Le lotissement de la ZAC de Font Vive, situé à l'ouest du village de Sauvian (Hérault), couvre 32 ha.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Il se développe sur le versant et au pied d'anciennes terrasses alluviales bordant la basse vallée de l'Orb, au contact immédiat de plusieurs sites archéologiques néolithique, protohistorique et antique. Le diagnostic a couvert seulement 3,2 ha (Mathieu Ott, Inrap). Il a permis de localiser trois inhumations (attribuées au Néolithique final) ainsi que l'ossature d'un établissement rural gallo-romain. Deux prescriptions de fouille ont été nécessaires pour permettre le décapage de 4 222 m2 (soit 1,1 % de la surface de la ZAC).


Fortement érodé du fait de sa position de pente et de labours profonds, la stratigraphie du site apparaît tronquée. Dans l'emprise décapée, les vestiges préhistoriques apparaissent peu nombreux et sont assez isolés (trois fosses du Néolithique final). Vases et fragments de meules confortent cependant la présence d'un habitat à proximité. Une seule tombe à inhumation, sur laquelle une mesure de radiocarbone est envisagée (Bronze final III ou début de l'âge du Fer ?), a été accessible à la fouille. Le sujet inhumé, adulte, repose en extension sur le dos dans une fosse ovale. Cette dernière, orientée nord-sud, est entourée de blocs et de galets.
Le périmètre qui accueille les établissements antiques est limité, durant la seconde moitié du Ier s. av. J.-C., par des drains profondément enterrés (1,10 m minimum), équipés d'une canalisation et d'un remplissage supérieur de galets. Ce réseau circonscrit une espace trapézoïdal de 980 m2 et présente deux interruptions assimilées à des accès. À l'intérieur de l'ouvrage, quelques poteaux plantés, un foyer et une fosse évoquent une première implantation discrète. Avant le changement d'ère, une première ferme, en partie maçonnée, est bâtie à l'intérieur et respecte l'orientation de la parcelle. Ces observations permettent d'envisager qu'à la surface du sol, les drains sont doublés de limites perceptibles (terrasses ou clôtures). Le périmètre investi correspondrait donc, dès l'origine, à une parcelle close et bien limitée de ses voisines.
Cette ferme de taille modeste (600 à 650 m2) s'organise autour d'une cour centrale et présente une aile principale qui intègre quelques pièces ainsi qu'un chai contenant une trentaine de dolia, une cuve à vin et un pressoir. Les autres bâtiments apparaissent plus légers (solins de galets, élévations de terre). L'intérieur de l'un d'eux, en partie excavé, abriterait un vide sanitaire ou une cave, fait particulièrement rare au Haut-Empire en Gaule Narbonnaise.
 
Les constructions suivantes, datées des premières décennies de notre ère, sont précédées par la démolition de la première ferme. Les nouveaux corps de bâtiment s'étendent alors sur 1 850 m2 et dépassent le périmètre de l'ancien enclos. Pour autant, l'assainissement du terrain et les lignes de forces initiales sont maintenus et une filiation étroite entre les deux établissements est envisagée. La cour centrale et le chai sont prolongés vers le nord. Aux premières pièces de vie se surimpose un petit appartement, bâti avec soins (terrazzo, enduits, seuils monolithes). Équipées de couloirs, d'une galerie et d'un étage, les pièces apparaissent confortables. En vis-à-vis de cette aile, un petit complexe balnéaire est édifié. Praefurnium et suspensura sont aménagés pour chauffer deux salles et deux baignoires. Ces constructions se prolongent au nord pour abriter une cuisine dont l'âtre et les niveaux de sol sont encore conservés.
La ferme s'étend vers le sud : une seconde cour dessert un jardin (puits et système élévatoire de l'eau), un verger (réseau de fosses de plantation quadrangulaire) et une parcelle soutenue par un mur de terrasse. Cette dernière accueille une seconde batterie d'une soixantaine de dolia étoffant les capacités de stockage de l'établissement. Des plantations de vignes sont également déployées alentour.

L'ultime découverte d'importance est celle d'un aqueduc qui contourne l'établissement sans le desservir. Bien que de taille modeste, ce nouvel établissement présente certaines caractéristiques de la villa gallo-romaine (bains, cour privative et appartement bien identifiés, capacités de production importantes) et renouvelle la réflexion sur l'économie domaniale autour de la ville de Béziers :
. son système agraire (vignoble et productions fruitières et horticoles) sera précisé grâce à des milliers de macrorestes issus du comblement de deux puits ;
. son abandon assez précoce (fixé pour l'heure à la fin du Ier ou au début du IIe s.) devra être confronté au développement d'une importante villa, située à 750 m, pour tenter de saisir des relations de complémentarité, de succession ou de subordination.