À Clermont-l'Hérault, Hérault, les travaux, d'une durée de trois mois, visent à sauvegarder le potentiel scientifique du site archéologique, menacé par le projet de construction d'un centre de loisirs nautiques.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

En 1955, des labours réalisés sur une parcelle de l'Estagnol mettent au jour de nombreux tessons de poteries et de fragments d'architectures. La présence d'un établissement antique est alors rapidement déduite des différents vestiges exhumés. La fouille rapide, conduite par MM. G.Combarnous et  R. Bouteloup, permet d'observer des murs maçonnés et une mosaïque. Deux « maisons » sont alors restituées de part et d'autre d'un mur de terrasse aujourd'hui disparu. Depuis le 14 mai 2007, une nouvelle fouille, prescrite par la Drac Languedoc-Roussillon, est en cours sur la même parcelle. Le site fait désormais l'objet d'une étude d'ampleur.


Le terroir antique de Peyre-Plantade

Le site de l'Estagnol appartient à la vaste zone archéologique de l'agglomération antique dite de Peyre-Plantade, occupée entre la fin du IIe siècle avant notre ère jusqu'au milieu du IIe siècle de notre ère.
Cette bourgade, dont les limites ont été repérées lors des fouilles de 2000, préalablement à la réalisation de l'autoroute A75, est installée le long d'une voie romaine reliant Millau à la mer via Lodève, Saint-Thibéry et Agde. Cet axe, débouché naturel des productions céramiques de type pré-industrielles de la Graufesenque (Millau), est à l'origine de son développement.
Le terroir de Peyre-Plantade se caractérise par une multitude d'habitats périphériques maillant les environs. Il s'oppose en cela à l'occupation du territoire par de grandes villae (unités d'exploitation pouvant fédérer plusieurs centaines d'hectares) telles qu'elles sont connues dans le Bitterois tout proche (villae de Vareilhes à Adissan, de l'Auribelle-Basse à Pézenas, etc.).

Le domaine viticole antique de l'Estagnol

Dans l'état actuel des connaissances, et pour cette période, l'Estagnol serait le principal habitat « satellite » de l'agglomération, distante de 300 m environ.
À ce jour, les archéologues travaillent sur un ensemble architectural, qui peut être interprété comme étant les installations viticoles d'une propriété agricole. Le caractère ambitieux de l'équipement (au moins trois pressoirs) traduit bien les lourds investissements (et bien évidemment la spéculation) qui ont accompagné, dans notre région, la production de vin durant le Ier siècle de notre ère.
Les machines reposaient sur des sols en béton. Une fois exprimés, d'abord par le foulage, ensuite par le pressurage, les moûts (jus de raisin frais) étaient réceptionnés dans des cuves souvent jumelées, puis transvasés dans de puissantes jarres en céramique. Plusieurs de ces récipients (dolia) ont été retrouvés, alignés dans de vastes chais.

L'Estagnol au haut Moyen Âge

Un aspect jusqu'à présent ignoré de l'histoire de l'Estagnol réside dans sa fréquentation durant les premiers siècles du Moyen Âge (Ve-Xe siècles). Le site a révélé la présence de nombreuses fosses creusées dans le terrain naturel (silos). Volontairement obstruées lorsque leur usage arrivait à terme, ses excavations abritaient à l'origine des céréales, ainsi à l'abri de la lumière et des variations de température.
La fouille de leurs remplissages livre un pan de la vie quotidienne des habitants du lieu qui se sont, ici, débarrassés des déchets issus de leurs activités domestiques ou agricoles (tessons de céramiques, ossements d'animaux consommés, graines ...).
À l'extrémité est du chantier, un secteur en cours de fouille, met au jour des murs dont la structure est différente de celle des ouvrages antiques (agencement plus fruste, pierres plus volumineuses, absence de mortier...) ; autant de particularités architecturales qui laissent espérer la découverte prochaine de la ferme du haut Moyen Âge aux abords de laquelle s'organisaient les nappes de fosses-silos.