À Mareuil-sur-Cher, Loir-et-Cher, fouille portant sur une surface de 1,4 ha procédée par décapage mécanique de tranchées sécurisées perpendiculaires les unes aux autres.

Dernière modification
18 mai 2016

Les coupes géologiques ont été réalisées à mesure de la fouille des niveaux archéologiques rencontrés dans les tranchées. Fouillé de septembre 2004 à mars 2005, le site préhistorique de La Croix de Bagneux à Mareuil-sur-Cher (Loir-et-Cher) a livré une séquence exceptionnelle d'occupations du Paléolithique supérieur et du Mésolithique. La topographie du gisement, à la confluence d'un ruisseau avec le Cher, a permis la préservation des implantations humaines situées au sein d'anciens chenaux et vallons en cours de comblement. La chronologie des occupations du site repose sur des observations stratigraphiques, des datations obtenues par les méthodes du carbone 14 et de la thermoluminescence et des comparaisons des assemblages de silex taillés.

Les campements des premiers Homo sapiens

Trois niveaux superposés, séparés de 5 à 10 cm de sédiment stérile sont datés autour de 30 000 ans avant le présent (BP) et attribués à l'Aurignacien. La très bonne conservation de la répartition spatiale des vestiges permet de distinguer des aires spécifiques d'activités telles que des foyers, des amas de débitage ou d'autres zones techniques marquées par des outils abandonnés après usage.

Des chasseurs gravettiens de passage ?

Le Gravettien est représenté par deux niveaux. Le plus ancien n'a pu être daté sur le site mais ce faciès, inconnu dans la moitié nord de la France, est généralement daté autour de 25 000 ans BP. L'industrie lithique recueillie est très abondante mais le niveau résulte d'un mode d'accumulation complexe qui interdit une interprétation paléo-ethnographique de la répartition des vestiges. La seconde phase d'occupation gravettienne est datée aux environs de 23 000 ans BP. Elle a livré sur une surface restreinte un foyer associé à un outillage en silex spécifiquement lié aux activités de chasse.

Des groupes nomades contemporains des artistes de Lascaux

Les hommes du début du Magdalénien (vers 17 000 ans BP) ont laissé sur place d'importantes quantités de blocs rougis et fragmentés par l'action du feu qui formaient des concentrations plus ou moins circulaires de 50 cm à 1 m de diamètre, interprétées comme des foyers. D'autres vestiges de campements datant probablement du Magdalénien moyen sont également présents.*

Les derniers chasseurs

L'ultime phase d'occupation du site par les chasseurs-cueilleurs correspond au Mésolithique ancien : vers 9 000 ans BP selon les datations au carbone 14. Un grand nombre de pointes en silex destinées à armer des flèches tirées à l'arc ont été recueillies.

Un site exceptionnel

Le site de Mareuil-sur-Cher a été choisi régulièrement pendant une très longue période comme lieu d'installation de campements temporaires par des groupes de chasseurs-cueilleurs, probablement en raison de l'abondance des ressources alimentaires et minérales (silex) disponibles à proximité. Les dynamiques pédosédimentaires locales ont souvent permis une bonne conservation des vestiges de ces occupations successives. La concomitance de ces deux facteurs fait de ce gisement de plein air un site exceptionnel pour l'étude des comportements de ces groupes humains. De telles accumulations diachroniques sont généralement connues en contexte de grottes et abris. Certains niveaux apportent des données importantes car ils sont attribués à des cultures jusqu'alors méconnues voire inconnues à l'échelle régionale, en particulier les occupations du Paléolithique supérieur ancien et du début du Magdalénien.