil, composée d'un noyau de pierres et de mortier contenu par deux parements, l'angle nord-est de ces fondations est renforcé par une plate-forme formée de deux assises de blocs monumentaux. Des crampons de fer en TT, scellés au plomb, assurent la liaison horizontale des blocs. Le franchissement de l'aqueduc est assuré par une série d'arcs, clavés, réalisés en grand appareil. Les blocs sont également assemblés par des crampons de fer et portent les traces des différents outils utilisés par les tailleurs de pierre : pic, broche, marteau têtu (marteau à ébaucher dont les têtes découpées en V présentent deux arêtes vives), marteau et ciseau grain d'orge (tige de fer terminée par un tranchant dentelé), ciseau.
Ces fondations perturbent des niveaux contenant du mobilier céramique de la seconde moitié du IIe siècle et du début du IIIe siècle. La construction de l'édifice est donc postérieure à cette période. Aucune élévation hors sol n'est conservée, ce qui ne facilite pas la compréhension de cette structure.

Un bâtiment à mosaïques et salles chauffées

Un bâtiment à mosaïque et salles chauffées a été découvert lors de la fouille réalisée en 1990. L'ensemble du mobilier dégagé date de la fin du IIe siècle et du IIIe siècle. Le chauffage par le sol (hypocauste) est bien connu à l'époque romaine : dans un espace aménagé sous le sol circule de l'air chaud produit par un foyer extérieur. Ici, un réseau de canalisations enterrées se substitue au système le plus courant dans lequel des pilettes soutenant le sol dégagent un espace libre pour la circulation de l'air chaud.
Une mosaïque noire et blanche occupe une salle de 38 m2 de forme irrégulière. Le décor se compose d'une déclinaison de damiers et d'une frise à méandres relevée par endroits de motifs floraux et géométriques. Si l'on en juge par son usure et ses nombreuses réparations antiques, ce tapis, remarquable par sa robustesse, semble avoir été utilisé sur une longue période. Les traces plus grises sur le pavement sont dues à des combustions très localisées (chute de lampe à huile ou de brasero). Par comparaisons avec des pavements similaires, on peut proposer une datation située entre 160 et 190.