A Embrun, Hautes-Alpes, dans le cadre du projet immobilier programmé sur l'îlot du Théâtre jouxtant le boulevard Pasteur, une opération archéologique a été réalisée au printemps 2008.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Une évaluation effectuée en mai 2007 avait montré dans ce secteur intra-muros, en limite septentrionale du centre ancien, la présence de vestiges d'habitats antiques, médiévaux et modernes.


Cette campagne de fouille a ainsi permis d'aborder l'histoire de cette ville documentée jusqu'à présent par de rares découvertes fortuites. À la période romaine, le site est localisé à proximité du tracé de l'enceinte antique d'Eburodunum, à l'origine relais routier sur la voie des Alpes. Pour le Moyen Âge et jusqu'à l'époque moderne, la zone fouillée se trouve aux abords de l'église Saint-Donat et du rempart médiéval (fin du XIVe siècle), réaménagé par les fortifications de Lesdiguières et de Vauban (XVIIe-XVIIe siècles).

L'habitat de la période romaine

Les vestiges de deux bâtiments, séparés par un grand espace ouvert (cour ?), appartenant à une domus (maison urbaine) ont été mis au jour de part et d'autre du site. Cette habitation orientée nord-ouest/sud-est a été occupée entre la fin du Ier siècle et la première moitié du IVe siècle de notre ère. Le bâtiment oriental, probablement un entrepôt, présente un plan allongé, délimité par un mur maçonné à l'est et par une paroi en matériaux périssables à l'ouest. Cet espace comporte un sol en terre battue, sur lequel ont été recueillies de nombreuses monnaies du IIe siècle. Deux pièces de l'aile occidentale, dont la fonction est plutôt résidentielle, ont été reconnues. L'une d'elles, communiquant avec un jardin, est pourvue d'un pavement en béton de tuileau et ses murs étaient revêtus d'enduits peints. Plusieurs fragments de carreaux de suspensura évoquent la proximité d'une salle thermale. Des niveaux rubé?és mêlant du bois calciné de charpente, associé à une toiture effondrée (tegulae et imbrices), témoignent d'une destruction brutale par incendie du bâti.

L'aire funéraire et le chemin de l'Antiquité tardive

Vers la fin du IVe et au Ve siècle, la vocation du site change. L'espace central de la maison arasée est réutilisé comme aire funéraire. Neuf sépultures (8 adultes et 1 enfant) ont été dénombrées et sont toutes orientées (tête à l'ouest, pieds à l'est). Parmi ces tombes, cinq sont constituées de coffres en bâtière de tuiles réemployées et quatre sont des inhumations en pleine terre. Au cours du Ve ou du VIe siècle, les sépultures disparaissent sous un chemin bombé, large de 5 m et d'orientation est/ouest. Ce niveau de circulation, constitué de nombreux fragments de tuiles concassées, se prolongeait certainement au sud-est de l'emprise de fouille, puisqu'il avait été repéré lors du diagnostic préalable. Deux murs disposés perpendiculairement et larges de 0,80 à 1 m, ont ensuite été construits sur le chemin abandonné. Ces murs sont constitués de moellons en calcaire et de tegulae liés à de l'argile jaune. L'un d'entre eux est doublé à l'est par un fossé qui était rempli d'eau ou servait de drainage..

Des vestiges d'habitats médiévaux et du début du XVIe siècle

Un ensemble de fondations maçonnées peut être rattaché à des maisons antérieures à la construction de l'enceinte Vauban édifiée à proximité à partir de la fin du XVIe siècle. Les plans des XVIIIe et XIXe siècles figurant ce rempart ne montrent, en effet, aucune habitation à l'emplacement de la fouille, laquelle se trouve pourtant en bordure interne du rempart moderne. Les maisons ont donc disparu avant 1590. Ces arases de constructions sont bâties majoritairement avec des moellons et galets de calcaire liés par du mortier de chaux gris. Un fossé large de 3 m a aussi été creusé dans l'espace intermédiaire entre les ruines des deux bâtiments antiques. Ce fossé avait certainement une fonction de drainage, nécessaire dans ce secteur de résurgence de source, et était longé par un mur maçonné. Une canalisation avec couverture de pierres s'y jetait également à l'est. Deux tronçons de murs, appartenant à l'enceinte de Lesdiguières construite à la fin du XVIe siècle, ont également été retrouvés à l'ouest de l'emprise de la fouille.