A Omonville-la-Petite, Manche, un abondant mobilier céramique et lithique daté du Néolithique moyen et de l'âge du Bronze.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Signalé dès 1983 par P. Lebonnois, l'abri sous roche de La Jupinerie a fait l'objet d'investigations conduites depuis deux ans par L. Juhel dans le cadre d'un programme de prospections et de sondages réalisés dans les vallées de La Hague, puis de sondages complémentaires en août 2001 et d'un nettoyage de surface, du 15 octobre au 30 novembre 2001, suite la mise au jour d'un abondant mobilier céramique et lithique daté du Néolithique moyen et de l'âge du Bronze.

À la fin de l'année 2001, une demande de fouille a été déposée au service régional de l'Archéologie. Elle a reçu un avis favorable en début 2002. Cette première année d'étude a été consacrée à un nettoyage du site et à une analyse de la dynamique d'effondrement de l'abri. À cette occasion, une probable cache de fraudeur a pu être en partie dégagée. Les objectifs de 2003 étaient plus ambitieux puisque nous envisagions de terminer le démontage des niveaux de l'âge du Bronze sous l'abri. Dans un premier temps (du 25 au 29 août), une équipe limitée à cinq archéologues a achevé la fouille de la cache de fraudeur, dont il est possible aujourd'hui de présenter une analyse complète, et a décapé le reste du site. Puis, du 1er au 26 septembre, une quinzaine d'archéologues bénévoles se sont attelés au dégagement des premiers niveaux d'occupation du site (couche d'incendie datée de l'âge du Bronze final et niveaux de sols du Bronze ancien).

La première étape de la fouille, qui a consisté à débroussailler et à décaper la litière végétale accumulée contre la voûte de l'abri, a permis de mettre en évidence une cavité d'un peu moins de 10 m2 aménagée à l'époque moderne et/ou contemporaine. Elle est limitée sur un côté par un parement en pierres sèches prenant appui sur un massif constitué de petits blocs de granite. Ce parement a été construit le long de l'abri de manière à fermer, au moins partiellement, la cavité encore conservée sur 1 m de haut entre la voûte et son éboulis. Au nord de l'abri, une ouverture barrée par une dalle enter-rée posée sur chant permet d'accéder à la cavité. Il est difficile de proposer une attribution fonctionnelle à l'aménagement découvert cette année. Toutefois, les comparaisons les plus probantes renvoient vers un type de structure assez classique à La Hague : les caches de fraudeurs liées à la contrebande du tabac. Cette activité illicite, qui apparaît au XVIIIe s. lorsque le tabac fait l'objet d'un monopole d'État et est lourdement taxé, connaît son plein essor au cours du XIXe s. Sous la cache, les éboulis couvrent la totalité de la surface de fouille. Cette année, ils ont été entièrement fouillés et démontés de manière à atteindre la couche archéologique et à obtenir une coupe stratigraphique permettant de lire la dynamique de l'effondrement de l'abri. Cette approche taphonomique des blocs formant éboulis n'a révélé aucun élément de datation et seule la coupe réalisée dans le talus d'éboulis jusqu'au sommet de la couche archéologique apporte quelques éléments de chronologie absolue.

Elle comprend deux ensembles principaux : la majeure partie de l'éboulis constituée de nombreux blocs de toutes tailles, dont certains sont verticalisés, et la partie supérieure de la coupe formée de très gros blocs, pris dans ou reposant sur le sol humifère et la litière actuels.
Ces deux ensembles correspondent probablement à deux épisodes d'effondrements différents. Le caractère lacunaire de l'ensemble basal témoigne de sa mise en place par un effondrement brutal de la paroi et de la voûte, sans qu'une matrice limoneuse ait eu le temps de s'infiltrer entre les blocs. On peut ainsi affirmer que le sol d'occupation le plus récent a été scellé lors d'un événement unique et non de manière progressive. Le laps de temps séparant l'occupation de cet événement est pour l'heure difficile à estimer. Les gros blocs situés en surface sont des blocs détachés de la paroi, soit simultanément, soit de manière échelonnée dans le temps. L'absence de blocaille laisserait plutôt penser à la chute épisodique de blocs en déséquilibre, détachés le long de diaclases. En contact direct avec la première période d'effondrement de l'abri, la couche archéologique a fait l'objet d'un nettoyage de surface avant d'être protégé sous un feutre géotextile et une bâche en attendant les fouilles à venir. Cette première approche a permis d'observer les premiers vestiges archéologiques et la nature du niveau archéologique. Ce dernier a révélé de nombreux char-bons de bois qui ont fait l'objet d'une mesure d'âge les situant au début de l'âge du Bronze final. Sous ce premier niveau, de nombreux tessons et silex ont été observés. Les quelques éléments de décor reconnus sur les récipients en céramique placent l'occupation à la fin du Néolithique final ou au début du Bronze ancien.
Cette année, l'absence de sondage profond n'a pas permis de confirmer la présence d'une occupation néolithique ou antérieure. Toutefois, le tamisage des déblais de fouille de 2001 et de 2002 a permis de collecter de nouveaux tessons de céramique décorés de boutons à dépressions centrales dont la datation peut couvrir le début du Néolithique moyen.

Deuxième aspect des travaux menés : les prospections et l'approche paléoenvironnementale du site et de ses environs n'ont pas fait l'objet d'une véritable campagne ; les prospections dans la vallée du Vau Jouan ont toutefois été maintenues. Ces recherches se placent dans le cadre d'une étude plus générale sur l'évolution de l'environnement dans la péninsule de La Hague depuis le Néolithique. Menées en relation avec les recherches archéologiques, leur objectif est double : d'abord comprendre l'impact des sociétés sur les milieux depuis le Néolithique dans un espace resté à l'écart des études paléoenvironnementales sur l'Holocène, contrairement au reste du monde armoricain ou aux rives nord de la Manche, mais également définir l'évolution des ressources et les contraintes environnementales qui ont marqué la vie des hommes depuis le Néolithique. Les recherches entreprises sont pluridisciplinaires. Elles s'appuient sur des travaux archéologiques, géomorphologiques, palynologiques et écologiques menés avec le soutien de la Communauté de communes de La Hague. Il s'agit de dresser un inventaire des archives naturelles susceptibles de présenter une sédimentation assez longue et dilatée avant de procéder à des ana-lyses sédimentaires et palynologiques précises afin de reconstituer le fonctionnement des bassins versants et l'évolution de la couverture végétale.

Publication

Fosse G., Marcigny C., Carpentier V., Juhel L., Ghesquière E. et Vilgrain G., 2003 - La fraude entre la pointe de La Hague et l'île d'Aurigny : l'exemple de la cache de fraudeur d'Omonville-la-Petite (Manche). Bulletin de l'association Manche-Atlantique pour la recherche archéologique dans les Îles (AMARAI), n° 16, à paraître.